Avec une persévérance qui force l'admiration, Suzuki construit sa réussite sur une technique commerciale parfaitement rodée. Le constructeur japonais n'abandonne pas un modèle tant qu'il reste de bonnes probabilités de le vendre. Cette politique permet aux fervents de tout terrain de savourer encore les joies du Samurai, et de préférer au récent Grand Vitara l'ancien Vitara, plus abordable à l'achat et assez jeune d'esprit pour faire quelques conquêtes.
Pour l'observateur, la carrière de ce soldat d'arrière-garde ressemble à un éternel recommencement. Après la longue exclusivité des moteurs à essence, le Vitara n'est venu au Diesel qu'au printemps de 1996 avec une version courte animée par un moteur atmosphérique Peugeot et une version longue équipée d'un 2 l turbo Mazda. A peine six mois plus tard, cette première gamme est renouvelée, la suralimentation faisant son apparition sur le Vitara à trois portes, le modèle à cinq portes adoptant parallèlement un échangeur d'air. Un peu plus tard, en 1998, le Vitara long 2.0 TD disparaissait, en cédant son moteur Mazda Intercooler de 87 ch au Grand Vitara, nouveau chef de file du catalogue.
Dans l'intervalle, Suzuki a poursuivi la commercialisation des modèles à trois portes et cabriolet, sans modification technique. Tel un prestidigitateur qui récupère miraculeusement ses ustensiles dans la doublure de son chapeau, voilà que cet expert en 4 x 4 populaires réembauche la version longue, avec cette fois un moteur 1.9 TD interrefroidi de 90 ch fourni par PSA. On salue cette initiative, sans toutefois imaginer un décollage spectaculaire des immatriculations. A moins de 120 000 F, la recette du Vitara réchauffé peut néanmoins trouver des amateurs.
En vérité, le capital de séduction du Vitara à cinq portes est presque intact. L'étroitesse de l'habitacle est le revers de la médaille du joli tour de hanches de la carrosserie. Les dimensions généreuses de la porte arrière semblent disproportionnées avec le volume effectif de chargement. Mais la silhouette est harmonieuse, et l'encombrement compatible avec le tout terrain comme avec la circulation urbaine.
La présentation intérieure, elle, n'est pas du dernier cri, mais la sobriété du tableau de bord, celle de l'instrumentation et l'honnête qualité de fabrication entretiennent la sympathie à l'égard de l'engin. L'équipement est tout sauf luxueux, mais, quand on se sent protégé par deux airbags et qu'on dispose de vitres et de rétroviseurs électriques, d'un verrouillage central et d'un cache-bagages, on peut franchir la porte du garage dans la confiance et la bonne humeur. La maniabilité sur route de ce Vitara « recyclé », ses prédispositions pour un franchissement récréatif, le conduisent vers une clientèle qui préfère le bon sens à la passion. Si les 90 ch du moteur sont plus énergiques que les 75 ch de la version courte, on se doute que les accélérations ne vont pas nous coller au siège.
La tenue de route n'est vraiment bonne qu'à vitesse de croisière sur des revêtements irréprochables, comme le confort. Le naturel sautillant du Vitara est à l'image de son tempérament : divertissant. Dans ces conditions, ce 4 x 4 n'admet de la part des acheteurs que des exigences réfléchies. L'utilisateur doit se satisfaire d'une insonorisation imparfaite, d'une commande de boîte plutôt sèche, d'un freinage très classique et d'une vitesse de pointe modérée.
En somme, prix de revient kilométrique et prix catalogue sont à mettre en tête des « pour ». Compact, frugal et sans faux détours techniques, le Vitara reste modestement dans l'actualité...
















