Les choses de la vie et de l'industrie sont parfois paradoxales. Quelques années plus tôt, la Honda Civic avait un parfum d'élégant petit coupé sportif qui rencontrait un indiscutable succès auprès de la clientèle. Parallèlement, le catalogue Renault ne proposait aux amateurs de berlines à trois portes qu'une R19 fort banale, et que l'on ne risquait pas de confondre avec un coupé.
Aujourd'hui, le visage du marché a radicalement changé. Les chemins de la Civic et de la Mégane se sont croisés jusqu'au point d'inverser pratiquement leurs philosophies respectives. Dans la production du constructeur français, le coupé Mégane apporte un souffle de jeunesse qui fait office de contrepoids face aux Mégane « familiales ».
De son côté, Honda a quasiment changé le fusil d'épaule. La Civic n'est plus cette voiture basse, dont le style était une sorte de carte de visite. Avec son envergure et sa garde au toit, la petite japonaise a désormais des idées de conquête du grand public. Le volume utile et les cotes d'habitabilité sont généreux et ne la cantonnent plus dans des ventes confidentielles aux célibataires BCBG et aux jeunes mariés.
Les deux moteurs 1.6 16V disposent d'un potentiel comparable en dépit des différences techniques liées aux arbres à cames (simple sur la Civic, double sur la Mégane). Il ne s'agit pas de taper dans les chronos comme au volant d'un authentique coupé sportif, mais un conducteur habile n'aura aucun mal à déjouer les pièges de la circulation.
Les deux mécaniques autorisent même un grain de fantaisie que l'on pourra mettre à profit sur des départementales sinu
euses. Si différence il y a, ce sont les impressions de souplesse qui les laissent deviner. A cet égard, les reprises à bas régime de la voiture française font merveille, et une simple caresse sur l'accélérateur permet de repartir en cinquième sur un filet de gaz.
Cela étant, il serait injuste de penser que la Civic est démunie. Elle défend très bien son point de vue quand le trafic devient dense et lorsqu'on éprouve une certaine réticence à changer fréquemment de vitesses. Négliger la commande de boîte serait pourtant se priver d'un levier de vitesses d'une maniabilité exemplaire. Beaucoup plus classique, celui de la Renault accomplit son devoir. La grille est parfois « pâteuse », mais à défaut d'une netteté parfaite, les différents étages s'enclenchent instinctivement. Economiques à vitesse de croisière, pas trop gourmandes en usage citadin, la Civic et la Mégane feront de leur mieux pour épargner les finances de leurs propriétaires. En regard de sa rivale, la Renault accuse cependant un très léger handicap de consommation qu'elle parviendra sans doute à compenser grâce à sa régularité.
Quant au bruit du moteur, les deux véhicules prennent des libertés comparables avec l'insonorisation. La japonaise s'exprime sur un timbre légèrement plus métallique, mais sur les deux engins les vocalises à haut régime sont des entorses au confort de niveau équivalent.
En termes de confort, on retrouve également des caractéristiques similaires. Les suspensions s'accordent assez bien avec l'amortissement. Elles digèrent relativement bien les revêtements dégradés et connaissent des sautes d'humeur qui font marteler les roues sous la caisse. Les positions de conduite et le contact des sièges n'appellent ni sanctions, ni hourras. D'autre part, on hésite à être élogieux envers le rayon de braquage de la Civic : on soupçonne le mariage entre pneus et direction de provoquer quelques incertitudes en tenue de cap, phénomène également perceptible sur la Mégane, à un moindre degré.
Techniquement parlant, les quatre freins à disques de la Honda lui donnent l'avantage dans cette rubrique. Toutefois la puissance des
ralentissements de la Renault, qui réclame parfois une semelle circonspecte, plaide en sa faveur. Question comportement, Renault prend une légère longueur d'avance. La Mégane se régale en virage, se cale sur ses appuis. Les quatre roues s'harmonisent sur les trajectoires. Il faut sortir les liaisons au sol de leurs « gonds » pour avoir le plaisir de faire bouger la voiture et corriger son maintien au volant.
Chez Honda, on s'aperçoit très vite que les châssis des nouvelles Civic à trois et à cinq portes sont réglés de manière très différente. Impossible d'ignorer les divergences de comportement. Aux déplaisants mouvements de godille de la version à cinq portes, la trois-portes oppose une tenue de route presque rigoureuse. En dépit d'une petite persistance à délester le train avant, aucune mauvaise surprise ne viendra gâcher un itinéraire récréatif négocié avec dynamisme.
La Civic est incontestablement grande. L'espace vital rend la voiture accueillante et pratique, qu'il s'agisse des places arrière, de leur accessibilité, de la taille du coffre et de sa modularité. Elle donne le sentiment d'être une fausse trois- portes, et que la vie familiale y est fort bien tolérée. Son levier de vitesses, absent du plancher, est bien entendu une des composantes de cette richesse volumétrique.
A l'opposé, la Mégane est plus intimiste, conforme au style propre aux coupés. A titre d'exemple, la carte grise ne mentionne que quatre places, contre cinq pour sa rivale. Sa capacité d'accueil se confirme au
premier coup d'oeil dans la configuration des sièges arrière. Deux enfants s'y sentiront plus à l'aise, et y accéderont plus facilement que des adultes. La voiture française se rattrape, néanmoins, par une présentation souriante, objectivement plus chaleureuse que celle d'une Civic, habillée de teintes sombres et dont les garnitures sont d'une sobriété un peu décevante.
On est toutefois en droit de juger l'intérieur de la Mégane un peu artificiel, tant son souci de plaire l'emporte sur les côtés pratiques. Le coffre se révèle être son talon d'Achille.
Le tour d'horizon des équipements ne fait pas radicalement pencher les scores dans un camp ou dans un autre. Toutefois la Mégane se détache sensiblement. Les principaux éléments de sécurité sont respectés par les deux marques, mais les airbags de tête et l'assistance au freinage d'urgence sont proposés en série par Renault. Le français a cherché à s'attirer la sympathie de la clientèle avec l'ordinateur de bord, les vitres de custode électriques, les miroirs de courtoisie éclairés, les sièges sport et les projecteurs antibrouillard.
En face, les atouts de la Civic sont la radio-CD - quand le coupé Mégane Dynamique ne peut lire que des cassettes - et l'ingénieux bac de rangement central à double fond (qui n'apparaît que sur la version à trois portes). La montre numérique intégrée à l'autoradio de la Honda est toutefois une idée discutable...
Cela étant, les deux véhicules sont à l'unisson en ce qui concerne les éléments de confort routier les plus recherchés. La climatisation, le verrouillage à distance, les rétroviseurs électriques chauffants et les jantes en alliage apparaissent sur les deux catalogues.
Dans un cas comme dans l'autre, l'habit fait presque le moine. Le sympathique coupé Mégane est au diapason de sa physionomie, c'est-à-dire plus séduisant que réellement accueillant. Il est bien équipé, fidèle en comportement.
A peine moins coûteuse, la Honda Civic répond à d'autres critères. C'est une trois-portes hospitalière - une notion pratique qui, jusqu'à présent, ne faisait pas la Une du marché de l'automobile. Dans son cas, la passion cédera devant les besoins.




























































































































































































































































































