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Rétromobile 2018 : le directeur François Melcion dit tout

François Melcion, directeur de Rétromobile
François Melcion, directeur de Rétromobile

A l'occasion de la dernière édition de Rétromobile dirigée par François Melcion, ce personnage incontournable de l'automobile ancienne a reçu L'argus quelques heures. Morceaux choisis.

Il le répète souvent. S'il s'est retrouvé à inventer Rétromobile avec quelques acolytes en 1976, c'était presque fortuit : "Je voulais être diplomate" indique celui qui est aussi diplômé de Sciences Po. Car le risque, pour François Melcion, était de gâcher sa passion en en faisant son métier. Quarante deux ans après, qu'en est-il de la passion ? : "Grâce à Rétromobile, je me suis amusé toute ma vie" lâche t-il après une heure d'entretien. Et de recommander de redécouvrir les voitures des années 30, "simples à rouler, à partir du moment où la magnéto marche". Effectivement, la passion n'a pas pris une ride.

L'argus : Que retenez-vous de 43 ans de Rétromobile ?
François Melcion : "Rétromobile m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires, des gens que je n’aurais sans doute pas eu le loisir de rencontrer si j’avais fait un autre métier. J’ai aussi fait la connaissance de personnes vraiment, vraiment passionnées : lorsqu’il est question d’auto, un plombier et un directeur de société parlent le même langage, et ça, c’est vraiment fantastique.

Une édition vous a-t-elle marqué ?
Au début des années 80, lorsque la collection Blackhawk est venue à Rétromobile. C’était la première fois que des Américains venaient exposer. Cela a été le début du changement pour le salon, car d’un coup, nous prenions une dimension internationale.

Comment fait-on pour réinventer un salon de véhicules qui ont déjà été vus ?
D’abord, il y a des choses qui ont été vues puis complètement oubliées. Et puis il existe aussi des choses qui n’ont pratiquement jamais été vues. Lorsque l’on a sorti la petite Chausson l’an dernier, M. Chausson lui-même a découvert que son père avait fabriqué une voiture. Il faut essayer de surprendre les gens, et surtout raconter une histoire…

Quel regard portez-vous sur les youngtimers ?
Lorsque je suis revenu à Rétromobile en 2011, je leur aie ouvert la porte. Il faut qu’ils soient là, c’est une population importante, leur passion est la même que celle des personnes qui ne jurent que par les voitures d’avant 1914. Pour la petite histoire, lorsque j’ai acheté ma Citroën C4 en 1967, elle avait 30 ans. Un collectionneur qui achète une voiture de cet âge-là achète donc un youngtimer !

Le phénomène youngtimer ne serait-il pas simplement mettre un mot nouveau sur un phénomène qui a toujours existé ?
Bien sûr ! Quand j’ai acheté ma C4, les vieux collectionneurs me demandaient pourquoi je me payais une voiture d’occasion ! A l’époque, on achetait des Traction 300 francs, c’était pour ces mêmes collectionneurs une vile voiture d’occasion ! Les youngtimers d’aujourd’hui ont en plus l’avantage d’être en plus des voitures faciles à utiliser.

Vous attendiez-vous à ce changement d’attitude de la part des constructeurs vis-à-vis de Rétromobile ?
Non. Ou plus ou moins, parce que les Allemands et les Américains avaient entamé la démarche. Lorsque nous avons réduit la durée du salon de 10 jours à 5 jours en 2011, les constructeurs se sont impliqués dans Rétromobile. Ils ont aussi changé leur point de vue. Voilà 30 ans, le constructeurs ne voulaient pas du tout entendre parler de voitures anciennes. Comme Porsche, par exemple. Aujourd’hui, bien des centres Porsche de France ont un département classique.

Le véhicule des années 30 ne serait-il pas le mal aimé selon vous ?

François Melcion
François Melcion

Ce n’est pas qu’il est mal aimé, c’est que les jeunes générations s’y intéressent moins que les voitures plus faciles à faire rouler, comme celles des années 60 à 80. Peut-être y viendront-elles un jour, mais bon… Je me souviens, il y a de cela 30 ans, il était tout à fait possible de rouler dans Paris avec ma C4. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. C’est vrai que la tendance actuelle porte plus sur les véhicules des années 60-70.

Aston Martin est officiellement présent, Lamborghini aussi, or, ce sont des marques qui ont déserté les salons traditionnels. Rétromobile ne serait-il pas en train de faire main basse sur le véhicule de prestige en général, qu’il soit neuf ou vieux ?
Bugatti et Aston Martin ne vont plus au Mondial, mais sont présents à Rétromobile. Pourquoi ? Mais parce que leur clientèle est ici ! Ces marques n’ont plus envie d’être dans un salon où les gens viennent pour prendre des photos et récupérer des autocollants…

Ne pensez-vous pas que, paradoxalement, les mesures hostiles à l’automobile de ces dernières années ont favorisé l’essor de Rétromobile et de la voiture ancienne en général ?
Je suis tout à fait d’accord. L’automobile du futur sera connectée, elle va nous conduire. L’ancienne, c’est nous qui la conduisons. Rouler à 80 km/h dans une ancienne, c’est avoir la sensation de rouler vite. Avec une moderne, on n’a qu’une envie, c’est de s’endormir. L’ancienne permet de retrouver des joies, de sortir des autoroutes, et puis avec une ancienne, vous avez un très bon accueil de la part de la population."

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