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La 2CV fête ses 60 ans !

La 2CV fête ses 60 ans !
La 2CV fête ses 60 ans !

La superbe exposition à Paris, consacrée à la célèbre « deux-pattes » est l'occasion de revenir sur une page peu connue de l'histoire automobile. En 1961, Citroën voulait traîner Renault en justice pour... plagiat !

Tout a été écrit sur la Citroën 2 CV : ses 3 868 633 exemplaires produits en France, l'évocation de sa double vie avec son prototype désormais légendaire d'avant la Seconde Guerre mondiale et sa bouille sympathique qui séduira quarante ans durant. Et les hommes qui sont à l'origine de ce petit véhicule sont également devenus légendaires : Pierre-Jules Boulanger - le patron d'alors - , André Lefebvre, l'ingénieur, et Flaminio Bertoni, le « sculpteur ».

 

Pourtant, aujourd'hui, L'argus de l'automobile fait revivre une partie de l'histoire peu connue de la 2 CV, et évoque deux grands patrons de l'automobile française du début des années 60, Pierre Dreyfus, P-DG de la Régie Renault, et Pierre Bercot, son homologue de Citroën.

 

RENAULT R4, D.R.En 1961, la firme de Billancourt présente la R4. Quai de Javel, c'est la stupéfaction ! On ne voit là que plagiat et contrefaçon de la 2 CV ! En témoigne le livre des mémoires de Pierre Bercot*. Il se souvient que le 18 octobre 1961, le président de Citroën adressait à son homologue de Renault une lettre « d'avertissement » : « La Régie, qui a pris la décision de proposer une voiture à traction avant définie de la même manière que la nôtre, n'a pas hésité à adopter un très grand nombre de dispositifs créés par nous de telle manière qu'une confusion puisse naître dans l'esprit des acheteurs. La contexture (ndlr : assemblage des différentes parties) et la disposition des sièges sont les mêmes que ceux de la 2 CV ; comme eux, ils sont amovibles. Le levier de vitesse a la même forme et est placé au même endroit. En fait, il nous apparaît que la R4 Renault est une copie de la 2 CV et que la Régie Renault ne s'est pas conformée aux règles de la concurrence loyale. » La réponse de Dreyfus ne se fait pas attendre. Son courrier, daté du 25 octobre 1961, ressemble fort à une fin de non-recevoir. Mais l'affaire ne s'arrête pas là.

 

Plagiat !

Citroën reproche à la Régie d'avoir fabriqué un véhicule trop proche de son modèle sur plusieurs points, comme les armatures tubulaires de la caisse, le tablier entre le moteur et l'habitacle, les sièges, le levier de vitesse, les dimensions et même... la publicité ! On y voit une famille pique-niquer en ayant sorti les sièges de la Renault 4, une copie conforme - dixit Citroën - de la publicité imaginée pour la 2 CV où une famille... pique-nique sur les sièges dans un pré ! Citroën critique cette concurrence déloyale. Renault se serait contenté de copier des innovations que Citroën a mis des années à peaufiner.

 

Pierre Bercot et René Coty, D.R.Le 23 mars 1962, une nouvelle lettre signée du patron de Citroën est adressée à Renault avec copie au ministre de l'Industrie ! Et même si Pierre Bercot explique qu'« un procès ne nous paraît que médiocrement convenable », l'envie le démange d'attaquer Renault.

 

Un troisième courrier est daté du 6 juin 1963, alors que la 2 CV entame sa quinzième année de commercialisation, et la Renault 4 seulement sa seconde. « C'est un fait que vous alliez persévérer sous une autre forme dans la concurrence déloyale à laquelle vous vous étiez déjà livrés en vous appropriant un très grand nombre des dispositifs de notre voiture 2 CV. À la fin du mois de janvier, vous avez fait passer une page entière de publicité dans la presse belge en faveur de la R4L qui était avant tout un dénigrement de la 2 CV Citroën ! (...) La Régie Renault, après s'être appropriée l'essentiel des dispositifs, aménagements et formes de la 2 CV qui ont fait son succès, en s'épargnant ainsi les risques d'une création nouvelle, a dénigré la voiture copiée en passant sous silence tous les éléments analogues pour critiquer les solutions qu'elle n'avait pas retenues ! »

 

Made in Billancourt

Il n'y eut cette fois aucune réponse de la part de Renault, et Pierre Bercot, amer, écrira dans ses mémoires : « Une assignation fut préparée qui reprenait l'ensemble des chefs d'accusation. Cette pièce est finalement restée sans suite dans le dossier et l'on fit comprendre à Citroën qu'on ne plaidait pas contre l'État. » Ainsi c'en était fini de cette lutte acharnée pour contrer cette prétendue copie de 2 CV, « made in Billancourt ».

 

Ces échanges de courriers presque puérils durant ces quelques années de production de la 2 CV révèlent surtout que les relations entre les deux patrons étaient alors exécrables. L'histoire confirmera que « la deuche » autant que la 4L avaient leur place sur le marché. Elles connurent d'ailleurs, l'une et l'autre, un franc succès.

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