Ne cherchons pas plus loin, le coupable est dans la maison. » C'est en substance ce qu'ont dû se dire les responsables de Daewoo Automobile France, après avoir reçu le rapport des huissiers qu'ils avaient diligenté pour trouver l'origine des modèles de la marque vendus par Casino. Après enquête, il s'est révélé que les 308 Nubira, achetées par Casino, pour être commercialisées dans ses 110 hypermarchés, provenaient bien de Daewoo Automobile France, filiale française d'importation du constructeur coréen.
Un revendeur indépendant avait acheté ce lot de véhicules prétendant les destiner à des pays d'Europe hors de l'Union. Sans doute pressé de se débarrasser de modèles arrivant en fin de vie, Daewoo Automobile France n'avait pas pris la peine de border juridiquement son contrat de vente. C'est ainsi que le lot « s'est retrouvé abusivement entre les mains de Casino ».
La chaîne d'hypermarchés, qui avait donc acquis ce lot en toute légalité, a saisi l'opportunité pour réaliser un grand coup de marketing, utilisant ces 308 véhicules, comme produits d'appel, les affichant à 79 900 F, au lieu des 109 900 F du tarif officiel. Casino avait bien préparé son opération : une centaine de vendeurs ont été formés, 290 000 prospectus ont été imprimés, et des pages entières de publicité ont été achetées dans de grands quotidiens. Résultat : les deux premiers jours de l'opération, une quarantaine de voitures étaient déjà vendues. « Mais, déplore-t-on au CNPA, la chaîne d'hypermarchés s'est bien gardée de signaler à sa clientèle que le modèle proposé arrivait en fin de vie, et qu'il allait être remplacé à partir de septembre. »
Cette brutale offensive a provoqué la stupéfaction, puis la fureur, des concessionnaires. D'autant plus que ceux-là sont légalement tenus d'assurer la garantie de trois ans accompagnant ces véhicules. Le tampon de l'importateur figure en effet sur le carnet d'entretien de chaque voiture. Cette colère a été relayée par le CNPA qui, dans un premier temps, avait, par référé, enjoint Casino de faire connaître l'origine de ses approvisionnements et de prouver leur caractère licite. Embarrassé, Keun Lee, président coréen de Daewoo Automobile France est allé, en personne, rencontrer Roland Gardin, président du CNPA, dans son entreprise de Thionville.
Suite aux entretiens qui ont eu lieu, le concédant s'est engagé à soumettre sous 48 heures, un plan de mesures concrètes de soutien et d'indemnisation, afin que la situation ne porte pas préjudice à ses concessionnaires. En concertation avec les représentants du réseau de la marque coréenne et avec Daewoo Automobile France, le CNPA va veiller à ce que ces mesures soient équitables.
Cette affaire a suscité de nombreuses questions. Le fait que cette mésaventure arrive à Daewoo, qui avait, en Grande-Bretagne, essayé de se passer des concessionnaires, en passant par un réseau composé de succursales, a attisé certains soupçons. Le Coréen jouerait-il double jeu ? Afin de lever toute ambiguïté, Daewoo a, dans un communiqué commun avec le CNPA, réaffirmé son attachement indéfectible au système de distribution automobile, tel que régi par le règlement d'exemption 1475/95. Il s'est engagé à préserver l'étanchéité de son réseau dans le respect des règles communautaires. Fort de ces engagements, le CNPA a accepté d'interrompre l'action judiciaire. Il n'y aurait donc pas eu malice de la part de Daewoo Automobile France, simplement une négligence.
En revanche, la marque va essayer de retourner la situation à son avantage. Elle va ainsi orchestrer dans l'urgence des promotions alléchantes sur plusieurs modèles de sa gamme. Cette affaire va contribuer à améliorer la notoriété de la marque en France. Rien d'étonnant, donc, à ce que Daewoo Automobile France ait, la veille du lancement de la campagne de Casino, organisé une conférence de presse pour annoncer l'opération et expliquer qu'elle s'effectuait à son insu. C'est ce que l'on appelle, essayer de rebondir.
































































