L'homogénéité de la gamme 4 x 4 Frontera voulait, sans doute, que le puissant moteur V6 de 3,2 l soit disponible aussi bien sur le châssis court que sur le châssis long. Opel France a donc remanié le catalogue en donnant à la version Sport RS la possibilité de s'exprimer avec plus de brio, tout en supprimant le déséquilibre qui existait entre les deux modèles.
Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une nouveauté, mais, le tempérament sportif, sous-entendu par l'appellation du Frontera à trois portes, prend indiscutablement du relief. Or ce caractère n'était pas mis en valeur par la motorisation 16V à essence de 2,2 l, dont les qualités premières étaient plutôt la souplesse et la docilité. L'abandon de cette mécanique montre d'ailleurs à quel point les 4 x 4 à essence sont les parents pauvres du marché de l'automobile, la domination du diesel étant quasiment générale. De leur côté, les V6 ont une mission de prestige que les marques généralistes ou spécialisées ne négligent pas.
Avec le Frontera, Opel se retrouve à la frontière de plusieurs types d'utilisations. La personnalité du véhicule se partage entre la vocation classique de la berline, le parfum plus utilitaire du break, et l'exotisme vagabond du franchissement pur et dur. Ce mélange est une recette efficace, tout du moins en ce qui concerne le gros des troupes, c'est-à-dire les versions 2.2 DTi 16V.
Plus cossu et plus raffiné, le V6 s'aventure sur un autre terrain. Il incarne cette philosophie nord-américaine qui s'épanouit sur les routes, par l'intermédiaire de 4 x 4 musclés, généreux et confortables que l'on appelle aujourd'hui les SUV. Conçu à partir des Isuzu Amigo, depuis longtemps commercialisés aux Etats-Unis, le Frontera de haut de gamme se trouve donc pour ainsi dire en pays de connaissance.
Si l'enveloppe est séduisante, si l'équipement est supérieur à la moyenne et si les capacités de la mécanique sont prometteuses, la fonctionnalité du Frontera Sport RS à trois portes n'a pas grand-chose à voir avec celle d'un 4 x 4 familial. Proposée à plus de 200 000 F, la version V6 est logée à la même enseigne que les autres châssis courts. La carte grise n'annonce que quatre places et l'accessibilité arrière exige des passagers une certaine agilité. On remarque également que, contrairement aux sièges asymétriques des Frontera longs, la transformation arrière s'effectue par dossiers séparés 50-50. La présentation générale et la qualité de fabrication essayent de trouver le ton juste entre l'atmosphère d'un 4 x 4, volontiers populaire, et l'aménagement d'un modèle de luxe. Quelques lacunes soulignent, toutefois, l'ambiguïté du véhicule. A titre d'exemple, l'intérieur en cuir n'arrive pas à faire oublier l'absence de cache-bagages, et la planche de bord mériterait un aspect moins strict. Dans un ordre d'idée différent, la boîte automatique n'est disponible, en option, que sur le Frontera V6 long. Un choix surprenant qui démontre que le constructeur n'envisage pas de mettre ces deux empattements à égalité de chances.
Les qualités dynamiques de l'engin hésitent également entre la fermeté et l'indulgence. Le conducteur doit composer et trouver la cadence qui correspond à la fois aux valeureuses prestations d'une mécanique brillante, mais, silencieuse, et au comportement d'un châssis qui entend bien traiter les passagers en douceur. La paresse de l'amortissement engendre des pompages de suspension qu'il faut tenter de calmer en freinant ou en accélérant franchement, tout en sachant qu'il est possible de garder confiance dans la maniabilité du véhicule et dans sa tenue de route.
La motricité des trains roulants de cette famille de 4 x 4 polyvalents a, certes, fait ses preuves en terrain gras, et la progressivité du moteur ne peut que favoriser le franchissement des obstacles. Mais, avec une boîte automatique, le Frontera V6 court aurait pu se donner encore d'autres moyens de séduire, de rouler et de crapahuter. Actuellement, il se retrouve un peu coincé entre le marteau et l'enclume.












