L'univers tourmenté des monospaces est agité par divers courants. On en retrouve parfois la trace au travers des appellations commerciales. Ainsi l'Opel Zafira, courant d'air compact surfant sur la douce brise d'un marché porteur. Il s'en est déjà vendu près de 20 000 en France cette année, soit une progression de 35 % par rapport à l'an dernier. Ou encore le Honda Stream, un courant marin assurant avec force des liaisons intercontinentales. Ce flux en perpétuel mouvement est à l'image du nouveau monospace japonais, plus long qu'un Espace et plus bas qu'un Scénic, pour se donner des airs de gros break.
Qu'importe le courant, Zafira et Stream restent dans la même mouvance. Ils offrent tous deux sept places en série et, pour augmenter le volume du coffre, leurs sièges de la troisième rangée se replient gentiment dans le plancher, sans qu'il soit nécessaire de les démonter. Ils héritent aussi des moteurs les plus puissants de leur gamme avec des performances qui pourraient faire rougir la plupart des berlines. Ils sont monospaces certes, mais de la famille coup de vent.
Moteur
Pour chapeauter la réputation désormais bien établie du Zafira, il manquait, au sommet de la gamme, une motorisation musclée que le bloc 1.8 de 125 ch ne pouvait assumer. Opel a donc décidé d'y installer son moteur 2.2 dont les 147 ch apportent l'indispensable touche de brio. De monospace ludique et pratique, le Zafira 2.2 16V se transforme en grande routière dynamique. Flirtant avec 200 km/h en vitesse de pointe et se contentant de dix secondes pour atteindre 100 km/h, son agrément de conduite ne cède en rien à ses aptitudes chronométriques. Le Zafira se distingue toujours par sa douceur et par un couple supérieur à celui de son rival. L'accroissement de la puissance annule même l'inconvénient d'un cinquième rapport très long pour n'en garder que les avantages sur les parcours autoroutiers. Inutile donc de recourir à la boîte de vitesses dont la commande se montre en outre moyennement précise, l'embrayage restant, lui, d'une brutalité certaine. Costaud, mais peu démonstratif, le Zafira n'a pas pour autant perdu la tête.
On n'en dira pas autant du Honda Stream dont l'exubérant moteur 2.0 i-VTEC brise toutes les conventions de ce genre de véhicules. Délivrant 156 ch, il monte en régime comme un forcené, et il ne se complaît qu'entre 5 000 et 7 000 tr/min. Avec 9"3 pour passer de 0 à 100 km/h, il est évidemment plus vif que son rival. Mais il engendre surtout des sensations radicalement différentes. Celles-là tiennent, par exemple, au sifflement caractéristique de la distribution à haut régime. Ou encore à l'étagement serré des trois derniers rapports. Ce qui tombe bien puisque le levier de vitesse, très près de la main sur la console centrale, est un régal à manier grâce à la brièveté de sa course. Reste à savoir si l'incontestable brio de ce moteur, que l'on imagine bien dans un coupé, est vraiment adapté au style du monospace.
Châssis
On ne joue pas exactement dans la même catégorie. Avec ses 4,57 m, le Stream est très long. Il dépasse le Zafira de 25 cm. Il est aussi plus bas de 10 cm, ce qui lui confère une ligne très particulière. L'Opel est un monospace classique ; le Honda, un mutant. Leur comportement routier est aussi différent que leur carrosserie.
Fidèle à sa caste, le Zafira s'autorise des approximations dans sa tenue de route au profit d'un confort irréprochable. Toutefois, l'accroissement de sa puissance souligne les défauts déjà entrevus sur les motorisations moins ambitieuses : freinage manquant de mordant, tendance au roulis dans les grandes courbes... Ou encore une capacité de filtrage du train avant déficiente à faible allure. En revanche, dans une utilisation standard, le monospace Opel ne manque pas de qualités. Il est confortable, doté d'un rayon de braquage avantageux, et l'assistance électrique de sa direction ne nuit pas à sa précision.
Tout est plus rugueux à bord du Stream, mais aussi plus efficace. Avec son centre de gravité plus bas, il adhère mieux à la route et à la trajectoire. Le tangage et la prise de roulis lui sont inconnus. Mais tout cela se paie pour les occupants en termes de confort. La fermeté des suspensions, doublée d'un amortissement quelconque, a aussi un effet négatif dès que la qualité du revêtement se dégrade. Pour preuve, le déclenchement incessant de l'ABS lors de tout freinage un peu appuyé sur route bosselée. Et, sur sol mouillé, l'absence de système antipatinage se fait cruellement sentir.
Vie à bord
Si l'ingéniosité du système Zafira autorisant l'escamotage des sièges de troisième rang sans démontage fait référence, celle du Honda Stream n'a rien à lui envier pour un résultat similaire. Profitant de ses dimensions supérieures, le Honda offre une meilleure habitabilité qui se retrouve surtout dans la largeur aux épaules. La position de conduite, proche de celle d'une berline, est aussi plus basse. Et le dessin des sièges avant garantit un maintien latéral qui est un point faible notoire du Zafira. Pour compenser, le monospace Opel offre un design intérieur séduisant, un coffre de bonne capacité dès lors que les sièges arrière sont repliés, et un hayon s'ouvrant suffisamment haut pour que les passagers de plus de 1,70 m évitent de s'y cogner le front.
Ce qui n'est pas le cas de celui du Honda. Et cet inconvénient n'est qu'une broutille par rapport au reste. Car l'aménagement intérieur du Stream est une démonstration de ce qu'il faut éviter si l'on veut vendre une voiture. Surtout en matière de monospace où la perception de l'environnement immédiat est, pour l'acheteur, un facteur déterminant. Avec sa planche de bord en plastique rigide, la finition de la console et des garnitures de portes en pauvre imitation « titane », son absence de tout raffinement, le malheureux Stream est irrémédiablement condamné. Pour les passagers du Honda, la première impression est d'être tombé dans un véhicule de bas de gamme.
Equipement
Uniquement disponible en finition supérieure Elegance, le Zafira 2.2 16V surclasse son rival dans tous les domaines. A son actif, le Stream ne peut mettre en avant qu'une climatisation séparée pour les places arrière. Pour le reste, c'est le désert : on chercherait en vain un ordinateur de bord, les commandes de la radio au volant, un accoudoir décent pour le conducteur, des miroirs de courtoisie éclairés ou une prise 12 V. Tout ce dont dispose naturellement l'Opel Zafira, en y ajoutant des porte-gobelets et des espaces de rangement à profusion. Sans oublier l'antipatinage évoqué précédemment.
Même contraste dans les options où le Honda Stream ne propose que la peinture métallisée. Pour le chargeur de CD, la boîte automatique, le toit ouvrant ou le système de navigation, il faudra aller voir en face.
Bilan
Et en plus il est cher ! Avec un prix supérieur de près de 10 000 F à celui du Zafira, à moins de vouloir acheter un moteur, ce qui n'est pas le propre des amateurs de monospaces, il n'y a aucune raison de succomber aux charmes pour longtemps mystérieux de cet étrange engin qu'est le Honda Stream.
Cohérent, bien équilibré et parfaitement équipé, le Zafira utilise sa nouvelle puissance dans un cadre intelligent. Pour le Stream, rien ne sert de courir...














































