Coupé ? Break ? Mono-space ? La Renault Avantime n'appartient à aucune de ces catégories tout en ayant des liens de parenté évidents avec chacune d'entre elles : deux portes, hayon et grand coffre, plancher plat et immenses surfaces vitrées. Si on ne peut définir la voiture, laissons Renault prévoir quels seront ses clients : « Attirés par des produits intelligents, avant-gardistes, ils sont possesseurs de coupés (Peugeot 406, Volvo C70), de SUV de haut de gamme (Jeep Grand Cherokee, Mercedes ML, BMW X5), de cabriolets (BMW série 3, Saab 9.3) ou encore de monospaces ou de breaks de haut de
gamme. » Bref, il y en a pour tous les goûts. Une chose est certaine, c'est que l'Avantime, par son originalité et son caractère inclassable, montre davantage ce que son propriétaire a dans la tête plutôt que ce qu'il a dans son portefeuille. A condition tout de même que ce dernier soit bien garni, puisque le ticket d'entrée est de 237 456 F et de 267 630 F pour la finition Privilège. C'est le prix du non-conformisme.
Il s'exprime dans une ligne déroutante, mais ne manquant pas d'attrait, caractérisée par l'opposition de style entre le haut et le bas de la voiture. Autant l'un est compact, dynamique, autant l'autre est fluide et aérien. Avec sa structure supérieure en aluminium, le grand toit vitré de 1,7 m2 et l'absence de montant entre les vitres avant et arrière, l'Avantime est bien dans l'air du temps. Une fonction permet d'ailleurs d'actionner simultanément toit ouvrant et vitres latérales. Les voies étant plus larges, la garde au
sol plus basse ainsi que la hauteur de pavillon, l'Avantime ne peut être confondu avec l'Espace, même si la filiation est indéniable. Le hayon concave, avec sa vitre tout en rondeur et sa malle proéminente adoucie par le dessin ellipsoïdal des feux, ne peut prêter à confusion.
La différence est encore plus évidente à la conduite. Par la position, d'abord, qui s'apparente plus à celle d'une berline dont on regrettera que le volant ne soit pas réglable en hauteur. Par le comportement routier ensuite. La précision n'a rien à voir avec celle d'un monospace conventionnel. Les nouvelles lois de suspension, l'abaissement du centre de gravité et la légèreté de la structure supérieure limitent la plongée au freinage et préviennent toute prise de roulis dans les courbes, même à haute vitesse. Le train avant se révèle vif et précis. Sa bonne motricité réduit les interventions de l'antipatinage installé sur toutes les versions avec l'ESP. Il n'y a que dans les enchaînements rapides, sur les changements d'appui, où l'Avantime fait preuve d'une certaine inertie.
Léger seulement en apparence, il pèse tout de même 1 750 kg et ne peut prétendre à l'agilité d'un coupé « sport ». Le V6 de 3 litres et 210 ch lui offre cependant un niveau de performances très honorable avec une vitesse maximale de 220 km/h et une accélération de 0 à 100 km/h en 8"6. Dans l'Avantime, il se signale plus par sa souplesse et par son silence de fonctionnement que par les sensations qu'il procure. Celle de la vitesse notamment, totalement absente, justifie la double présence du régulateur et du limiteur.
Dans sa première phase de commercialisation, l'Avantime ne sera disponible qu'avec
la boîte mécanique à six vitesses déjà rencontrée sur la Laguna II. Ce qui est très regrettable puisque le style Avantime appelle spontanément une transmission automatique. A bord de cette voiture résolument moderne, sinon futuriste, la présence d'un levier de vitesse apparaît comme saugrenue, un objet étrange venu du passé dans un emploi anachronique. Ce qu'il a de chronique, en revanche, ce brave levier à la longue tige, c'est l'imprécision du guidage entraînant des verrouillages approximatifs.
Pour les occupants, l'Avantime vaut surtout par la vision panoramique qu'il propose. Grâce aux sièges arrière surélevés, les passagers de ces places voient aussi bien la route que le conducteur. L'accès y est aussi beaucoup plus facile qu'à bord d'un coupé traditionnel. Reste que la garde au toit est très limitée, et la longueur aux jambes tout juste correcte. Sans parler des pieds qui ne peuvent passer sous l'assise des sièges avant collée au plancher.
A la réflexion, là où le bât blesse dans l'Avantime, c'est dans la multiplication des petits désagréments de la vie à bord. De l'angle insuffisant d'ouverture des portes au genou du conducteur qui bute contre la platine de support lève-vitres, en passant par l'emplacement impossible des commandes du système de navigation ou le bac de rangement central qui ne peut rester en position ouverte, il y a beaucoup de détails que l'appellation haut de gamme - même décalé - ne peut tolérer. Ou encore la dureté de la poignée de basculement des sièges avant et les places arrière sans
ouïes d'aération ni accoudoirs latéraux dignes de ce nom.
L'addition pèse lourdement dans la facture et grève cette perception de la qualité dont Renault veut pourtant faire son cheval de bataille. Comme l'Espace en 1984, l'Avantime a aussi ses défauts de jeunesse. Mais il n'aura pas dix ans pour les corriger.



























