Apparu en 1983, le Pajero s'est taillé au fil des années une belle réputation auprès du grand public. On s'en souvient comme du premier 4 x 4 vraiment routier, plus pistard que « franchisseur », séduisant parce qu'agréable à conduire, sympathique parce que plus confortable que les 4 x 4 très rustiques. Sans compter les quelques titres sportifs raflés en rallye-raid qui sont venus doper sa carrière commerciale.
Après dix-sept ans de bons et loyaux services, son parcours change de cap. Mitsubishi a totalement revu son architecture, quitte à faire quelques entorses à la fabrication traditionnelle des véhicules de franchissement.
L'abandon du châssis échelle au profit de la caisse autoporteuse, par exemple. A l'instar du Jeep Grand Cherokee, le constructeur japonais estime probablement que les renforts de carrosserie sont suffisants pour éviter toute déformation fatale, en dépit des sonnettes d'alarme tirées par des utilisateurs hautement qualifiés. Quoi qu'il en soit, Mitsubishi est allé encore plus loin dans la nouveauté. Les quatre roues indépendantes entrent dans la danse, de manière à bannir des comportements routiers que l'on ne souhaite plus rencontrer sur les 4 x 4 lourds. Les ressorts hélicoïdaux règnent en maîtres sur la suspension. Quant au principe de la direction à crémaillère, il est presque devenu orthodoxe aujourd'hui, tout comme l'ABS sur les freins ou l'injection directe de gazole sous le capot.
Le Pajero a aussi changé de standing. Il a visiblement subi l'influence d'un courant commercial qui entend le jeter dans les bras d'une clientèle aisée. Jantes en alliage, gros pneus, marchepieds, boiserie des consoles centrales, sièges en cuir et systèmes de climatisation en témoigne. Les vitres arrière fumées, outre leur parfum américain, sont du dernier chic. Le très luxueux équipement de ces tout terrain de haut de gamme renvoie les 4 x 4 primitifs à la préhistoire.
Le Pajero s'est par ailleurs étoffé. Avec trois portes comme avec cinq, il est plus large d'épaules, plus long et plus haut, mais il devrait toujours pouvoir se glisser dans la plupart des garages en sous-sol. Son espace intérieur s'est agrandi, au point de devenir très généreux aux places avant. Il conserve des qualités en partie utilitaires et en partie familiales. Toutefois, le châssis court n'est pas un champion de la vie de famille. La présentation intérieure, riche et élégante, est en revanche un peu tarabiscotée, à l'image des formes tourmentées de la carrosserie.
Si sa physionomie est orgueilleuse, le Pajero diesel tire également une grande fierté de son moteur 3.2 Di-D à quatre cylindres qui, avec ses « fûts » de 800 cm3 très exactement, dépasse largement la norme et nous rappelle un peu les temps héroïques du 4 x 4 militaire. Les sonorités graves de cette mécanique, un peu envahissantes, contrastent avec le raffinement de l'habillage, mais elles reflètent un potentiel énorme.
Le couple est catégorique. Avec pour conséquence un fonctionnement assez brutal. Cette mécanique entraîne les 2 tonnes du véhicule à une cadence qu'il convient de garder sous haute surveillance. Si la tenue de route proprement dite semble pratiquement irréprochable, ses limites seront donc atteintes d'autant plus brutalement.
La tentation sera d'autant plus grande pour le conducteur que l'Exceed est doté d'une boîte automatique à commande séquentielle qui fait ses débuts sur un engin de franchissement. C'est en toute objectivité un dispositif intéressant dont Mitsubishi a réussi la mise au point au prix d'une augmentation de la consommation de 1 litre aux 100 km environ.
Le Pajero 3.2 Di-D Exceed passe donc haut la main son examen de comportement routier. Il entre dans un nouvel âge qui, en tout terrain, lui donne un peu l'allure d'une Cadillac égarée dans une zone industrielle.
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