On imaginait de drôles de voitures au siècle dernier. Touchés par la civilisation des loisirs, les constructeurs cherchaient de nouveaux concepts adaptés à l’air du temps. Il fallait être convivial, familial, pratique. Chez Citroën, le brave Berlingo fut un des plus radicaux. Dérivé d’utilitaire, il jouait la rusticité souriante sinon sans complexe. Sa lutte avec l’impitoyable Kangoo de Renault fut homérique. Et que je t’ajoute des portes, et que je te mette des beaux moteurs HDi : rien n’y fit.
Le Berlingo est un héros romantique, éternel incompris. Alors, pour enfin décoller à l’aube du troisième millénaire, le mal-aimé se sent pousser des ailes avec deux innovations. D’abord, une galerie intérieure type aviation pour accroître les rangements, baptisée Modutop. Ensuite, un nouveau moteur à essence 1,6 l multisoupapes bien plus performant que l’ancien 1,8 l.
Autre versant de la tendance ludo-familiale, l’émergence des monospaces compacts, avec l’arrivée du coréen Daewoo. Dans son format, le Rezzo est plus proche d’un Picasso que d’un Scénic. En version de base 1.8 SX, il taille des croupières à ses rivaux français avec un tarif de 95 900 F, là où les tickets d’entrée hexagonaux sont respectivement de 110 000 F et 107 000 F. Face au Berlingo 1.6 Modutop (99 500 F), l’avantage reste d’autant en faveur du Rezzo que ce dernier est particulièrement bien armé en termes d’équipement et de comportement.
Moteur
Performances améliorées, consommation et pollution diminuées : le nouveau moteur 1,6 l de 110 ch apporte au Berlingo le punch et l’agrément qui faisaient défaut à l’ancienne version de 1,8 l. Cependant, les avantages procurés ne sont pas forcément en phase avec les ambitions tranquilles de ce véhicule très typé. Avec son couple placé relativement haut, la mécanique se révèle brillante aux abords de la zone rouge, mais elle se montre beaucoup moins à son affaire à moyen régime. Pour en tirer le meilleur, il faut donc cravacher le placide Berlingo qui, n’étant pas maso, n’en tire pas grand plaisir. Et il exprime bruyamment sa désapprobation, la nature même de son habitacle faisant office de caisse de résonance qui se trouve encore amplifiée par les plastiques du Modutop. L’aérodynamisme particulier de la voiture est un autre handicap. Sur autoroute, avec un vent de face, le cinquième rapport ne permet pas de tenir les 130 km/h réglementaires. Cela dit, la mécanique est vivante ; et les performances, tout aussi raisonnables que la consommation.
Le Rezzo ne peut en dire autant. Son moteur conventionnel n’est pas dénué d’intérêt. Avec son couple maximal obtenu à 2 800 tr/min, il fait preuve de plus de progressivité que celui de son rival. En revanche, il se montre beaucoup moins alerte dans ses montées en régime. Ses 90 ch, 20 de moins que son rival, ne peuvent faire de miracles. On aura donc plus de mal à lui pardonner une consommation excessive. En ville, il lui faut 12,3 l quand le Berlingo se contente de 9,5 l. Idem en utilisation mixte avec 9,2 l, contre 7,4 l au Citroën. Il est d’ailleurs à noter que ce même Rezzo en version 2 l de 121 ch se montre moins gourmand.
Châssis
A l’exception de la sensibilité au vent latéral et d’un ballant supplémentaire dans les courbes, le comportement dynamique du Berlingo se rapproche de celui des berlines de la marque. La version Modutop bénéficie, en outre, de nouvelles lois d’amortissement, de ressorts de suspension originaux et de barres antiroulis au diamètre accru. Avec la direction à assistance variable de série, toutes ces mesures concourent à augmenter la sécurité active du véhicule. A ce niveau, la camionnette n’a pas à rougir de la comparaison avec une " vraie " voiture. La qualité des trains roulants reste son point fort en conjuguant confort et efficacité. Sur tous les types de routes, le Berlingo semble monté sur coussins d’air et offre de bonnes sensations au volant. Pour compléter le tableau, il ne manque qu’un ABS disponible en option.
La véritable surprise vient de la prestation du Rezzo. Si les berlines de la marque coréenne n’ont jamais été réputées pour la qualité de leurs suspensions, le monospace vient démentir les idées reçues. Non seulement il est insensible au roulis, mais, en plus, son train avant filtre parfaitement les inégalités de revêtement. Ce n’est pas tout à fait la qualité Citroën, mais on s’en approche de près. Ce qui constitue déjà une sacré référence. En cherchant bien, on peut seulement prendre en défaut la motricité sur le mouillé ou regretter le manque d’agressivité du freinage. Des broutilles par rapport à la précision et à la douceur d’un châssis conçu à l’européenne.
Vie à bord
Deux styles s’opposent. D’un côté, le rustico-écolo-utilitaire du Berlingo. De l’autre, le moderno-familialo-civilisé du Rezzo. Dans le premier, pas de fioritures. On fait dans la simplicité. Si les sièges avant sont confortables, la banquette arrière est en bois avec, en outre, un dossier trop vertical qui oblige les enfants à se tenir droit. Les vitres ne font que s’entrouvrir. En revanche, question chargement, l’engin reste imbattable par son volume et son côté pratique, idéal pour transporter le matériel de camping. Quant au fameux Modutop, son utilité ne nous a pas sauté aux yeux. A quoi bon 100 l de contenance supplémentaire dans une voiture qui propose naturellement près de 2 m3 ? Alors 4 500 F en plus pour bénéficier de cinq hublots, trois bouches d’aération et deux prises 12 V, on peut s’interroger...
Le Rezzo est plus convivial. Toutes les vitres sont électriques, le siège passager pivote à 180 degrés pour faire salon, les trois sièges arrière sont confortables, et ils offrent plus d’espace que dans un Scénic, le dossier du siège central peut aussi faire office de tablette. Avec ses multiples rangements et commodités, le Daewoo s’inscrit à l’égal des meilleurs, jusque dans le bon goût de sa décoration. Avec un argument supplémentaire dû à sa longueur supérieure : un coffre généreux de 455 l dont le volume peut être porté à 1 850 l en déposant les sièges arrière.
Equipements
Pauvre Berlingo ! A part le fameux Modutop, la quatrième porte et la direction assistée, tout le reste est en option. Même les équipements désormais les plus classiques, comme l’ABS ou l’airbag du conducteur. C’est un choix qui permet d’aménager sa voiture selon ses goûts, mais le prix risque de grimper vite. A moins d’avoir des goûts simples... Du coup, même dans sa version de base, le Rezzo paraît riche. Il dispose au moins d’un ABS et d’airbags conducteur et passager, de feux antibrouillard, de vitres électriques, et même d’une radiocassette. Dans ce contexte, les tablettes arrière et le compartiment pour ranger une paire de lunettes apparaissent comme un luxe inouï.
Bilan
Le Berlingo, on le connaît depuis longtemps. Et ce n’est pas le gadget Modutop qui va le changer fondamentalement. Ses qualités demeurent, ses faiblesses également. Ou plutôt ses particularités, puisque le Berlingo est d’abord une affaire de goût. Seul le moteur de 1,6 l apporte un nouveau dynamisme, mais l’amélioration des performances ne suffit pas à changer une image. Face à lui, dans un genre tout de même différent, le Rezzo apporte un autre souffle. C’est une vraie révélation qui, par son tarif comme par son agrément, se positionne en outsider sur le marché des monospaces. Pour 95 900 F, il offre un prix d’accès abordable à cette gamme. Comparés à cette bonne affaire, les 99 500 F du Berlingo semblent bien excessifs.














































































