La catégorie des berlines de luxe n'est pas seulement une vitrine affichant la réussite sociale du conducteur. Elle est aussi, pour les constructeurs, une vitrine technique, un laboratoire de recherche sponsorisé indirectement par les acheteurs. Ainsi, grâce aux riches automobilistes d'aujourd'hui, le prolétaire de demain aura droit à une voiture de mieux en mieux équipée. La standardisation progressive des éléments de confort et de sécurité passe donc par l'élaboration de véhicules de haut de gamme de plus en plus sophistiqués. A l'image de la BMW Série 7, première berline, toutes catégories confondues, à embarquer un attirail électronique à la limite du concevable.
Petit à petit, les puces font leur nid, au point qu'il est préférable de posséder un doctorat en informatique appliquée plutôt que son permis de conduire pour apprécier à leur juste valeur ces nouvelles productions. Car, après BMW, Mercedes et Volkswagen, c'est au tour d'Audi de rendre sa copie. Une nouvelle A8 toujours adepte de la structure en aluminium pour la ligne, mais à la fois de plus en plus belle et innovante.
La silhouette de l'Audi, qui gagne en fluidité et en rondeur, est en totale opposition avec celle de la BMW. Malgré des mensurations similaires, quand l'A8 s'inscrit discrètement dans la circulation, la Série 7 s'y impose. Deux styles qui reflètent finalement assez bien les personnalités de chacune. La BMW, globalement « écrasante », peut mettre mal à l'aise. L'Audi se veut plus « accessible », moins intimidante.
Dès l'ouverture de la lourde porte de la Série 7, on sent bien que l'on pénètre dans un autre univers. Si l'espace avant est généreux, il est bien cloisonné. Coincé entre la planche de bord massive et la console centrale proéminente, chacun est à sa place, mais plus rien n'est à sa place. Le levier de vitesse a disparu de la console centrale, tout comme la plupart des commandes. Les ingénieurs ont souhaité simplifier l'utilisation des organes de confort de plus en plus nombreux en les regroupant au sein d'une unique centrale de commandes, l'i-Drive.
Résultat, la majorité des opérations se fait grâce à une molette centrale, une « souris » pas vraiment intuitive. Chercher ne serait-ce qu'une simple station de radio en mode manuel devient un casse-tête, autant de temps que l'on ne passe pas à se concentrer sur la route. Et, quand il s'agit de déconnecter l'antipatinage, mieux vaut se souvenir du chemin d'accès. L'appréhension est d'autant plus grande que, comme pour un ordinateur, on a peur de faire une mauvaise manipulation qui engendrerait... un « bug ».
A bord de l'Audi A8, l'ambiance est plus classique, même si, pour la démarrer, il faut désormais montrer patte blanche. Si la fonction de reconnaissance d'empreinte digitale (option à 1 780 €) ne permet pas, en fait, d'autoriser ou non le démarrage du moteur, elle permet de savoir, dans le cadre d'utilisateurs multiples, qui est le maître. Dès lors, l'A8 s'adapte à la morphologie du conducteur, sélectionne sa radio, sa température préférée... du sur-mesure. La machine porte une grande attention à l'homme, et non l'inverse. Le conducteur s'intègre parfaitement dans cet univers. A l'image de la Série 7, l'A8 embarque un système de gestion regroupé, mais plus accessible. Moins simplifié, il donne un accès plus rapide et plus logique aux fonctions de commandes. L'utilisation de l'autoradio, de la climatisation, du calibrage de la suspension ou de la boîte de vitesses est plus naturelle, moins captivante.
Dans l'ensemble, l'A8 est plus familière, mais toutes deux sont formidablement accueillantes. Le niveau de finition est sans faille, les ajustements sont parfaits, et le confort à bord est exemplaire. A8 et Série 7 offrent des habitacles spacieux où règne un silence de fonctionnement apaisant. Du côté des détails, chacune y va de ses spécificités. Pour l'Audi, un écran en couleurs escamotable, pour la BMW un téléphone sans fil.
L'équipement de base est à la mesure du prix de vente, mais la BMW prend tout de même l'ascendant sur l'Audi. Volant réglable électriquement, GPS, rideau arrière... la 745i est mieux équipée, du moins dans les apparences. L'A8 aspire à autre chose, à être par exemple plus sécurisante sur route. Ainsi, elle reste fidèle aux quatre roues motrices, et elle reçoit une suspension pneumatique pilotée électroniquement. L'Audi est plus vive et efficace, profitant à la fois de ses trains roulants agiles et de la légèreté de sa coque. La direction de l'A8 oppose plus de résistance, mais est aussi plus précise. Plus pataude, la Série 7 est vraiment à son aise sur autoroute bien revêtue. Dans ce cas, la souplesse de suspension berce les occupants sans trop gêner une précision de conduite plutôt mise à mal par une direction se laissant distraire par les imperfections de la chaussée. Lourde propulsion, la Série 7 arrive tout de même à tenir tête à la svelte A8 de puissance comparable. Preuve que le huit-cylindres BMW respire bien, il s'offre même le luxe d'être plus sobre car, même à de tels tarifs, un litre est un litre, et si ce n'est pour l'économie, pour l'écologie.
Au final, même à ce niveau de gamme, de qualité de fabrication, de performances, de standing, l'automobile apporte son lot d'incohérences. Pour la BMW, c'est d'avoir péché par excès. En voulant simplifier l'utilisation au maximum, la Série 7 est devenue compliquée. Chez Audi, c'est un péché par omission. L'A8 est moderne, reconnaît son conducteur, éclaire même dans les virages quand il fait nuit, mais a toujours besoin du conducteur pour savoir qu'il fait nuit. Le capteur de luminosité n'est même pas proposé en option. Une lacune qui devrait bientôt être corrigée. L'occasion de lancer une... nouvelle A8.

















































































































