Moteur à essence de plus de 130 ch et carrosserie à trois portes sont des caractéristiques qui donnent à des berlines compactes des prétentions sportives. La Mégane, avec sa ligne trapue, est, sur ce point, la plus expressive, jusqu'a choquer certains. Avec son toit haut et sa ligne moins heurtée, la 307 est plus placide, attire moins l'oeil. Une différence de forme qui n'est pas sans implications sur le fond.
MÉCANIQUE Pour animer la version à essence la plus huppée de la nouvelle Mégane, Renault a utilisé le moteur 2.0 récemment inauguré sur la Laguna. Dérivé du 2.0 Turbo de 165 ch de la Vel Satis, il délivre sous pression atmosphérique 138 ch. Pour la boîte de vitesses à six rapports, Renault a puisé dans la banque d'organes Nissan. Un ensemble assez cohérent pour animer correctement la désormais lourde Mégane. Changeant de génération, la familiale compacte de Renault a en effet pris 100 kg et s'aligne sur le poids de sa concurrente équipée d'un moteur similaire.
Avec 136 ch, la 307 et sa boîte à cinq rapports arrivent donc, dans l'ensemble, à faire jeu égal en termes de performances avec la Mégane. Si la Renault, disposant de rapports plus courts, prend un léger avantage sur le départ, la Peugeot rattrape son retard grâce à une vitesse de pointe légèrement supérieure. Ainsi, si l'écart entre la Mégane et la 307 est de 0"6 de 0 à 100 km/h, au bout de 1 000 m il n'est plus que de 0"1. Pas de quoi affoler les chronos, ni les sens. Ces deux berlines vont vite, mais n'y mettent pas les formes. La montée en puissance est franche, linéaire, et manque de caractère. L'agrément de conduite est donc dans l'ensemble comparable, satisfaisant, et se départage sur des points de détail.
Au bénéfice de la Renault, une commande de boîte précise très agréable à manier, une insonorisation du moteur plus poussée. Au bénéfice de la Peugeot, moins d'à-coups moteur lors des passages des rapports en conduite sportive.
CHÂSSIS La réputation de Peugeot en matière de trains roulants n'est plus à faire. Depuis la Laguna II, Renault chasse sur ses terres en s'efforçant de proposer des automobiles de plus en plus efficaces. L'élève studieux s'apprête à dépasser le maître. Après l'Espace et un comportement routier à rendre jaloux un 807, c'est au tour de la Mégane d'étonner la 307. Malgré un poids comparable, la Renault fait preuve d'une agilité supérieure. La suspension ferme interdit à la caisse de prendre trop de ballant. La Mégane vire bien à plat et génère cependant un confort très acceptable. Les irrégularités de la route sont effacées en douceur, et la filtration des nuisances de roulement est optimale.
La direction électrique, très légère à basse vitesse, plus consistante dès que le rythme s'accélère, demande toutefois un temps d'adaptation. En se mettant en route uniquement lorsque l'on tourne le volant, l'assistance a tendance à en donner un peu trop. Trains avant et arrière travaillent de concert et, même s'il leur arrive de trembler sur routes dégradés, ils ne sont jamais pris en défaut. L'ESP de dernière génération - en option - n'intervient que lorsque l'on est vraiment trop optimiste, avec une redoutable efficacité, surtout pour remettre sur la trajectoire avec autorité un sous-virage prononcé.
Une fonction dont doit se passer la 307. L'ESP proposé de série n'est pas aussi évolué, ne gère pas le « tout droit » et est un peu trop laxiste sur la gestion de la rotation du train arrière. La Peugeot est vive et d'autant moins efficace. Trop souple de suspension pour une conduite sportive, elle ne propose pas non plus le confort que l'on pourrait en attendre : les irrégularités sont absorbées sèchement, et les remontées sonores du bitume sont envahissantes. Quant à la direction, elle est souvent trop lourde et dispose d'un rappel important obligeant à tenir le volant avec force. La Peugeot subit son poids, la Renault s'en joue. Si bien que finalement il est plus facile, plus amusant, d'exploiter la puissance dans la Mégane.
VIE à BORD La différence des styles influe sur l'ambiance intérieure. Avec une surface vitrée plus importante, la 307 est plus lumineuse, surtout à l'arrière. Les matériaux employés font de la Peugeot une berline cossue. Le style est classique, et pas très sportif en définitive. La position d'assise haute des passagers avant permet de dégager plus d'espace à l'arrière. Deux occupants y trouveront leurs aises, le tout étant d'y monter. L'accessibilité n'est pas son point fort, mais, en échange, elle propose des custodes arrière ouvrantes.
Avec la Mégane, les passagers arrière manqueront d'air. Les vitres sont fixes, l'habitabilité aux genoux moindre, l'ambiance plus confinée. Même si l'on y accède plus facilement, on a plus la sensation d'avoir affaire à un coupé sportif. Les places avant confirment cette impression. La position de conduite est plus basse, le dessin de la planche de bord est plus enveloppant. D'autres détails, comme le frein à main « aviation », la casquette de tableau de bord à double bossage ou les gros cadrans cerclés de gris donnent à la Mégane une connotation sportive. Le plastique reste de mise mais, bien fini, il ne choque pas trop. Le style est moins cossu, mais l'insonorisation très efficace. Sportive, la Mégane... mais prévenante.
ÉQUIPEMENT Difficile de faire un tarif plus ciblé. La Mégane s'aligne sur la 307 et propose un équipement standard assez similaire. Si la Peugeot met à disposition en série un ESP - dont elle a plus besoin -, la Renault embarque d'autres éléments de sécurité, tels les airbags anti-sous-marinage, ou de confort, tel le rétroviseur intérieur électrochrome, l'accoudoir central arrière et les bacs de rangement sous le plancher.
CONCLUSION Au jeu de la sportive de la famille, la nouvelle Mégane est la plus convaincante. Tenue de route, suspension, performances, traitement de l'habitacle et ligne font d'elle un petit « coupé » sportif attachant, et malgré tout familial. La 307 joue, elle, dans un autre registre. La suspension plus souple, le gabarit imposant, bref une tenue de route moins efficace, ne lui permettent pas de tenir la cadence, sans pour autant atteindre un confort supérieur.

























































































































































































































































