Si la division des voitures de Daimler Chrysler peine à intégrer, industriellement et commercialement, ses produits européens et américains, celle des véhicules utilitaires, légers et lourds, avance plus vite. Le voyage se fait seulement d'est en ouest. C'est l'européen Mercedes-Benz qui se rend chez le cousin américain Freightliner.
Cette année, le groupe de Portland (Oregon), propriété allemande depuis 1981, va introduire trois produits Mercedes : l'utilitaire léger Sprinter, le porte outils Unimog, le moteur brésilien de 12,8 l. Seul ce dernier gardera le nom de Mercedes-Benz. Normal : Freightliner n'est pas un motoriste. En revanche, la marque américaine s'affichera sur la calandre des deux véhicules.
Par sa portée commerciale, l'arrivée du Sprinter aux Etats-Unis est l'élément majeur des échanges transatlantiques dans le groupe. Dans le vaste segment des utilitaires légers, le constructeur allemand vit une période faste. Depuis cinq ans, ses ventes ont augmenté de plus de 100 %, quand celles de l'ensemble de la division « commercial vehicles » de Daimler Chrysler (camions, utilitaires, cars, bus) progressaient de 45 %. L'an dernier, près de 240 000 Sprinter ont été vendus. Pour 2001, l'ambition est de monter à 300 000 unités.
Pour tenir cet objectif, l'apport du marché américain sera certes assez faible. Jim Hebe, le président de Freightliner, annonce être en mesure de vendre près de 10 000 Sprinter à partir du second trimestre de cette année, date du début de la production. Il vise ensuite 25 000 unités par an.
Fabriqué à Düsseldorf, en Allemagne, mais aussi, pour l'ancien modèle, à Gonzales Catán, en Argentine, le Sprinter sera assemblé dans l'usine Freightliner de Cleveland, en Caroline du Nord, où 12 millions de dollars (13 millions d'euros) ont été investis. « Ce qui n'est rien », souligne Jim Hebe. Le Sprinter sera adapté aux clients américains, friands, par exemple, de roues de dix-sept pouces. Jim Hebe pense déjà à la prochaine génération, « qui, cette fois, sera développée en tenant compte des spécificités de ce marché. »
Freightliner va reprendre la même recette commerciale que celle qui a si bien réussi en poids lourds : les grandes flottes. « Federal Express n'achète que du matériel Mercedes dans le monde. Aux Etats-Unis, la société possède 80 Sprinter depuis un an, explique Jim Hebe. Elle en est très contente. Pour nous, c'est la meilleure vitrine possible. Le loueur Penske, qui possède 700 agences dans le pays, est lui aussi très intéressé. »
Dans cinq Etats, dont ceux de Californie et de New York, le Sprinter ne répond pas à la norme antipollution. « Il ne peut y être immatriculé, mais il peut y rouler, précise Jim Hebe. Malgré ces restrictions, le marché visé est énorme : il est supérieur à celui des poids lourds de la classe 8 *. »
Les objectifs de vente et la teneur du marché ne sont pas les mêmes pour l'Unimog. La nouvelle génération de ce camion tout terrain, mais surtout génial porte-outils, a été présentée au Salon de Dallas à la mi-novembre. Les clients visés sont les mêmes qu'en Europe : municipalités, secours, incendie, entretien des routes, voire les acheteurs de SUV (sport utility vehicle).
Freightliner démarrera la production de l'Unimog au second semestre. L'objectif est, dans un premier temps, de 200 à 300 ventes par an. Près de mille sont espérées ultérieurement.
Le groupe américain propose, depuis cette année, pour ses marques Freightliner, Sterling et American LaFrance (camions de pompiers), le moteur Mercedes-Benz MBE 4000, développé et fabriqué au Brésil. Disponible de 350 ch à 435 ch et, pour certaines applications non routières, jusqu'à 450 ch, ce six-cylindres de 12,8 l est dérivé du moteur OM 457 LA de 12 l, qui officie sur les camions brésiliens, ainsi que sur certains bus européens.
Ces deux moteurs en ligne disposent de la même injection par pompes unitaires à contrôle électronique, pour laquelle Detroit Diesel a coopéré avec Mercedes-Benz. Pour ses camions de moyen tonnage, Freightliner a déjà recours à des moteurs non américains. Depuis deux ans maintenant, sa gamme Business Class est proposée avec les moteurs Mercedes à quatre et à six cylindres, ceux-là mêmes qui propulsent la gamme européenne Atego. Freightliner les a, pour l'occasion, rebaptisés MBE 9000. La volonté de Daimler Chrysler d'intégrer de plus en plus ses propres organes dans ses modèles va se heurter, aux Etats-Unis, à des comportements culturels bien établis dans la classe 8, celle des véhicules lourds. Là, pour le moteur, le client est habitué à choisir entre Cummins, Detroit Diesel et Caterpillar. Qu'il fasse confiance à Mercedes-Benz est loin d'être gagné. D'autant que, depuis l'été dernier, le groupe est propriétaire intégral de Detroit Diesel, qui jouit d'une excellente réputation. La sévère concurrence que va rencontrer le moteur MBE 4000 aux Etats-Unis est externe, mais aussi interne.




















