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Les familiales moyennes jouent des coudes

Jean-Pierre Joyeux Photos de Christian Bedei 
Lundi 11 octobre 1999
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Depuis l'arrivée de la Ford Focus, l'empoignade des berlines moyennes a repris de plus belle. La concurrence tremble devant cette voiture bien née. Il faut, comme la Peugeot 306, occuper une position solide sur le marché pour avoir quelque chance de lui tenir tête.

L'habitabilité, le dynamisme, le confort et le prix sont les qualités essentielles des berlines familiales les plus populaires. Mais rares sont celles qui présentent une homogénéité parfaite. Ford, qui a longtemps bénéficié d'une réputation de solidité tout en traînant le boulet d'un châssis ambigu, a fini par relever le défi. La Mondeo, puis la Fiesta, ont démontré que le bureau d'études s'était engagé dans la voie du progrès. Ces modèles ont apporté cette étincelle de vie et d'agrément qui, autrefois, faisait cruellement défaut à ce constructeur hautement généraliste.

La toute récente Focus réussit le Grand Chelem. Elle est non seulement plaisante, mais aussi pratique et consciencieuse. Elle joue sur la séduction pour mieux nous prouver, une fois sur la route, qu'elle sait se tenir sur ses quatre roues et procurer des satisfactions de conduite. Elle a, sans coup férir, été élue Voiture de l'année, un titre qu'elle n'a pas volé. Face à cette auto dévorée d'ambition, toutes les berlines de taille moyenne ont pris un coup de vieux.

Dans le camp adverse, il y a des valeurs sûres, pour ne pas dire des célébrités. La 306 est considérée en France comme une routière compacte, elle aussi perfectionniste dans son genre. Son succès légitime est dû à un bon compromis entre confort et comportement. Mais Peugeot, qui vit à l'heure de la 206, laisse un peu la 306 sur une vitesse de croisière commerciale. Elle devrait fatalement souffrir de la percutante Focus qui, outre ses prestations dynamiques, dispose d'une gamme complète de moteurs et de carrosseries. Sur le schéma classique des quatre portes auquel de nombreux automobilistes sont encore attachés, cette dernière présente un attrait indéniable.

Mécanique

Dans une lutte à cylindrées égales, certains constructeurs jouent la carte du moteur multisoupapes, alors que d'autres ont encore un faible pour les distributions classiques à huit soupapes. Chez Ford, le Zetec 16V développe 100 ch, ses ressources étant tout à fait d'actualité, comparables à celles de mécaniques équivalentes utilisées par Fiat ou par quelques constructeurs japonais. Il y a cependant au coeur du marché un noyau de résistance qui, dans une fourchette de 90 ch à 100 ch, parvient sensiblement aux mêmes résultats sans recourir à la technique seize soupapes. C'est, par exemple, le cas de la Peugeot 306, de la Renault Mégane et de la Volkswagen Bora.

Dans ces conditions, l'arbitrage des performances et de l'agrément moteur revient au couple maximal et au rendement énergétique. De toute évidence, la vieille école est encore crédible, en offrant des mécaniques assez pleines, dénuées de toute faiblesse en reprises. La 306 1.6 plaide la souplesse et la régularité. En revanche, la Focus marque le pas en cinquième, aborde les côtes sans trop de conviction si l'on a pas pris la peine de rétrograder. Elle fait meilleure impression en accélération pure, l'étagement des rapports de boîte lui permettant de signer des chronos dignes de ce nom. Sa commande de boîte est d'ailleurs irréprochable. Son profil est un peu plus sportif, tandis que celui de la Peugeot est manifestement plus touristique.

Quoi qu'il en soit, les deux rivales n'ont que 1600 cm3 à proposer. Dans cette catégorie, faute d'un véritable brio, c'est sur la consommation que les concurrentes tentent de se départager. Mais si la Focus, légèrement plus sobre sur tous types d'itinéraires, remporte les lauriers d'un fonctionnement plus économique, elle ne revendique qu'une autonomie très moyenne. Sur autoroute, les 55 l du réservoir imposent des ravitaillements rapprochés qui risquent de lasser l'automobiliste pressé. Une routière de cet acabit aurait mérité 10 l de mieux, de même qu'une 306 gratifiée de 65 l (au lieu de 60) aurait été plus à l'aise. Cela étant, lorsque les familiales moyennes se prétendent sociables et confortables, elles évitent d'agresser les tympans de leurs passagers. Dans le domaine de l'insonorisation, Ford a réalisé un travail exemplaire. La douceur et le timbre de la mécanique sont d'excellente compagnie quelle que soit la vitesse. A 130 km/h, on y parle normalement, sans s'égosiller, la radio peut créer un fond sonore harmonieux. La 306, elle, s'imagine obtenir du tempérament par le bruit. Les accélérations sont tapageuses, les vitesses de croisière finissent par devenir lassantes. Sur ce point, la Peugeot s'incline respectueusement.

Châssis

Avec la 205, la 405, puis la 306 et la 406, les spécialistes châssis de la marque française avaient pris environ dix ans d'avance sur la production concurrente. Peugeot avait phosphoré sur des liaisons au sol qui faisaient référence et que chacun s'employait à reproduire. Un tel degré de confort de suspension assorti d'un comportement frôlant la perfection, c'était l'objectif à atteindre.

Les années s'en vont plus vite qu'on ne le souhaiterait, et les techniques les plus efficaces gardent rarement une supériorité absolue. La 306 ne démérite pas, mais elle trouve dans la Focus une élève plus douée que le maître. On aimerait bien que toutes les berlines soient au niveau de la Peugeot, tout en notant néanmoins que le rapport entre les masses suspendues et non suspendues de ses éléments porteurs mériteraient une petite mise à jour. La conception plus ancienne de cette voiture se traduit par un léger flottement de la caisse, par des mouvements verticaux un peu dissidents des roues sur une chaussée dégradée. Rien de grave, sinon la certitude qu'une routière franche et équilibrée comme la 306 garde la tête haute et le moral serein en l'attente d'une relève qui sera probablement la réponse du berger Peugeot à la bergère Ford.

Ford, de son côté, s'est attelé au problème avec la rage de vaincre. En stabilité, en précision de trajectoire et en maniabilité, la Focus est un modèle du genre. En dépit d'une sécheresse fort passagère de l'amortissement, la suspension est également à même de satisfaire les plus exigeants. Ceux-là apprécieront l'homogénéité du châssis, ses remises en ligne précises, sa faible inertie malgré un supplément de poids d'une soixantaine de kg.

Quant aux organes de sécurité, la disproportion technique est flagrante. Le sentiment d'une direction très légèrement plus précise sur la Focus est, lui aussi, une conséquence de la rigueur du châssis. Si les deux adversaires disposent d'un freinage puissant, celui de la Ford marque sa supériorité grâce au système de répartition électronique (EBV) fourni en série. L'antipatinage (TCS) proposé en option situe de toute évidence la voiture comme un modèle d'avant-garde dans sa catégorie.

Vie à bord

La configuration du coffre arrière et des quatre portes a des côtés pratiques. Depuis quelques années, les constructeurs ont compris qu'ils pouvaient très bien fusionner ce type de carrosserie avec les sièges arrière séparés 2/3-1/3. L'absence de hayon n'est pas nécessairement une hérésie, dès lors qu'un coffre volumineux offre une capacité d'accueil satisfaisante. Les deux rivales sont à cet égard bien nanties, avec encore une fois un petit avantage à la Ford.

L'agrément toutefois commence sur le seuil de la porte. La Focus a beaucoup de caractère, alors que la 306 est aujourd'hui habillée dans un style beaucoup plus banal. L'atmosphère intérieure suscite les mêmes réactions. Chacun est libre de désapprouver les audaces de la planche de bord et les rondeurs de la console centrale de la Ford, mais la fonctionnalité des commandes, la taille des rangements et l'instrumentation devraient faire l'unanimité. Tape-à-l'oeil à première vue, cet intérieur est en réalité fort bien pensé. Les sièges ont été dessinés avec un souci de confort et de commodité. Ils offrent un maintien sans faille sur de longues distances, et les réglages sont faciles. La position de conduite, la visibilité, le volant à hauteur et à profondeur variables rendent la voiture très hospitalière. Seule l'intensité lumineuse des feux de route laisse à désirer.

La 306 Symbio présente un visage plus austère. Elle peut encore éveiller la sympathie des clients par son tableau de bord cartésien, ainsi que par une habitabilité un peu plus généreuse en largeur. La Peugeot reconnaît toutefois son infériorité en ce qui concerne l'espace vital aux places arrière, les dimensions de la boîte à gants et des bacs de portes avant, les réglages malaisés de l'inclinaison des dossiers.

Equipement

Même en respectant une grande impartialité, force est de constater que Ford ne se moque pas du client. Une Focus version Ghia annoncée à 97 700 F possède des arguments de choc. La climatisation et l'ABS+EBV en série ne sont que deux exemples parmi un lot d'équipement de confort, de conduite et de sécurité qui dépasse la moyenne. Chez Peugeot, l'heure de la répartition électronique de freinage et de l'air conditionné en équipement standard à prix comparable n'a pas encore sonné.

Dans ces conditions, on compte les points communs en estimant que la française défend malgré tout les valeurs sûres d'un milieu de gamme très honnête. Les deux voitures reçoivent le verrouillage centralisé à distance, les airbags du conducteur et des passagers, les rétroviseurs et les vitres avant électriques. En ajoutant la commande de portée des phares, les deux lecteurs de cartes, les miroirs de courtoisie, les trois ceintures à trois points arrière, on peut considérer que l'aménagement est assez complet dans un cas comme dans l'autre.

Les différences se jouent sur quelques accessoires, comme le plafonnier arrière et le pare-brise à dégivrage électrique de la Focus, les bacs de rangements arrière, la radio et les antibrouillards de la Peugeot. Dans les deux cas, les roues de secours sont de type normal, celle de la Ford est logée au fond du compartiment arrière et celle de la 306 dans un panier extérieur sous le coffre.

Bilan

Le débat sur les avantages de la cinquième porte (hayon) semble aujourd'hui dépassé. Il existe toujours des quatre-portes compactes sur les catalogues de plusieurs constructeurs, dont Ford, Peugeot, Renault et Volkswagen, meilleure preuve d'une réalité de la demande commerciale.

Mais, quel que soit le type de carrosserie, on s'aperçoit que les constructeurs ne laissent pas les nouveautés techniques au placard. Petit à petit, celles-ci descendent les échelons des catalogues, nous promettant bientôt des contrôles électroniques en tous genres et des sacs gonflables de tous types sur des voitures dites économiques. Les dispositifs de sécurité, les antivols, les sièges enfant et les systèmes de climatisation se multiplient. Les liaisons au sol font du chemin et s'améliorent.

Ford a apparemment beaucoup donné pour que la Focus se retrouve vraiment sur le dessus du panier. Etant donné sa place au tarif, la 306 a bien du mal à tenir la distance. Même un prix équivalent n'effacerait pas le handicap de ses quelques années de plus.

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