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Essai Mitsubishi Pajero (2018) : Le dernier des Mohicans

mitsubishi pajero 2018 sur route
Le Mitsubishi Pajero reste à l'affiche jusqu'en octobre 2018 en France. Ses prix démarrent à 41 390 € en version 3 portes.

Vaincu par le malus, le valeureux Mitsubishi Pajero tire sa révérence. Sur une dernière salve : 300 modèles qui savent se transformer en version commerciale à deux places pour échapper à l'écotaxe.

Voiture à l'essai : Mitsubishi Pajero 3.2 DI-D 190 ch Invite BVA 3 p

À partir de
41 390 €
10 500 € de malus

Page 1Essai Mitsubishi Pajero (2018) : Le dernier des Mohicans  

Etrange époque. Les SUV triomphent, eux qui ne font rien de rien de mieux qu’un break ou un monospace, sauf consommer davantage et coûter plus cher. Et les vrais 4x4 tombent les uns après les autres, torpillés par le malus… Ils sont pourtant indispensables : qui d’autre peut grimper jusqu’à une bergerie, traverser forêts et maquis ?

Comme la nature ne saurait tolérer ce vide, le législateur ferme les yeux sur une ineptie : pas d’écotaxe pour les pick-up, au motif qu’ils sont classés véhicules utilitaires, même dans des configurations double cabine garnie de cuir qui jamais ne posent les roues sur un chantier…Le public des tout-terrain n’a pas eu le choix : il est passé dans le clan des pick-up, véhicules qui polluent plus que les 4x4 traditionnels car plus grands, plus lourds. Brillant résultat pour une politique fiscale menée au nom de la défense de l’environnement !

mitsubishi pajero 2018
Comme les authentiques baroudeurs, le Mitsubishi Pajero porte fièrement sa roue de secours arrimée à la porte de coffre. Pas l'idéal pour son ouverture, ni l'encombrement...

Avant l’instauration de l’écotaxe en 2008, les 4x4 traditionnels pesaient environ 25 000 ventes par an en France ; les pick-up, moins de 10 000 ventes, dont une très large majorité de châssis simple cabine ou cabine approfondie à vocation professionnelle. En 2017, les pick-up ont battu leur record en France : 20 580 ventes, à 70% en version double cabine. Et les 4x4 traditionnels ont glissé sous le seuil de visibilité : une centaine de ventes au total… En conséquence, Mitsubishi a renoncé à adapter le Pajero aux normes Euro 6c qui entreront en vigueur en octobre. Le jeu n’en vaut pas la chandelle : 13 ventes en 2017… Légende du 4x4, le Pajero poursuivra sa route ailleurs dans monde. Mais pas en France, où il n’ira pas au-delà des 300 unités commandées par l’importateur Mitsubishi pour couvrir la dernière année de sa longue carrière.

 

Prix Mitsubishi Pajero

statique mitsubishi pajero 2018

Ses tarifs ont toujours été haut placés : le Pajero débute à 41 390 € en version courte 3 (4,39 m) à 3 portes, et 44 490 € en version 5 portes : 4,90 m, sept places avec banquette escamotable au 3e rang. Malgré un équipement qui ne va pas au-delà de l’essentiel, ces prix n’ont jamais effrayé le client, car ils étaient à la mesure des capacités de baroudeur du Pajero. Mais 10 500 € de malus au barème 2018, rançon d’un 3.2 diesel 190 ch qui expire 238 g de CO2/km, voire 245 g en version longue, c’est une sanction éliminatoire.

Mitsubishi Pajero 5 portes 2018.
Mitsubishi Pajero 3 portes 2018.
Mitsubishi Pajero 5 portes 2018.

Mitsubishi France a toutefois contourné cet obstacle en concevant un « kit commercial » qui supprime ses sièges arrière au profit du volume de chargement. Le Pajero devient alors véhicule utilitaire et échappe au malus. Son tarif est inchangé, mais les sociétés peuvent récupérer la TVA. Ce qui abaisse ses premiers prix à 34 492 € hors taxes en version courte, et 37 075 € HT en version longue. Dans cette configuration deux places, le Pajero a maintenu des scores honorables en 2017 : 264 ventes en format véhicule utilitaire.

 

Au volant du Mitsubishi Pajero

mitsubishi pajero 2018 de face

En dépit d’une BVA à seulement 5 vitesses et lente dans les montées de rapports, son 3.2 diesel 190 ch a du souffle : 190 ch, 10,4 s de 0 à 100 km/h. Mais, rançon de ses talents en tout-terrain, le Pajero est très lourd : 2 150 kg en version courte. De surcroît, toit très haut posé (1,85 m) et 21 cm de garde au sol élèvent son centre de gravité. Mieux vaut donc, pour ne pas réveiller le roulis, le mener à pied de velours. Flottante et peu informative, sa direction y incite. A rythme paisible, le Pajero s’avère bon compagnon de voyage. Son moteur ronronne gentiment sans écorcher les oreilles. Position haute, vaste habitacle et grande surface vitrée participent à la sérénité à bord. Et comme ses suspensions ne sont pas tarées pour la charge comme sur un pick-up, il sait rester confortable en dépit d’un châssis échelle.

 

mitsubishi pajero 2018
Transmission 4x4 enclenchée, le Mitsubishi Pajero est dans son jardin sur les chemins escarpés de Balagne, au nord de la Corse : garde au sol de 21 cm, réducteur de boîte, blocage de différentiel AR.

Mais c’est quand la route prend fin que le Pajero dévoile ses talents. Transmission intégrale enclenchée, en boîte courte et différentiel AR bloqué si besoin, rien ne lui fait peur, rien ne l’arrête : ni les pentes, ni les pierres, ni les ornières boueuses. Conception ancienne et diffusion étroite ne lui permettent cependant pas de disposer des derniers perfectionnements du pick-up L200 renouvelé en 2015 : pas de palettes BVA au volant ou de contrôle de vitesse en descente, transmission intégrale à visco-coupleur plutôt que différentiel type Torsen. Jadis, les pick-up étaient de mœurs rustiques. Aujourd’hui, faute d’évolution, c’est le Pajero qui paraît appartenir à une autre époque de l’automobile, sans doute parce que son avenir s’écrira désormais en dehors du riche continent européen.


Dans l’habitacle du Mitsubishi Pajero

Un écran tactile multimedia, mais pas de GPS intégré à bord du Mitsubishi Pajero. Un Smartphone, et les applications AppleCarPlay et Androïd font tout aussi bien l'affaire... en finition haute Instyle. Compteurs à puits et frein à main à l'ancienne gardent leur charme.
Un écran tactile multimedia, mais pas de GPS intégré à bord du Mitsubishi Pajero. Un Smartphone, et les applications AppleCarPlay et Androïd font tout aussi bien l'affaire... en finition haute Instyle. Compteurs à puits et frein à main à l'ancienne gardent leur charme.
Le Pajero a gardé un levier pour enclencher ses quatre modes : 4x2, 4x4, 4x4 Lock et avec boîte courte. Le L200 est passé à un bouton rotatif, plus pratique.
Cet aménagement du coffre ne laisse que deux places à bord. Mais à passer ainsi dans le camp des VU, le Pajero échappe à 10 500 € de malus.
Le Pajero a gardé un levier pour enclencher ses quatre modes : 4x2, 4x4, 4x4 Lock et avec boîte courte. Le L200 est passé à un bouton rotatif, plus pratique.

 

Concurrence Mitsubishi Pajero

Le Jeep Cherokee est davantage tourné vers les loisirs, le Mercedes Classe G hors concours : V8 essence 422 ch, 121 200 € malus compris. Depuis les retraits du Nissan Patrol (2009) et du Land Rover Defender (2016), le Pajero ne compte plus qu’un rival : le Toyota Land Cruiser, qui a perdu sa version longue SW (4,95 m) à V8 diesel 286 ch. Doté d’un diesel 2.8 177 ch, Il débute à 37 400 € TTC en 3 portes (4,57 m) et 40 100 € en 5 portes (4,84 m, sièges de 3e rang en option pour 1 900 €). Avec BVA en sus : 2 000 €.

Restylé en 2017 et de conception plus récente que le Pajero, le Land Cruiser est plus moderne par son équipement et son aménagement : hayon et roue de secours sous châssis en version 5 portes, GPS, contrôle de vitesse en descente etc. Mais il est moins beau, bien moins vif : 12,7 s de 0 à 100 km/h en version BVA. Et frappé du même malus (10 500 €), même s’il est plus sobre : 7,2 l/100 km en cycle mixte (190 g de CO2/km). Comme le Pajero, le Land Cruiser réalise l’essentiel de ses ventes en VU : 400 unités en 2017.


Mais la translation du marché le prouve, les vrais concurrents des 4x4 traditionnels sont désormais les pick-up double cabine, exonérés de malus et de TVS : 6 212 ventes en 2017 pour le Ford Ranger (5,36 m, à partir de 39 517 € en 3.2 TDCI 200 BVA6), 4 226 pour le Toyota Hilux (5,33 m, à partir de 36 800 € en 2.4 D-4D 150 BVA6), 3 420 pour le Nissan Navara (5,33 m, à partir de 41 010 € en 2.3 dCi 190 BVA7), 1 648 pour le VW Amarok (5,32 m, à partir de 42 456 € en V6 3.0 TDI 204 BVA8), 1 572 pour le Mitsubishi L200 (5,21 m, 40 890 € en 2.4 DI-D 181 BVA5).


Bilan essai Mitsubishi Pajero

Le départ du Pajero sonne le glas de l’époque insouciante de l’automobile. Et laisse un goût amer dans la bouche. Le Hummer, d’accord. Mais le Pajero, lui, était utile et posait rarement les roues en ville… Au-delà du Pajero, se pose la question du destin de Mitsubishi, marque en difficulté tombée en 2016 dans le giron de l’alliance Renault-Nissan. Ses qualités sont reconnues : design fort, expertise en 4x4, technologie hybride rechargeable sur l’Outlander. Il est à craindre que seul ce dernier atout, ainsi que les positions commerciales de Mitsubishi en Asie, intéresse vraiment un groupe Renault-Nissan dépourvu de propositions hybrides.

Les 4x4 traditionnels, Nissan connait. Les pick-up aussi. Et en juger par son attitude envers Renault, ne parait guère enclin au partage. Le prochain Pajero sera-t-il un Patrol rebadgé ? Le prochain L200, un Navara rebadgé ? Mitsubishi aimerait bien connaître la réponse, nous aussi. Elle ne viendra pas avant 2020, date fixée par Renault-Nissan pour annoncer quelle place sera réservée à Mitsubishi dans l’Alliance. Quant à un pick-up ou 4x4 traditionnel hybride rechargeable, il ne faut pas trop y compter dans un futur proche : cette technologie n’aime pas les chocs.

 

On aime

• La force tranquille
• Qu’il soit utile, voire irremplaçable
• Sa ligne, virile mais élégante

 

On regrette

• Le malus, qui le frappe de manière aveugle
• Son prix
• Son poids
 

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