L’Amérique produit des voitures et des mythes. Quand les deux se rencontrent, cela donne la Chevrolet Corvette qui symbolise depuis quarante-sept ans – le bel âge – la voiture de sport " made in USA ". Un symbole d’ailleurs bien vivant puisque la Corvette a réalisé le doublé dans la catégorie GTS aux dernières 24 Heures du Mans, après avoir remporté les 24 Heures de Daytona en février.
Si l’américaine se distingue sur la piste, elle se fait également remarquer sur la route. Même dans sa nouvelle version civilisée, la " Vette " pour les intimes, c’est d’abord une " gueule " inimitable et un moteur. Son nom gravé dans la carrosserie montre qu’elle a vraiment son appellation dans la peau. Dans sa livrée jaune Millenium (en option), semblable à celle des voitures engagées en compétition, elle ne fait pas dans le détail pour capter
l’attention de ses nombreux admirateurs.
Avec son avant plat comme la main et son arrière tronqué gros comme le poing, la ligne évoque la force brute et l’Ouest sauvage. L’alliance de la crosse et du canon en fait une arme redoutable. Celle-ci ne tire pas de balles mais elle crache tout de même le feu. Le barillet se trouve sous le capot qui renferme le spectaculaire V8 de 344 ch. Il ne faut pas bien longtemps pour entrevoir les possibilités de ce moteur.
La simple mise en route donne déjà un aperçu réaliste. Au ralenti, le grondement sourd de la mécanique est un heureux présage des harmonies puissantes enregistrées lors des montées en régime. Les bonnes grosses vibrations – qui sont autant de sensations – délivrées à bas régime s’évanouissent au fil des tours.
Ce que l’oreille entend, le chronomètre le mesure. Et les performances laissent pantois. Equipée de la boîte à six vitesses, option indispensable pour suppléer la boîte automatique à quatre rapports livrée en série, la Chevrolet Corvette atteint 100 km/h en moins de 5 secondes, et, nous n’évoquons sa vitesse de pointe que pour ceux qui auront l’occasion d’aller rouler sur circuit : 274 km/h.
Reste à savoir si le monstre est utilisable sur route. La réponse est oui. Comme tous les pur-sang, la Corvette sait aussi marcher au pas. Le couple colossal de 483 Nm autorise toutes les fantaisies. Si cette valeur est atteinte à 4 200 tr/min, on dispose de toutes les ressources nécessaires à un usage de loisirs dès un moindre régime. A 130 km/h sur autoroute, le moteur tourne à 1 500 tr/min en sixième. Ce qui ne l’empêche pas de répondre vigoureusement à la moindre sollicitation de l’accélérateur.
On constate incidemment à cette allure que la Corvette se contente d’à peine plus de 10 l d’essence
aux 100 km. C’est moins que beaucoup de berlines familiales à vitesse égale.
Ralliée à l’électronique
Evidemment, l’objectif de la voiture ne réside pas dans la modération de sa consommation. En utilisation plus intensive, la Corvette montre enfin sa virilité. C’est une voiture d’hommes, comme on dit, avec une agressivité dans ses réactions qui frise la brutalité. Celle des accélérations entre 4 000 tr/min et 6 000 tr/min, de la puissance du frein moteur lors des décélérations, de la rudesse de l’embrayage.
En conduite sportive, la course relativement longue du levier de vitesses fait regretter la rapidité et la précision quasi chirurgicale d’une boîte séquentielle. Elle renforce également le caractère plus abrupt de la voiture qui fait partie de sa légende. Une légende qui prêtait à la Corvette un comportement difficilement maîtrisable. Il faut aujourd’hui tordre le cou à cette vieille réputation. Le châssis, la suspension pilotée réglable sur trois positions et le freinage sont à la hauteur des performances.
Sur ses pneus extra-larges, la voiture colle à la route. Elle apprécie plus modérément les chaussées en mauvais état où les suspensions sautent plus les bosses qu’elles ne les absorbent. Avec sa garde au sol limitée et son spoiler avant au ras du sol, la Corvette avoue sa peur du gendarme... couché, il va sans dire.
Pour preuve de ses efforts en faveur de la sécurité de conduite, au risque de faire hurler les
nostalgiques, la Corvette s’est ralliée à l’électronique et offre désormais en série un antipatinage doublé d’un système de contrôle de stabilité. Celui-ci peut, bien sûr, se débrayer au moyen d’un bouton placé tout près de la main comme une tentation permanente. Il est permis d’y céder en toute connaissance de cause pour se faire un petit plaisir et retrouver les sensations uniques de 350 ch propulsant les roues arrière en sortie de virage. Il va de soi que la chose nécessite un certain doigté. Au volant de la Corvette, il faut gagner ses galons de capitaine.
Son caractère bien trempé n’empêche pas la Corvette de se prêter à tous les types d’utilisation. Si on passe sur des détails comme le diamètre de braquage ou des bruits d’air au niveau du hard-top, on appréciera en revanche des équipements dignes d’une voiture de luxe comme la climatisation automatique à réglages séparés, l’ordinateur de bord très complet, indiquant, notamment, la pression des pneumatiques, les réglages électriques des sièges ou l’excellent système audio dont le seul défaut est de couvrir le bruit du moteur.
Une mention spéciale pour le système " Head Up Display " (affichage tête haute) qui projette sur la base du pare-brise les indications de vitesse, de régime du moteur, de niveau d’essence et de pression d’huile. Il évite au pilote d’avoir à baisser les yeux sur le tableau de bord. Cela tombe bien, la Corvette ne lui en laisse pas toujours le temps.























