Comment faire pour détrôner l'Espace ? La question tourne au casse-tête pour tous les constructeurs. Fort de son antériorité, de sa réputation, de son originalité, le monospace Renault continue de dominer le marché et d'écraser la concurrence. En France, il se vend plus d'Espace que de tous les autres monospaces réunis. Ces derniers progressent même moins vite que leur rival. Dans ce marché où 75 % des ventes sont réalisées en motorisation Diesel, l'Espace apporte un renfort à son traditionnel 2.2 dT en complétant sa gamme avec une série baptisée Cyclade et équipée du 1.9 dTi. Les performances sont un peu en baisse, mais le prix et la consommation aussi. Cette nouveauté prélude à l'arrivée, au printemps prochain, de la nouvelle génération de moteurs dCi à rampe commune.
En attendant, il faut occuper le terrain car la concurrence s'active là où elle a senti un défaut dans la cuirasse. C'est le cas du Citroën Evasion qui a flairé le bon coup au travers de son Diesel HDi réputé sobre, discret et performant. Autrement dit, ce moteur dispose d'une longueur d'avance, et il place son possesseur en position dominante. Une aubaine que compte mettre à profit l'Evasion pour oublier le complexe d'infériorité dont il est affligé face à l'Espace.
- Moteur
Dans un style de voitures où le niveau de performances n'est pas prioritaire, Renault ne prend pas un grand risque en adoptant un moteur un peu moins puissant. D'autant que le 1.9 dTi, avec ses 100 ch, conserve des capacités tout à fait satisfaisantes, notamment en accélération. S'il est plus limité en reprises et en vitesse de pointe que son collègue 2.2 dT, il présente aussi un agrément supérieur avec moins de vibrations et un niveau sonore plus bas. Il offre - et ce n'est pas le moindre de ses avantages - une consommation en baisse de près de 2 litres. Consommation qui le met justement au niveau de celle du 2.0 HDi équipant l'Evasion.
Dans tous les autres domaines, le moteur du monospace Citroën se révèle plus plaisant. Avec ses 10 chevaux supplémentaires, il dispose d'une allonge supérieure qui le rend plus agréable à conduire sur autoroute, malgré une transmission finale très allongée. A 90 km/h en cinquième, inutile d'avoir recours au levier de vitesse - pourtant idéalement placé sur la console centrale - pour accélérer. Dans les mêmes circonstances, il faudra rétrograder à bord de l'Espace.
Disposant encore d'un couple plus élevé obtenu à un régime plus bas, l'Evasion fait preuve d'un souffle inépuisable, et il se prête à tous les types de conduite. Enfin, même si le dTi sait rester discret, le HDi fixe de nouvelles normes dans le Diesel avec son absence quasiment totale de vibrations et son niveau sonore proche de celui d'un moteur à essence.
- Châssis
Un peu plus long que l'Evasion, l'Espace donne la priorité au confort. Si les suspensions sont souples, elles n'affectent pas pour autant le comportement routier. Depuis l'arrivée de la troisième génération, en 1996, les problèmes de roulis rencontrés à ses débuts appartiennent au passé. Par la force des choses, la caisse prend toujours de l'inclinaison dans les courbes, mais dans une proportion maintenant acceptable.
Face à ce compromis, qui répond en fait à la définition du monospace voulue par Renault et Matra, l'Evasion se veut plus traditionnelle dans son approche, et son comportement s'apparente davantage à celui d'une berline. Au niveau de la motricité, du guidage et de la précision de la direction, la Citroën l'emporte donc sur sa rivale. Pour le confort de conduite, elle dispose également d'un train avant à la capacité de filtrage supérieure qui lui fait survoler toutes les inégalités de la chaussée. Pour le confort tout court, en revanche, les passagers devront composer avec une suspension arrière plus sèche qui optimise d'abord la tenue de route. En fait, l'Evasion serait totalement sécurisante à conduire si elle n'avait pas fait l'impasse sur l'ABS en série. L'Espace ne commet pas cette erreur, et marque là un point facile face à sa concurrente.
- Vie à bord
L'Espace reste l'Espace. C'est-à-dire un habile mélange d'imagination et de rigueur, de pragmatisme et de rêve. L'aménagement de l'habitacle demeure un modèle du genre avec son tableau de bord « décalé », son coffre central, sa double climatisation conducteur et passager, et ses multiples espaces de rangement. Dans cette voiture, il n'est pas 1 cm2 resté inexploité. Alors que, dans l'Evasion, on ne sait pas où poser sa carte de crédit pour la garder à portée de main au moment des péages, l'Espace offre l'embarras du choix. Et ce n'est pas la piètre sacoche en Skaï installée par Citroën au pied de la console centrale qui changera quelque chose à l'affaire. Voilà l'exemple type d'une solution par défaut, un bricolage.
Avantage encore à l'Espace pour son champ visuel bien dégagé vers l'avant alors que celui de l'Evasion est entravé par la largeur des montants de pare-brise. Il reste que, d'un point de vue strictement pratique, la Citroën dispose tout de même de quelques atouts. Carrée comme une cuve à mazout, elle offre par exemple un volume intérieur supérieur à celui l'Espace. Sa capacité de chargement s'en trouve donc meilleure, mais aussi son habitabilité aux places arrière où les trois passagers bénéficient d'une plus grande largeur aux épaules. Dans cette configuration, ce n'est pas encore le paradis, mais en tout cas moins l'enfer qu'à bord de la Renault où trois adultes à l'arrière sont dans la situation de sardines dans leur boîte.
Au crédit de l'Evasion, enfin, ses deux portes arrière coulissantes qui se révèlent sécurisantes et pratiques pour les enfants. Elles facilitent aussi la montée et la descente des passagers lorsque la voiture est garée dans un parking souterrain où la place est toujours comptée.
- Equipement
Toutes deux livrées en version à cinq places, la Renault Espace Cyclade et la Citroën Evasion Millésime n'offrent qu'une modularité limitée, les sièges arrière ne disposant par exemple que de deux possibilités d'ancrage. Avec son coffre central et sa boîte à gants, l'Espace propose des rangements plus fonctionnels, alors que l'Evasion frise l'indigence à ce niveau. A son avantage, elle n'a que des rétroviseurs extérieurs rabattables électriquement. Ce qui est un peu mince au moment d'aborder les différences de fond. Il s'agit, bien sûr, de l'ABS dont l'Espace est équipée en série, mais aussi des airbags latéraux et de la radio. Face à la Renault, la Citroën fait figure de parent pauvre.
- Bilan
Excès de confiance ? Péché d'orgueil ? Toujours est-il que l'Evasion, en misant tout sur l'avantage de son moteur HDi, a manqué de modestie. Du coup, l'Espace peut toujours faire valoir ses autres arguments, qui sont nombreux. Elle en ajoute même un qui n'est pourtant pas dans ses habitudes : celui du prix. Si elle est facturée 2 000 F de plus que sa rivale (180 000 F contre 178 000 F), elle est aussi beaucoup mieux équipée. Avec le seul ABS en option, le tarif de la Citroën atteint déjà 183 600 F.
La bonne affaire financière se révèle donc être du côté de chez Renault. A partir de cette constatation, il n'y a plus de match possible, et l'Espace 1.9 dTi pourra donc passer le relais au nouveau moteur dCi en toute quiétude.














