Phénomène de compensation : les Français ont accepté d'acheter des voitures de moindres gabarits et cylindrées en 2009, mais à condition qu'elles soient mieux équipées. Dès lors, tous les paramètres de la Voiture Moyenne sont en baisse. Sauf le prix...
L'écotaxe avait déjà remodelé son portrait en 2008 : après plus de cinquante ans de croissance ininterrompue, la Voiture Moyenne de France était subitement devenue plus courte, plus sobre, moins puissante. Moins chère, aussi. Bref, plus sage.
S'est ajoutée en 2009 une seconde incitation à l'achat de petits véhicules : la prime à la casse. Et les ventes ont flambé : 2,27 millions, 10,5 % de plus qu'en 2008 et record de la décennie. L'euphorie d'un public grisé par la chasse à la prime a surtout profité aux citadines (+ 55 %), polyvalentes (+ 13 %) et petits monospaces (+ 34 %). Au-delà, à l'exception des SUV compacts, toutes les catégories ont déprimé. Hausse de la part des véhicules de petit gabarit, baisse des autres, le centre de gravité du marché français s'est donc encore déplacé vers le bas, amplifiant le mouvement constaté en 2008.
La Voiture Moyenne 2009 en témoigne. Par rapport à sa devancière, sa cylindrée (1 517 cm3) a perdu 59 cm3. Sa puissance est repassée sous la barre des 100 chevaux. Elle a aussi restreint son gabarit (4,10 m de long), valeur qu'elle n'avait plus connue depuis 2001. Et soigné sa ligne, avec 24 kilos en moins. Ses émissions de CO2 ont aussi diminué (131 g/km), malgré un recul du diesel (70 % des ventes) dû à l'attrait du public pour les citadines à bas prix, modèles qui roulent à l'essence.
Jusque-là, rien que de très logique. Ce qui ne l'est pas, dans ce contexte général de baisse, du moins à première analyse, c'est l'augmentation du prix de la Voiture Moyenne, grande surprise de l'année : 19 153 €, contre 18 962 € en 2008. Mais cette hausse n'est pas si étonnante qu'il y paraît.
Du goût pour les friandises...
Certes, les Français ont réduit la voilure : une citadine plutôt qu'une polyvalente, une polyvalente plutôt qu'une compacte, un SUV compact à deux roues motrices plutôt qu'un SUV à transmission intégrale. Écotaxes et primes à la casse ont ainsi produit l'effet escompté. Toutefois, phénomène de compensation, le public a accepté de descendre d'une catégorie... à condition de bénéficier d'un véhicule mieux équipé. D'un navigateur TomTom intégré par exemple, friandise proposée par Renault dès le deuxième niveau de finition du nouveau Scénic, et qui a beaucoup plu.
Les constructeurs connaissent leur métier. Au fond, peu leur importe la catégorie du véhicule vendu : seul compte le prix moyen. Ils ont su, dans leurs offres promotionnelles, mettre en avant un modèle à tarif ultra-bas, prime à la casse et bonus compris. Mais dans les faits, son délai de livraison est long. Ou il est si chichement équipé qu'il perd son pouvoir de séduction. Une fois le client en concession, l'art du vendeur consiste alors à l'aiguiller vers une finition supérieure, immédiatement disponible. Dans l'histoire, tout le monde est content. L'acheteur parce qu'il a converti sa prime à la casse ou son bonus en équipements supplémentaires, le constructeur parce qu'il a maintenu sa valeur de transaction...
Le contexte (radars, taxes écologiques, crainte d'une hausse des prix des carburants) laisse à penser que l'automobile a quitté l'ère du plaisir de conduire pour entrer dans celle du plaisir intérieur. Dès lors, la Voiture Moyenne 2009 en atteste, les Français ont modifié leurs priorités : baisse en gamme, montée en équipements. Une tendance de fond ? La Voiture Moyenne 2010 le dira...
Plus d'informations sur la voiture moyenne et son évolution depuis 1999 dans le numéro 4222 de L'argus de l'automobile. Disponible en kiosque.
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Excellent article. Je suis d'accord avec vos explications données sur la hausse du prix moyen, en tout cas cela correspond à l'esprit de mon récent achat automobile. La hausse des ventes d'automobiles a été fortement relayée dans la plupart des média généralistes sans plus d'explications contrairement à votre article riche en précisions. Une remarque cependant, les termes de "centre de gravité du marché français déplacé vers le bas" me semblent relativement subjective puisqu'elle intègre un côté négatif voire péjoratif; en effet, des termes comme celui-ci en appellent d'autres (tirés vers le bas) qui en induisent d'autres encore (le bon et le mauvais, etc.), de là au jugement de valeurs, le pas est vite sauté. A l'issue de l'analyse des données énoncées ici, ne pourrait-on pas simplement en conclure que c'est la notion même du luxe qui ‘évolue’ puisque les Français, malgré la crise, troquent la puissance et le gabarit contre des friandises, en d'autres termes, le haut de gamme au sens de gabarit ou de puissance a-t-il simplement encore de l'avenir de ce côté-ci de la galaxie ?
Signaler un abusExcellent article. Je suis d'accord avec vos explications données sur la hausse du prix moyen, en tout cas cela correspond à l'esprit de mon récent achat automobile. La hausse des ventes d'automobiles a été fortement relayée dans la plupart des média généralistes sans plus d'explications contrairement à votre article riche en précisions. Une remarque cependant, les termes de "centre de gravité du marché français déplacé vers le bas" me semblent relativement subjective puisqu'elle intègre un côté négatif voire péjoratif; en effet, des termes comme celui-ci en appellent d'autres (tirés vers le bas) qui en induisent d'autres encore (le bon et le mauvais, etc.), de là au jugement de valeurs, le pas est vite sauté. A l'issue de l'analyse des données énoncées ici, ne pourrait-on pas simplement en conclure que c'est la notion même du luxe qui ‘évolue’ puisque les Français, malgré la crise, troquent la puissance et le gabarit contre des friandises, en d'autres termes, le haut de gamme au sens de gabarit ou de puissance a-t-il simplement encore de l'avenir de ce côté-ci de la galaxie ?
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