Débordante d'ambition et d'énergie, la Toyota Yaris déboule sur le marché français avec la ferme intention de s'y faire rapidement une place au soleil. Dans cette catégorie de voitures dont le peu de moyens est avantageusement compensé par le charme et l'imagination, elle va retrouver deux valeurs sûres : la très citadine Twingo et la plus polyvalente Clio. Située à mi-chemin des deux par ses dimensions et par son prix, la Yaris prétend tout simplement combiner les avantages de ses rivales dans une seule et même voiture. Avec, en prime, l'attrait de la nouveauté et l'originalité du design.
Pour équilibrer ce match « au sommet de la base », nous avons joué sur les niveaux de finition. On retrouve pratiquement à égalité la Twingo Pack Plus (60 900 F) et la Yaris en finition intermédiaire Linea Terra (62 900 F). Un peu plus chère, à 68 400 F, la Clio 1.2 en version de base RTA est aussi la seule à offrir l'ABS en série. Comme celui-là est facturé 4 000 F sur la Twingo, et 5 200 F sur la Yaris, l'écart de prix se resserre entre ces trois petites reines qui démontrent, chacune à sa façon, que l'on peut construire des voitures intelligentes, bien conçues, bien équipées, à des tarifs abordables.
Châssis
Avec sa longueur mini de 3,43 m, sa suspension souple et son diamètre de braquage court (10 m), la Twingo règne en maîtresse sur la ville. Confortable et agile, elle y évolue comme un poisson dans l'eau, ou comme un motard dans la circulation. Pour ajouter au plaisir comme à la facilité de conduite, elle bénéficie en outre d'une assistance de direction d'une douceur inhabituelle, au point que le volant se tourne d'un doigt. Inutile de préciser que le moindre créneau se transforme en jeu d'enfant.
Cependant, ses qualités urbaines se retournent en défauts dans le comportement routier. Passé 100 km/h, de souple la suspension devient molle et engendre des mouvements de roulis et de ballant dans la caisse. Et l'extrême sensibilité de la direction, interdisant toute sensation dans le volant, ne fait qu'accroître le phénomène.
Un peu plus longue (3,61 m), sur un empattement quasi similaire, la Yaris se révèle aussi à l'aise en ville, mais plus équilibrée et plus rassurante sur route. La direction est plus précise, et la suspension plus ferme, même un peu raide sur un train arrière dont la capacité d'amortissement n'est pas le point fort. C'est en tout cas dans ce domaine que la Yaris reste la plus japonaise, son filtrage approximatif s'accommodant mal des revêtements bosselés des routes de campagne françaises. Comme quoi il ne suffit pas de s'installer à Valenciennes pour voler au-dessus des pavés de l'enfer du Nord.
Cela dit, même si elle se révèle moins confortable que la Twingo, la petite Toyota est nettement supérieure en tenue de route et en précision de trajectoire. Elle bénéficie en outre d'un freinage plus mordant et pourtant moins sensible au blocage de roues.
Pour mettre d'accord ces deux primesautières, la raisonnable Clio sait trouver les bons arguments. Avec sa « vraie » suspension, avec sa « vraie » direction, avec son « vrai » ABS, elle se comporte comme une « vraie » voiture sans jouer les Dinky Toys. Elle vire à plat, garde son cap, freine fort, et elle amortit tranquillement. Mais on pourra toujours objecter que, en ville, ces caractéristiques ne sont que d'un intérêt relatif, ne compensant pas sa longueur supérieure de 34 cm à celle de la Twingo.
Moteur
Les plus gros ne sont pas les plus forts. Avec leur moteur de 1,2 l, Twingo et Clio doivent se contenter de 58 ch là où les 998 cm3 de la Yaris en développent 68, à grand renfort de soupapes (16) et d'arbres à cames en tête (2). Sur le papier, pourtant, cet avantage de 10 ch n'est guère apparent. La Yaris est, en effet, battue en accélération par la Twingo (13"4 contre 13"6 pour atteindre 100 km/h) et en vitesse de pointe par la Clio (160 km/h contre 155 km/h). Pour obtenir ces performances, Renault a dû jouer sur les rapports de boîte. Conséquence : la Twingo démarre vite, mais elle s'essouffle encore plus rapidement ; et la Clio obtient une vitesse de pointe honorable sur sa démultiplication finale, mais elle traîne en chemin pour l'atteindre.
Plus moderne dans sa conception mécanique, la Yaris n'est pas soumise à de tels subterfuges. Elle dispose d'un moteur au brio certain qui la met au-dessus de ses rivales, ne serait-ce que par la vivacité de ses reprises. Il implique toutefois de jouer du levier de vitesse pour rester dans les régimes efficaces, au-delà de 4 500 tr/min. Avec leur couple maximal placé bas à 2 500 tr/min, les Renault ont un comportement plus tranquille, certes, mais tellement plus terne. D'autant que la consommation ne s'en trouve pas avantagée, puisque, là aussi, la Toyota l'emporte nettement, avec une moyenne de 5,6 l.
Toutes trois se retrouvent avec un désagrément commun : leur niveau sonore excessif dès que la vitesse s'élève. Un défaut encore plus marqué sur la Yaris qui paie là son goût pour les hauts régimes.
Vie à bord
Ces trois petites voitures se signalent par une habitabilité inversement proportionnelle à leurs dimensions. Paradoxalement, c'est les passagers arrière de la « grande » Clio qui sont les plus gênés par une garde au toit limitée sans être vraiment un handicap. Avec leur assise de banquette réglable en longueur et permettant de répartir l'espace entre coffre et places arrière, la Twingo et la Yaris font jeu égal. Avantage à cette dernière, cependant, pour le confort et pour sa troisième ceinture de sécurité centrale.
Pour faciliter l'accès à l'arrière, ces voitures à trois portes disposent de sièges avant à mémoire, mais seulement du côté passager pour la Yaris. Toutes offrent également de multiples possibilités de rangement, la Toyota faisant preuve de plus d'ingéniosité et de sens pratique en se ménageant de nombreux espaces dans la planche de bord.
Mais la vie à bord, dans ces trois charmeuses, est moins affaire d'habitabilité ou d'équipements que d'ambiance et de style. Celui de la Clio, on le connaît : sobre, efficace, sans fioritures, mais fonctionnel. Plutôt froid pour tout dire, à l'image des tissus des sièges à l'élégance classique.
La Yaris porte en elle un projet différent où le souci du design est prioritaire. Avec ses rondeurs, ses courbes, c'est une voiture qui vous enveloppe dans son habitacle. Il n'est qu'à voir l'harmonie tant des couleurs que du dessin entre la planche de bord et les garnitures des portières pour se rendre compte que rien n'a été laissé au hasard. Le résultat est stupéfiant : il suffit de s'asseoir dans la Yaris pour s'y sentir bien, à peine déconcerté par le tableau de bord à affichage numérique en « 3 D » et décalé par rapport au conducteur.
Reste la Twingo, qui, comparée à la Yaris, prend un petit coup de vieux. Elle reste sympa, marrante avec ses boutons de couleur, mais l'exercice de style a aujourd'hui quelque chose de suranné qui ne suffit plus à masquer sa formule bon marché. La modernité, elle est maintenant et sans aucun doute du côté de sa rivale nippone.
Equipement
Hormis son ABS, ce qui n'est pas négligeable, la Clio de base ne brille pas par le luxe de son équipement. A la veille de 2000, on éprouve comme un malaise de devoir utiliser de bonnes vieilles manivelles pour descendre les vitres. Cela dit, dans l'esprit minimaliste et fonctionnel de cette RTA, il y a là une certaine cohérence. D'autant que, comme ses consoeurs, elle offre également deux airbags, une direction assistée ainsi qu'une banquette arrière fractionnable et repliable, qui ménage alors un bel espace. A cet égard, les deux Renault offrent un seuil de chargement moins élevé et une largeur d'accès au coffre supérieure à celui de la Yaris. La Twingo se distingue par son pack « vitres et rétroviseurs électriques ». C'est à peu près son seul luxe.
Quant à la Yaris, elle l'emporte à nouveau par la richesse et par l'originalité de son équipement. De l'ouverture de la trappe à essence depuis l'habitacle jusqu'au tiroir de rangement sous le siège du passager, elle fait tout pour se rendre agréable : réglage en hauteur du volant, vitre à impulsion côté conducteur, radiocassette intégrée avec quatre haut-parleurs, ordinateur de bord et écran centralisant l'affichage des différentes fonctions ou, en option, le système de guidage GPS. Sans oublier le spectaculaire et futuriste tableau de bord toujours en mouvement à travers la gradation numérisée du compte-tours. De la belle ouvrage.
Bilan
Dans ce match à trois, la Clio se trouve en position de hors-jeu. Non point qu'elle démérite : la stricte logique voudrait même qu'elle l'emportât ! Mais son sérieux, son classicisme et sa rigueur la classent à part. Pourtant, par sa polyvalence et par la sûreté de son comportement routier, elle est assurément la meilleure. Elle se révèle seulement par trop raisonnable face à ces fantaisistes que sont la Twingo et la Yaris.
Entre ces deux enjôleuses, il y a à la fois rivalité et filiation. Le problème de la Twingo, aujourd'hui, est qu'elle tient le rôle de la mère, et que son éternelle jeunesse prend un coup de vieux avec l'arrivée de la Yaris. La nouvelle Toyota domine son aînée dans pratiquement tous les domaines,
à l'exception d'un usage strictement urbain. De plus, elle a pour elle une finition exemplaire, un design innovant et un tarif bien placé. Sans oublier l'irrésistible attrait de la nouveauté chanté sur le grand air de la modernité. Et faut-il préciser qu'il serait mal venu de lui reprocher de n'être point française ?





































































































































