Chrysler n'avait pas attendu d'épouser l'Europe pour mettre du schnaps dans son Coca. Dès l'été dernier, la ravageuse 300 M déboulait sur le marché avec pour ambition de réconcilier les automobilistes du Vieux Continent et les produits de l'Amérique. L'exercice réclamait une certaine virtuosité et la 300 M, comme nous le rapportions dans ces mêmes colonnes, s'en tirait avec les honneurs.
Encouragée par ses débuts prometteurs, elle nous présente aujourd'hui sa petite soeur, la même en version light. La cylindrée du V6 passe de 3,5 l à 2,7 l, la puissance de 254 ch à 202 ch, la vignette de 17 CV à 14 CV, et le prix de 265 000 à 235 000 F. Faut-il pour autant s'écrier « Chérie, j'ai rétréci la Chrysler » ? Eh bien, non !
Tant dans ses dimensions que dans ses équipements, la 300 M 2.7 reste strictement identique à la 3.5. Elle conserve donc le look - les circonstances nous permettront cet anglicisme - caractéristique qui fait son charme. Car la 300 M, c'est avant tout la conjonction heureuse d'une ligne de caractère, d'une habitabilité hors de pair et d'un prix tout à fait charmant.
Avec sa face avant pointue en gueule de squale, sa ligne basse (1,41 m), sa longueur imposante (4,99 m), sa malle arrière trapue comme taillée dans la masse, la Chrysler n'est ni vraiment belle ni vraiment élégante. Mais elle dégage une impression de puissance brute mêlée d'agressivité bien maîtrisée qui force le respect. Dommage que les jantes de 16 pouces ne suffisent pas à remplir des passages de roues trop largement échancrés, la version de 17 pouces étant réservée au marché américain.
Tout à la fois fluide et anguleuse dans sa carrosserie, elle reste bien posée au sol grâce à ses pneus de forte section, à ses voies larges et à son empattement long (2,87 m). Ces valeurs réunies dégagent un espace intérieur exceptionnel qui transforme l'habitacle en salon spacieux où les places arrière sont aussi confortables que celles de l'avant. Quant au coffre, sa contenance de 530 l lui assure un net avantage sur celui de rivales comme les BMW Série 5 ou la Volvo S80 en dépit d'un seuil de chargement élevé.
Cette ambiance Pullman est optimisée par le soin apporté au design et à la finition. A commencer par les superbes cadrans blancs cerclés de chrome façon Arts-Déco. Pour le souci du détail, nous ne citerons que l'éclairage à intensité variable des miroirs de courtoisie. Ça ne sert pas à grand-chose, mais la démarche se retrouve à tous les niveaux, comme, par exemple, le réglage de la ventilation à l'arrière ou les porte-cintres escamotables.
La 300 M, c'est aussi la voiture du tout compris et zéro option. Pour 235 000 F, elle offre, notamment, l'ABS, l'antipatinage, l'assistance variable de direction et une boîte automatique complétée par un Auto Stick permettant de changer les vitesses manuellement par une simple poussée sur le levier. Pour le confort, on retrouve le cuir, la climatisation à régulation automatique, l'ordinateur de bord (avec boussole intégrée !), le réglage électrique des sièges avant ou, encore, le régulateur de vitesse. A cette finition luxueuse et de bon goût, il ne manque que des airbags latéraux, une ceinture de sécurité centrale arrière à enrouleur et une ouverture de la trappe à essence depuis l'habitacle, la clé du bouchon étant des plus récalcitrantes.
Bien qu'amputée de 50 ch par rapport à la version de 3,5 l, la 300 M 2.7 garde du répondant sous le capot. C'est la championne des lignes droites où sa cavalerie n'hésite pas à sonner une charge héroïque que n'aurait pas désavouée Ford (John, pas l'autre). Même si la transmission automatique, toujours plus paresseuse, gomme une grande partie des sensations, le V6 n'aime rien tant que les montées en régime.
Les choses se gâtent en conduite rapide dès que la route tourne. Grandes courbes ou virages serrés, la souplesse des suspensions, liée à leur médiocre capacité de filtrage, ne facilite pas le placement de la voiture. De même que l'empattement long donne un comportement pataud et approximatif au châssis. Pour rattraper le tout dans les moments difficiles, on apprécie le freinage puissant, bien équilibré et facile à doser.
Privilégiant le confort et le voyage au long cours, la 300 M n'est pas encore tout à fait une grand tourisme à l'européenne. A rouler trop vite, elle avoue ses limites, elle met en exergue un niveau sonore handicapé par des bruits de roulement, et elle voit sa consommation grimper dangereusement. Il faut alors compter 15 l là où 11 l suffisent en utilisation normale. Alors, mieux vaut lever le pied, jouir du raffinement de l'habitacle, profiter de l'excellent système audio pour oublier les kilomètres qui défilent. Car, sous ses airs méchants, la 300 M reste toujours très cool.





















