Deux litres de cylindrée contre 1,6 l ; 115 ch contre 100 ch : a priori, les dés paraissent pipés en faveur de la Mazda 626 dans le match qui l'oppose à la Passat. Seulement, une voiture ne se résume pas à l'énoncé de ses performances. Et dans ce segment des moyennes qui deviennent de plus en plus supérieures, de multiples paramètres interviennent dans les critères de choix. Depuis l'allure générale jusqu'à la qualité de la finition, en passant par les niveaux d'équipement et de prix. Ce dernier fait la jonction entre les deux modèles. A 129 500 F pour la Mazda 626 GTX et 125 100 F pour la Volkswagen Passat 1.6 Confort, les deux voitures font pratiquement jeu égal.
Ce sont des berlines « bourgeoises » à quatre portes et avec cinq vraies places, taillées pour la route dans des conditions de confort familiales. Ni extrêmement luxueuses, ni hautement performantes, elles se veulent simplement raisonnables et efficaces. Chacune dans son registre et avec ses propres arguments : rigueur et sens de la mesure pour l'allemande, fonctionnalisme et inventivité pour la japonaise. A l'arrivée, tout distingue ces deux voitures que leur finalité pourtant devrait réunir. Et attention au trompe-l'oeil ! A les voir par exemple, on jurerait que la Mazda est plus longue et plus volumineuse que sa rivale. Eh bien, non : tant en empattement qu'en longueur, la Passat offre 10 cm de moins. Une apparence trompeuse parmi d'autres.
Plus puissant, le moteur de 2 l de la Mazda est aussi plus démonstratif que celui de sa rivale germanique. Alors que la capacité d'accélération de la Passat est régulière avant de s'éteindre tranquillement sur les derniers 500 tr/min avant la zone rouge, celle de la Mazda se réveille à partir de 4 200 tr/min pour ne plus faiblir jusqu'au régime maximal. Les 15 ch d'écart entre les deux moteurs déterminent leur comportement. Souple et docile pour l'allemande, plus agressif et pointu pour la japonaise. En performances pures, il est donc logique que cette dernière prenne un avantage certain tant en vitesse de pointe qu'en accélération où il lui suffit de 10 secondes pour atteindre 100 km/h contre 12 secondes à la Passat.
Victime de sa cylindrée limitée, cette dernière se trouve handicapée sur les trajets autoroutiers. A 130 km/h en cinquième, son régime moteur est de 3 800 tr/min alors que celui de la japonaise plafonne à 3 200 tr/min.
- Habitacle
A l'intérieur de l'habitacle, le niveau sonore s'en ressent. En revanche, la Mazda présente des sifflements aérodynamiques et des bruits de roulement plus élevés qui placent les deux voitures à égalité en termes d'insonorisation.
La Passat bénéficie encore d'un levier de vitesses court et rehaussé qui met en valeur la vivacité et la précision de la sélection. Il ne suffit pourtant pas à faire oublier le trou important entre le deuxième et le troisième rapport. Un défaut d'étagement dont ne souffre pas la Mazda pour que lui soit pardonné une certaine lenteur de boîte.
- Châssis
Fermeté ou souplesse ? Tenue de route ou confort des passagers ? Le choix de la suspension résulte le plus souvent d'un compromis plus ou moins réussi. Sur la Passat, le problème ne se pose pas. Elle est tout à la fois ferme sans être rugueuse, douce sans être molle. Sa suspension s'approche de la référence, Peugeot. La capacité impressionnan-te de filtrage du train avant agit sur les inégalités de revêtement comme un fer à repasser sur les faux plis d'une chemise.
C'est propre, rapide, indolore. Confort assuré pour les passagers, confiance pour le conducteur. En virage, la voiture se met en appui et ne bouge pas d'un pouce de sa trajectoire. Elle bénéficie dans ce type d'exercice de l'assistance d'une direction nette et précise.
La Mazda, elle, a clairement opté pour le confort en augmentant les débattements de suspension et en privilégiant la souplesse. Bien équilibrée dans les grandes courbes, elle devient vite pataude dans les virages serrés par manque de dynamisme du train avant. Ce travers est surtout visible sur le mouillé où le système antipatinage (TCS) est bien utile pour limiter les effets néfastes d'une suspension paresseuse. Familiale tranquille, la japonaise n'aime pas être bousculée comme le montre encore le gros effet de plongée lors des freinages violents. Sans avoir le dynamisme de son rival, le châssis de la Mazda reste pourtant très franc dans ses réactions sans chercher à dissimuler ses limites.
- Vie à bord
Se sentir bien dans une voiture est d'abord affaire de sensations. A ce niveau, on entre dans la Passat avec la même impression d'intimité que dans son salon. Tout est en place, en ordre, on y a vite ses habitudes. Sobriété chic de l'aménagement, qualité des velours, netteté de la planche de bord, jeu des chromes. Face à ce minimalisme de bon ton, la Mazda fait plus toc. Les revêtements de sièges sont d'un goût moins sûr et la profusion des plastiques ne tire pas la décoration vers le haut. Pourtant, la 626 offre une habitabilité supérieure, notamment aux places arrière. Il faut dire que le galbe parfait de la ligne de pavillon nuit à la garde au toit sur la Passat, les passagers adultes ayant vite la tête dans le plafond. Mais c'est dans le souci du détail que l'allemande fait la différence. Ergonomie des commandes, miroirs de courtoisie éclairés, spots de lecture individuels : tout a été pensé de façon rationnelle et raffinée, alors que la Mazda donne une impression d'improvisation, sinon de bâclé. Pour preuve l'aménagement du coffre. Avec ses deux vérins hydrauliques, sa prise jack 12 V et sa garniture impeccable, celui de la Passat est parfait. Dans celui de la Mazda, de nombreux fils électriques se baladent à nu, dont ceux des haut-parleurs intégrés à la plage arrière. Une valise un peu encombrante que l'on installe en force, et c'en est fini de la musique.
- Equipements
Les deux modèles étant d'un niveau de finition supérieur - Confort pour la Passat, et GTX pour la Mazda -, ils offrent en série de nombreux équipements. Tous deux disposent, bien sûr, de l'ABS, mais la 626 y ajoute un système antipatinage, ainsi que des feux antibrouillard. L'air conditionné est également présent dans les deux voitures, mais la japonaise prend l'avantage pour les équipements de sécurité en offrant deux airbags latéraux supplémentaires, ainsi qu'une ceinture de sécurité à enrouleur à la place centrale arrière. En revanche, la Passat marque des points avec son volant réglable également en profondeur, ainsi que ses sièges avant ajustables en hauteur.
Dans un esprit plus gadget, le dossier du siège passager de la 626 bascule à plat sur l'assise pour se transformer en tablette. Plus efficace est la trappe à ski dissimulée derrière l'accoudoir arrière pour dégager une ouverture bien pratique dont la Passat ne dispose pas. On ne saurait clore ce chapitre sans conseiller à Mazda de changer l'antique antenne de radio chromée façon années cinquante. Fixée par deux vis cruciformes au-dessus de la porte conducteur, elle donne à la voiture un air ringard et passéiste qu'elle ne mérite pas.
- Bilan
Dans ce segment ultraclassique des berlines familiales à quatre portes, la qualité d'une voiture ne se mesure pas à ses performances chronométriques. Aussi la supériorité dont dispose la 626 dans ce domaine ne suffit pas à lui conférer un avantage décisif. Même si cette japonaise en gros progrès est également en tête pour l'insonorisation et les équipements de sécurité, elle est battue à plate couture pour tout ce qui concerne la vie à bord et la valorisation sociale du conducteur.
Que ce soit la ligne de la voiture, la qualité de la finition ou le raffinement des détails, la Passat est incontestablement un cran au-dessus. Elégante et sobre, classique et moderne, elle jouit tout autant de son excellent comportement routier que de sa flatteuse réputation. Même si elle ne démérite pas, la Mazda n'a pas cette chance. Elle l'aura peut-être un jour, mais il faudra auparavant que des créateurs talentueux se penchent sur sa décoration intérieure. Car, entre ces deux voitures, c'est avant tout une affaire de style.



















































