Subaru est un des plus petits constructeurs indépendants du monde. Au sein d’un groupe Fuji Heavy Industries qui réalise 85 % de ses activités dans l’automobile, et hormis une participation croisée de 1 % avec Suzuki, Subaru n’a toléré que cet hiver l’entrée de General Motors dans son capital, à hauteur de 20 %. But de la manœuvre : accélérer la coûteuse dépollution de ses moteurs si originaux.
Originalité, c’est le mot-clé de cette entreprise à taille humaine. Moteurs " à plat " et transmission intégrale de rigueur, singularités techniques comme le système antirecul pour les démarrages en côte, ou la boîte relais à réducteur pour tracter et pour la conduite sportive, les Subaru sont clairement des voitures à part, dont le clan des fidèles constitue un club... de moins en moins fermé.
En France, comme d’ailleurs en Angleterre, la marque réalisait jusqu’alors plus de 40 % de ses ventes avec la seule Impreza GT Turbo. Autant dire qu’on ne touche pas impunément à un tel monument, bien implanté depuis 1993. C’est en cela que l’évolution 2001, si elle paraît timide, se justifie.
Le style, on peut en discuter. Au moins peut-on dire de l’Impreza qu’elle n’est pas banale, quoique fort classique, ce qui est bien l’essentiel quand on ne vise qu’une frange du marché. L’habileté consiste désormais à afficher deux personnalités distinctes selon la carrosserie : sage et discrète en version à cinq portes, plus agressive en version à quatre portes, grâce à des ailes élargies.
Rien de superficiel
La mécanique, on a bien pris soin de n’y pas toucher, sinon pour ramener ses émissions polluantes à des niveaux conformes aux prochaines normes, avec des puissances inchangées. Les principes de suspension n’ont pas évolué, seuls les ancrages et les épures ont été retravaillés, dans le sens d’une plus grande précision, mais aussi d’un meilleur filtrage et d’un sous-virage moins marqué.
Quant à la coque, même si l’empattement n’augmente que de 5 mm, elle est entièrement différente, trois fois plus rigide, et elle offre une bien meilleure habitabilité, en longueur comme en hauteur. De ces efforts de dépollution et de rigidification, poids et consommation souffrent hélas directement : compter environ 100 kg et, au moins pour les versions 1.6 et 2.0, un litre de plus aux 100 km.
Le changement n’a pourtant rien de superficiel, notamment sur la WRX qui remplace la GT Turbo. Subaru a fait en sorte d’en accentuer la ressemblance avec la WRC de rallye de Richard Burns, entre autres en montant des ailes larges sur la version à quatre portes, et en adoptant des roues de 17 pouces. Seul regret : ces grandes roues – et les beaux pneus qui vont avec – ne reçoivent pas les immenses freins qu’elles auraient la place d’accueillir. De telles performances à un tel prix : il faut bien qu’à un moment ou à un autre un facteur extérieur vienne s’en mêler. Au moins, l’équilibre général de l’auto est-il très joueur, d’une belle fidélité et d’une réelle agilité, avec un train arrière qui désormais ne rechigne plus à la mobilité grâce à un axe de roulis basculé sur l’avant.
Moins d'agressivité
A l’usage, pourtant, l’Impreza WRX a perdu de son agressivité. Les kg, mais aussi l’insonorisation, ont tempéré son côté brut. C’est vrai pour les bruits de roulement, ça l’est aussi pour la " méchanceté " du moteur, ça l’est encore plus pour les grognements de transmission. Dans l’ensemble, l’auto est nettement plus civilisée, et c’est également le cas pour la version 1.6, dont la commande de boîte est moins revêche qu’auparavant.
L’assemblage aussi " fait " plus cossu, ne serait-ce que par les matériaux utilisés, sans pour autant que l’Impreza rentre dans le rang des berlines conventionnelles. Sa décoration intérieure, ses vitrages verticaux " à l’ancienne ", en font de toute façon une voiture qu’on ne peut confondre à la conduite, même si la sonorité de son " flat four " n’évoque que de très loin celle des Citroën GS ou Alfasud d’antan !
Les prix ont augmenté en moyenne d’une dizaine de milliers de francs, mais l’équipement a globalement progressé, ne serait-ce qu’avec l’ABS et les deux airbags en série sur toutes les versions. De même, les pneumatiques arborent des dimensions plus généreuses. La boîte automatique, en revanche, n’est plus disponible sur la version 2.0, et la 1.6 n’a plus droit à sa radio d’origine. C’est aussi cela le prix de l’embourgeoisement ?

























