En dépit de leur image sportive, c'est à des seniors que se vendent les gros coupés. Pour ces automobilistes délivrés de leurs charges familiales, ces voitures élégantes sont souvent le couronnement d'un parcours trop raisonnable. Quitte à ce qu'un lumbago chronique les oblige à y entrer en se cramponnant au pilier de pavillon, et à en sortir en prenant appui sur le seuil de porte.
Est-ce à eux que Renault a pensé en créant Avantime ? Pas ouvertement, bien sûr, ce serait péjoratif. Patrick le Quément, directeur du design industriel de Renault, préfère présenter son prototype sous un jour positif, en évoquant la génération « post Espace ». Des gens qui, ayant pris goût à une position de conduite surélevée, à un espace vital généreux et à une grande luminosité, ne veulent pas y renoncer en s'offrant leur voiture « d'après les enfants ». Renault entend d'ailleurs baptiser cette nouvelle race d'automobiles du nom de « coupé-space ».
L'idée se défend, comme elle se défendait déjà du temps de l'AMC Pacer, l'« aquarium », dans les années 70. Mais le nouveau « look » des produits Vuitton en témoigne mieux que toute démonstration, la notion de luxe a changé. En matière d'automobiles, le côté statutaire demeure, mais on cherche à exprimer une certaine distanciation vis-à-vis du monde du travail. La « déberlinisation » du luxe, incontestable, prend la forme de coupés spacieux, de cabriolets qui n'en sont plus (SLK, Peugeot 2-0-coeur), de 4 x 4 tendant vers le monospace, ou de gros breaks, en Allemagne.
Fine mouche, Avantime entend jouer sur tous ces registres à la fois. Et, tout comme Espace et Safrane vivaient en bonne intelligence, Avantime et le futur haut de gamme conventionnel de Renault devraient cohabiter sans encombre.
Le style Le Quément, on aime ou on n'aime pas, mais l'honnêteté commande de lui reconnaître une chose : d'Initiale à Avantime, en passant par Vel Satis, il a su créer de toutes pièces une identité Renault, performance rare pour un constructeur généraliste. Sa démarche consiste à réconcilier le parallélépipède (rationnel) et l'obus (performant), il y est parvenu.
L'Avantime de série sera présenté cet automne à Francfort, pratiquement inchangé, les roues de 20 pouces en moins, sans doute, pour une commercialisation dans un peu plus d'un an. Le tarif ? Il sera sans doute compris entre celui d'un coupé 406 et celui d'une Mercedes CLK équivalente, soit, selon nos estimations, autour de 250 000 F, avec le moteur V6 actuel.




































