Dans l'attirail de la séduction, enlever le haut n'est pas toujours l'arme fatale. Prenez l'Audi TT, par exemple, une voiture qui dans sa version coupé fait l'unanimité. Passant au roadster et abandonnant sa somptueuse ligne de pavillon au profit d'une capote, elle devient massive dans sa ligne et statique dans son apparence. Elle a, pour tout dire, le sex-appeal d'une baignoire. Voilà un reproche qu'on ne fera pas au roadster BMW Z3. Avec ses courbes, ses formes, ses galbes, son capot long et bombé, il conserve une ligne en mouvement dont l'agressivité gentiment BD correspond parfaitement à son caractère ludique.
Aussi subjectives soient-elles, ces considérations esthétiques ont leur importance dans l'appréciation de ce type de voitures où la notion de plaisir est primordiale. Le roadster est une espèce en voie de disparition, menacée par les réglementations, les limitations et la standardisation. Face aux correctes voitures à vivre, il s'affirme comme une voiture à conduire. Donc hautement subversive par les temps qui courent avec ses strictes deux places, son assise basse, son coffre mini, son absence de porte-gobelets et de gosses qui se chamaillent à l'arrière. Rendons grâce à Audi et à BMW de perpétuer cette tradition avec ces deux modèles nouvellement motorisés et proposés à moins de 200 000 F.
Moteurs
Avec le six-cylindres de 2,2 l et 170 ch, la noblesse mécanique est incontestablement du côté du roadster BMW. En allonge, accélération, reprise ou vitesse de pointe, le 1.8 Turbo de l'Audi, passé de 180 à 150 ch, ne peut rivaliser. Du moins sur le papier, car il en va tout autrement au niveau des sensations, terrain privilégié des roadsters où les km/h ne constituent pas forcément la bonne référence. Plus puissant, le Z3 2.2 est aussi plus linéaire. Il n'offre en aucun cas le coup de pied aux fesses que l'on est en droit d'attendre à l'ouverture des gaz. Etagée façon berline traditionnelle, la boîte de vitesses se révèle trop longue sur les trois premiers rapports et gomme la perception des accélérations. Le muscle est présent, mais il n'est pas explosif.
Avec 20 ch de moins, mais des rapports de boîte beaucoup plus serrés, le TT roadster se montre beaucoup plus expressif. S'il n'a pas l'amplitude de son rival, il compense ce handicap par sa vivacité et par le couple important engendré par le turbo. Avec sa commande de boîte ultra courte, c'est un roadster sprinter. S'il ne tient pas la distance face à la cavalerie bavaroise, il se rend avec les honneurs.
Châssis
Si le Z3 cherche le compromis sur le moteur, il est, en revanche, plus radical quant à sa structure même. Des suspensions fermes, une direction aussi précise que légère, et une transmission aux roues arrière : tout est en place pour transformer le roadster en bille d'acier lancée dans un flipper goudronné. Ça saute, ça rebondit, ça décroche, ça s'en va et ça revient. ça revient même bien avec l'aide, il faut l'avouer, d'un antipatinage bien utile - pour ne pas dire indispensable - sur le mouillé. Tant pis pour le confort, le roadster Z3 est définitivement un régal à conduire. Oui, osons le mot, à piloter...
Grand spectacle assuré et risques limités à condition d'avoir le coup de volant approprié. Il offre alors des sensations uniques dues aussi à la position de conduite originale. Les sièges étant installés en arrière de l'axe médian de la voiture, le conducteur « sent » sous lui le travail de l'essieu arrière. Il éprouve physiquement la compression et la détente des amortisseurs, le transfert des masses, la limite de la motricité et de l'adhérence. Un feeling que connaissent bien les motards, mais qui reste inaccessible aux simples automobilistes.
Face à un tel déferlement, le roadster TT se montre beaucoup plus nuancé. Simple traction, la version quattro étant réservée aux moteurs plus puissants, il n'a ni l'agilité ni la précision diabolique du Z3 dans le guidage. Les effets de couple se ressentent dans le volant, et son naturel sous-vireur limite spontanément ses aptitudes sportives. Là encore, les systèmes électroniques de contrôle de stabilité agissent comme des garde-fou. Moins drôle à piloter, l'Audi TT se rattrape par un confort très supérieur à celui, minimal, proposé par sa rivale. Les suspensions sont à la limite de la mollesse pour le style de la voiture. Pas idéal pour la tenue de route, mais appréciable pour le bien-être du conducteur et de son passager sur les longs trajets.
Vie à bord
Extraverti dans son comportement, le Z3 est, dans son aménagement, un austère roadster. Un austère qui se marre, certes, mais l'ambiance à bord n'est pas à la franche rigolade. L'espace y est compté, et on a l'impression que tout a été miniaturisé : la console regroupant l'instrumentation qui semble posée là où il y avait une petite place sur la planche de bord, les sièges en simili cuir dont l'étroitesse nuit grandement au maintien latéral du buste du conducteur. En conduite sportive, ce dernier n'a que le volant pour se tenir, ce qui a forcément des incidences sur la direction. Avec la capote en place, le roadster BMW reste bruyant avec de nombreux bruits d'air dans l'habitacle, alors que celle de l'Audi TT assure une insonorisation convenable. Manuelles, les capotes des deux voitures se manipulent facilement depuis l'intérieur de l'habitacle. Les couvre-capote sont aussi faciles à mettre en place, mais leur rangement est plus problématique. Celui du Z3 prend beaucoup de place dans le coffre tandis que celui du TT offre une solution originale et intelligente. Conçu avec un fond rigide, il épouse la forme du coffre en faisant office de double plancher. Du coup, il n'empiète pas sur un volume de chargement par nature limité. Le roadster TT prend l'avantage à ce niveau comme à ceux du silence et du raffinement de l'habitacle. Les sièges sont plus enveloppants et confortables, le intérieur est plus soigné avec la notation avant-gardiste des cerclages de métal rivetés autour des compteurs, des bouches d'aération et du levier de vitesse.
L'Audi a néanmoins un gros défaut pour ses occupants. La hauteur de la ceinture de caisse, qui met l'oreille à la hauteur de la vitre, provoque une sensation d'enfermement. Impossible de conduire le coude à la portière, un comble pour ces roadsters qui aiment tant jouer les jolis coeurs.
Equipements
Pour ne pas dépasser la barre des 200 000 F, Audi a rogné sur la puissance du moteur, tandis que BMW a limité l'équipement de son roadster au strict minimum. Son seul luxe réside dans le réglage électrique de la hauteur de l'assise des sièges et dans ses pneus larges. Pour le reste, c'est la portion congrue. Pas de climatisation, pas d'airbags latéraux, pas de volant réglable, pas de télécommande, pas de projecteurs antibrouillard, pas de lunette arrière de capote en verre, mais en plastique. Disposant en série de tous ces avantages, l'Audi TT justifie largement son prix supérieur de 9 000 F et se révèle même bien moins chère à niveau d'équipement égal.
Bilan
Deux jouets, deux styles. Au BMW Z3 le panache, la fougue, la beauté et le plaisir. A l'Audi TT la tempérance, le confort et la facilité de conduite. Le premier est un sportif dans l'âme, alors que le second serait plutôt une décapotable pour les amateurs de grand air. La voiture de monsieur et la voiture de madame, selon une simplification sexiste mais parlante. Les gardiens de l'esprit roadster ne s'y tromperont pas.














































