Au plus fort de la crise en Corée, Kia a joué de malchance. Affranchie de la tutelle de Mazda, la marque avait lourdement investi dans l'élaboration de modèles aux goûts et aux standards occidentaux. Mais ils sont sortis au mauvais moment. C'est le cas de la Shuma, une évolution profonde et réussie de la Sephia. Depuis, Hyundai a pris le contrôle de la marque, mais les modèles nés juste avant poursuivent leur carrière... ou l'entament chez nous.
Le Carnival est dans cette situation. C'est un modèle sans base utilitaire, ni racine étrangère. Il a été développé en totale autonomie, mais ses sources d'inspiration sont limpides : le Chrysler Voyager lui a servi de cible. A cette nuance près que, sur le plan mécanique, avec ses deux ACT, ses quatre soupapes par cylindre et son injection directe, il s'agit sans doute du Diesel le plus évolué de la catégorie. On ne lui a refusé que la rampe d'injection commune.
Evolué ne signifie pas pour autant raffiné : la mécanique conserve, dans l'habitacle, une présence sonore et vibratoire un peu envahissante, même à chaud. En revanche, et en dépit d'un poids et d'un gabarit qui se situent à mi-chemin des Voyager et Grand Voyager, le Carnival revendique des consommations inférieures de presque un demi-litre. Ses performances n'en demeurent pas moins équivalentes à celles des grands frères américains : on croise sur l'autoroute au-delà des 160 km/h au compteur.
Le Voyager n'a pas servi de modèle uniquement sur le plan mécanique. Ligne similaire, proportions équivalentes, même architecture de suspension arrière, portes coulissantes, la copie est fidèle jusque dans l'aménagement intérieur, avec une ventilation indépendante pour la zone arrière, des vitres fixes au deuxième rang, et un frein de parking « à la Mercedes », par pédale et poignée. Le Carnival marque même un point avec sa commande de boîte au tableau de bord, qui facilite les mouvements dans l'habitacle. Seuls ses 4,9 m de longueur surprennent un peu dans le trafic français.
Mais, pour être franc, et à l'image de sa mécanique, le comportement général du Carnival demeure aussi un ton en dessous de celui du Chrysler. Sans que jamais cela ne prenne un tour dramatique, ses suspensions sont moins bien filtrées, et le freinage manque de répondant.
Quant à la finition d'ensemble, elle mériterait encore quelques efforts : les ouvrants - portes et hayon - jouent bruyamment, et les sièges entrent volontiers dans la danse.
Ce qui est plus fâcheux, c'est l'agencement de l'habitacle. Les sièges arrière, en effet, sont simplement coulissants, et la banquette du troisième rang est seulement coulissante et repliable. Il est impossible de démonter tous ces sièges, et même de replier sur l'avant les fauteuils du deuxième rang. Statistiquement, c'est vrai, la clientèle exploite peu le potentiel de modularité des monospaces. Mais tout cela limite sacrément l'intérêt de ce fourgon, dont l'habitabilité est par ailleurs excellente. L'accès au troisième rang est assez facile, et sept personnes peuvent s'installer avec plus d'un sac à dos chacune, ce qui est, à vrai dire, la moindre des choses avec une longueur supérieure de 10 cm à celle d'un Renault Grand Espace.
En tout cas, qu'on se le dise, le Kia Carnival n'a rien à voir avec un Hyundai Satellite, un Nissan Serena, ni même un Mazda MPV ! Il est nettement moins rustique qu'eux... pour un prix qui demeure très raisonnable. Dernier argument pour les « paisibles » : une boîte automatique est aussi au programme. A ce prix-là, avec une garantie de trois ans ou de 100 000 km, on aurait mauvaise grâce à se plaindre trop bruyamment.






































