Choyés comme des tasses en porcelaine, nous profitons aujourd'hui d'habitacles spacieux, de sièges de ministre et de climatisations sensibles au demi-degré près. Dans ces conditions, se mettre au volant de super sportives, pour lesquelles aucune concession n'a été faite au confort, où la chasse au kilo superflu est une obsession et où seule l'efficacité routière compte, est un choc terrible... et un plaisir rare.
Opel peut s'enorgueillir d'être le seul constructeur généraliste à proposer un modèle aussi extrémiste. Ces sortes d'ULM (ultra légers minimalistes) sont en effet davantage l'apanage des artisans de l'automobile. C'est d'ailleurs à l'un d'entre eux qu'Opel s'est adressé, il y a trois ans, pour mettre au point son Speedster. Bâti sur le châssis de la Lotus Elise, ce dernier est fabriqué au sein de l'usine Lotus Cars. Fausse bonne idée car, avec un prix proche de celui de l'Elise mais sans la notoriété de la marque, le Speedster connaît un handicap certain.
Pour doper son roadster, Opel joue à présent la carte de la performance avec l'adoption du moteur 2 l turbo de 200 ch du Zafira OPC en lieu et place du 2,2 l 16V de 147 ch. Et pour se distinguer de la version atmosphérique, le Speedster Turbo reçoit des roues de 17 pouces au dessin spécifique, un petit aileron arrière et des écopes latérales élargies pour refroidir l'échangeur.
Grâce à son poids préservé (930 kg) et à sa puissance bonifiée, le Speedster est une vraie fusée. Il passe de 0 à 100 km/h en 4"9 - un peu mieux qu'une Porche 911 Carrera - et sa carrosserie aux allures d'avion furtif file à plus de 240 km/h. Le tout se fait dans une ambiance spartiate, à quelques centimètres du sol. Les sensations sont donc garanties, surtout que l'agilité du châssis incite à élever le rythme sur les petites routes.
C'est sur ce terrain que l'Opel a retrouvé une créature que l'automobile n'imagine plus, tant son homologation ressemble à un parcours du combattant. La Donkervoort D8 est un pur produit d'artisan, en l'occurrence le Hollandais Joop Donkervoort, et son importation en France a été reprise le mois dernier par la société De Dain Racing, située à Igny (91).
Avec sa ligne inspirée de celle de la Lotus Seven - un monument de la voiture sportive -, la Donkervoort semble arriver tout droit des années 60. Il ne faut pas y voir pour autant une voiture à la mécanique désuète. La hollandaise est propulsée par le bloc Audi 1.8 Turbo à vingt soupapes de 180 ch. Son châssis tubulaire repose sur des suspensions à doubles triangles superposés et sa carrosserie fait appel à l'aluminium et au composite. Ici aussi, la hantise du kilo de trop a guidé les concepteurs, et avec 630 kg sur la balance, son rapport poids/puissance (3,5 kg/ch) calme les ardeurs du Speedster Turbo (4,7 kg/ch). Si l'allemande arrive à faire illusion sur les premiers mètres, elle est ensuite distancée par la diabolique Donkervoort dont les reprises sont tout bonnement époustouflantes. Il n'y a guère qu'en vitesse maximale que l'Opel reprend le dessus, même si cet exercice a un intérêt limité avec de tels engins. Signalons néanmoins que les 300 km/h inscrits sur le tachymètre de la Donkervoort sont abusifs, puisque cette dernière doit « se contenter » de 210 km/h.
Pourtant, la hollandaise n'a pas besoin de ce genre d'artifice pour épater la galerie. Il suffit de se glisser à son bord pour constater que la partie va être rude. Plutôt monoplace à deux places que barquette spacieuse, elle vous coince dans un siège baquet étroit, calé entre une pseudo-portière et l'imposant tunnel de transmission. Avec le petit volant digne de celui d'une Formule 3, le levier de vitesses au débattement ultra court et le harnais à six points (en option), le ton est donné, ça va être sport !
Dès la mise en route, les borborygmes qui émanent de l'échappement signalent que la mécanique piaffe d'impatience. Le caractère viril et exclusif de la « Donk' » se dévoile dès les premières tours de roues. Il faut la mener d'une poigne solide pour être à la hauteur de ses capacités, tout en dosant les freins, ceux-ci étant dépourvus d'assistance et encore plus d'ABS. Balloté au rythme des déformations de la chaussée et devancé par le long capot, on enchaîne les virages avec cette drôle de sensation d'être assis directement sur l'essieu arrière. A la moindre pression sur l'accélérateur, la « Donk' » bondit, hurle, tape la route et secoue son conducteur qui doit rester concentré pour exécuter chaque mouvement avec fermeté et précision. Une pression trop forte sur l'accélérateur en sortie de virage et voilà l'arrière qui déboîte avec joie... Une pression trop forte sur les freins, et voilà les roues avant qui se couvrent d'un nuage de fumée...
Bref, pour exploiter pleinement cette diabolique Donkervoort, il faut un coup de volant averti et un physique de sportif. L'expérience est si rude - assourdissante diront les moins préparés - qu'après cela, le Speedster passe pour une voiture spacieuse, confortable et aussi facile à mener qu'une Twingo. C'est dire ! De même, avec son autoradio, son airbag, son éclairage intérieur et sa fermeture centralisée, l'Opel paraît presque suréquipée. Pourtant, l'allemande est elle aussi une sportive pure et dure. Et si elle est plus accessible - pas au sens propre, car s'installer à bord réclame des dons de contortionniste pour se glisser entre la poutre latérale et le toit -, cela n'enlève rien à son caractère. Dotée d'une motricité remarquable grâce à son moteur en position arrière centrale, elle est suffisamment précise de l'avant et mobile de l'arrière pour pimenter les sorties sur circuit.
Question acoustique, on reste dans le domaine du surréalisme au point que la présence d'un autoradio paraît incongrue. Donkervoort a mieux exploité la fine planche de bord de sa voiture avec la présence de cinq manomètres pour surveiller l'état de la mécanique. Un point négligé par Opel, qui propose seulement la température du moteur comme indicateur. Mais, tout en étant déjà onéreux, le Speedster se rattrape en proposant un prix bien moins prohibitif. A 38 090 €, cette version Pack, qui comprend les sièges en cuir et un repose-pieds pour le passager, est plus accessible que la Donkervoort 180 Sport, qui dépasse les 70 000 €, ce qui en fait définitivement un véhicule très (trop) exclusif.



















