Circuler en ville, un exploit quotidien pour l'automobiliste transformé le plus souvent en « auto-immobiliste ». Bouchons interminables, impossibilité de stationner sans peine, un véritable parcours du combattant. Et, malgré la frénésie de la voirie à peindre tout le mobilier urbain en vert - il paraît que cela fait plus « nature » et que cela calme -, la grisaille urbaine ne fait qu'accentuer l'état de stress, aussi bien du conducteur que du piéton.
Halte à la morosité. Certains constructeurs proposent désormais des antidotes multicolores, concentrés d'automobiles. Fiat Seicento orange, MCC Smart jaune, ces globules, semblant tout droit tombés d'un arc-en-ciel, égaient les artères de nos cités. Et, à ce jeu, la Smart semble être le plus efficace des antidépresseurs. Avec sa silhouette de « Pac Man » en 2,5 m, elle se faufile dans la circulation et décolle les sourires. Reste à savoir s'ils traduisent un « qu'est-ce qu'elle est mignonne » ou un « qu'est-ce qu'elle est ridicule ». Peu importe, l'important, c'est le sourire. La Fiat, elle, c'est sûr, passe plus inaperçue. Son aspect extérieur est plus conventionnel. Elle est petite, mais ressemble moins à un jouet qu'à une voiture. Normal : contrairement à la Smart, c'en est une !
Mécanique
Avec moins de 750 kg à la pesée, ces poids plumes se satisfont d'une puissance limitée. Disposant de 54 chevaux issus d'un quatre-cylindres de 1,1 l, la Seicento ne se contente pas d'être la plus puissante. Son gabarit est aussi nettement supérieur, pour seulement 15 kg de plus. Elle s'accommode fort bien de cette proportion. La puissance, transmise par une boîte de vitesses manuelle bien étagée à des roues de 13 pouces, permet des accélérations efficaces en ville. Et grâce à une vitesse de pointe de 150 km/h, on peut entrevoir quelques escapades rurales. Malheureusement, ce dynamisme s'entend, et se jauge... à la pompe.
La Smart fait preuve de sobriété. Avec un réservoir de 22 litres, l'inverse aurait été intolérable. Pour alimenter trois cylindres de 600 cm3, même turbocompressés, il n'en faut de toute façon pas beaucoup. La version de base de la Smart compte sur 45 chevaux, contre 55 pour les versions plus huppées. Dix chevaux de moins qui ne jouent en rien sur la vitesse de pointe - limitée électroniquement à 135 km/h -, mais plutôt sur le temps nécessaire pour l'atteindre. Avec 18"9 pour passer de 0 km/h à 100 km/h, la Smart [amp ] Pure se traîne. Pensez, il en faut cinq de moins à la Seicento ! Et ce n'est pas tant la faute au moteur volontaire et agréable qu'à la commande de boîte. Six vitesses à commande séquentielle, c'est bien. Mais lorsqu'il lui faut une seconde de plus que sur une boîte manuelle pour passer le rapport supérieur, au bout du compte, on en a perdu six !
Utilisation urbaine
Il faut avoir conduit une Smart en ville pour savoir ce que veut dire se glisser dans un trou de souris. Y trimbaler 2,5 m sans porte-à-faux est un véritable plaisir. Plus mobile, il n'y a que le deux-roues. On redécouvre la ville. Et on se dit finalement que cela ne circule pas si mal. Et se garer ? Un jeu d'enfant, sous l'oeil envieux d'un conducteur de Classe S à son troisième tour de pâté de maison. Mais ce que ne sait pas cet envieux, c'est que, en contrepartie, la Smart propose un confort vraiment précaire. Les nouvelles suspensions sont certes un peu moins sèches, mais le restent encore. La direction manque de rigueur et est bien lourde. Et pas de direction assistée optionnelle. La pédale de frein est dure et mal implantée. Mais, surtout, cette satanée boîte est lente à monter les rapports, et les descend quand elle le veut, pas quand on le veut.
Avec sa commande mécanique, la Seicento ne présente pas ce désagrément. Elle obéit au doigt et à l'oeil, permettant ainsi d'exploiter au mieux la capacité d'accélération. Résultat, elle compense son gabarit par une meilleur agilité. Surtout avec la direction assistée électrique - option à 2 500 F - qui rend les manoeuvres aisées. Mais pas question de prendre la place d'une Smart, il y a 82 cm de trop.
La Fiat peut se targuer d'avoir des suspensions. Le confort est acceptable, et la tenue de route plus rigoureuse, surtout sur les pavés. Le freinage est satisfaisant, mais l'ABS a plutôt tendance à se déclencher trop rapidement.
Utilisation routière
Pourquoi un chapitre « utilisation routière » dans un comparatif entre deux citadines ? Tout simplement parce que l'une d'entre elles en a la capacité.
Non, ce n'est pas la Smart. N'envisagez de faire plus de 20 km de route ouverte avec elle que si vous devez faire pénitence : c'est un calvaire. Non pas à cause de la vitesse de pointe, secondaire, mais plutôt de son comportement primesautier. Pour la Smart, le chemin le plus court n'est assurément pas la ligne droite, sauf en virage ! Elle se laisse guider en ligne droite par la route, zigzaguant au gré des irrégularités. Et, lorsqu'il s'agit de tourner, la direction caoutchouteuse la propulse vers... l'extérieur du virage. A trop dégrader le train avant pour rendre cette propulsion sécurisante, elle manque vraiment de directivité. Et ne parlons pas du confort de suspension, de la tenue de cap en freinage... on vous a dit qu'elle n'était pas faite pour cela !
Passer d'une Smart à une Seicento, c'est un peu passer d'un pick-up à une limousine : on apprécie le confort. Et on s'étonne même de trouver autant de polyvalence dans un si petit bout de voiture. La direction assistée asservie à la vitesse facilite la tenue de cap, les suspensions souples maîtrisent quand même bien les mouvements de caisse tout en prodiguant un confort acceptable, et la vitesse de pointe de 150 km/h s'atteint sans problème. Bref, faire 150 km dans une Seicento ? Pourquoi pas ?
Vie à bord
Il n'y a pas de miracle, sur 2,5 m, une fois implantés le moteur, la direction et la planche de bord, il n'y a plus de quoi loger qu'une rangée de sièges et un petit coffre. La recette a été appliquée à la Smart. Deux personnes prennent place dans cet habitacle pour le moins étonnant. L'habitabilité est digne de celle d'un petit monospace, largeur aux coudes en moins. Et encore, avec la disposition décalée des sièges un peu raides, conducteur et passager ne se gênent pas. Assis en hauteur, ils toisent la route comme dans une berline classique. Sauf que, au premier plan, ils font face à une extravagante planche de bord bien pensée. Positionné juste au-dessus du moteur, le coffre met à disposition 150 litres. Ce n'est pas beaucoup, mais suffisant pour aller faire ses courses. On regrettera toutefois l'impossibilité de l'ouvrir de l'habitacle, mais surtout ses trois phases d'ouverture : mettre la clé dans le barillet, soulever la vitre arrière - tiens, pas de poignée - et abaisser la « ridelle » - là, il faut les deux mains. Et, puisque l'on parle d'ouvrant, les portes sont très longues. Cela facilite l'accès à bord, mais pas l'ouverture : une Smart les deux portes ouvertes, c'est d'une sacrée envergure.
La Seicento montre moins d'extravagance dans la conception de son habitacle. La planche de bord est réduite, mais classique, et les sièges avant sont alignés. Il va falloir jouer des coudes. La position de conduite est tout de même satisfaisante, mais, à l'inverse de la Smart, on contemple la route d'en bas. Le coffre est d'une capacité identique à celui de la MCC, à cela près qu'il peut s'ouvrir de l'intérieur, et en une seule phase : c'est un vrai hayon. Habitacle plus confiné, coffre aussi logeable, et 82 cm de plus ? Oui. Car la Seicento propose quelque chose que la Smart ne peut même pas rêver d'avoir : une banquette à l'arrière. Pas de quoi espérer loger convenablement deux adultes, tout juste deux enfants. ça dépanne quand même. Et si l'on envisage les trajets en binôme, dans ce cas la banquette rabattable dégage un coffre de 810 litres.
Equipement
Les prix de la Smart ont été revus à la baisse. Désormais proposée à 53 900 F dans sa version de base, la Smart [amp ] Pure paraît plus compétitive. Surtout que, à ce prix, elle donne accès à deux airbags, aux vitres avant électriques et à la condamnation centralisée à distance. A tous ces arguments, il faut ajouter antipatinage et ABS, deux accessoires rendus obligatoires pour donner un certain sentiment de sécurité - c'est une propulsion. Cela nous met la Smart à 74,86 francs au kilogramme.
A équipement égal, soit en rajoutant airbag passager et ABS - mais en omettant l'antipatinage, elle n'en a de toute façon pas besoin -, la Seicento Hobby est facturée 57 200 francs, soit 2,96 francs de plus du kilogramme. Oui, mais voilà, une voiture ne se vend pas au poids, mais selon sa polyvalence, sa capacité de transport. Et, dans ce cas, le prix de la place est de 26 950 francs pour la MCC et de 14 300 francs pour la Fiat. Il n'y a pas lieu d'hésiter !
Bilan
Nombre de passants et de conducteurs rencontrés lors de ce périple citadin ont salué l'arrivée de la Smart. Sympathique, revigorante, elle donne au paysage urbain l'allégresse qui lui manquait. Mais, lorsqu'on les interroge sur un éventuel achat, l'enthousiasme se disperse : la voir sillonner les rues oui, la conduire au quotidien non. Certes, la Seicento fait moins d'émules sur son passage, mais elle a le mérite d'offrir une polyvalence nécessaire. Alors, Monsieur MCC, à quand une confortable Smart à quatre places ?

































