Mine de rien, cette Toledo est une fine lame. Sous les modestes dehors d'une berline familiale moyenne, de 4,44 m de longueur et 2,51 m d'empattement, elle cache bien son jeu. Moins exubérante que la Cordoba, moins dynamique que la Leon, l'aînée de la famille Seat est aussi censée représenter la sagesse. Quatre portes, un grand coffre, une ligne passe-partout, la raisonnable Toledo n'est pas faite pour susciter l'enthousiasme.
Ce serait une grave erreur d'en rester là dans son appréciation. Un coup d'oeil sous le capot où règne un noble V5, un autre dans l'habitacle pour constater la qualité de l'aménagement et le luxe de l'équipement suffisent à modifier le premier jugement. Seat a choisi de ne distribuer la plus performante de ses Toledo qu'en finition de haut de gamme Gran Via. D'un double coup de baguette magique, cette voiture moyenne devient une petite berline de prestige, un modèle unique dans sa catégorie par sa puissance et son raffinement.
Déjà connu, l'ancien V5 a subi une cure de jouvence et de vitamines. Avec la même cylindrée, mais en adoptant une distribution variable à vingt soupapes, il a gagné 20 ch, et il en délivre désormais 170. Il permet à la Toledo d'atteindre 100 km/h en un peu plus de huit secondes, et de parcourir le kilomètre en moins de trente. Ces performances d'excellent niveau ne constituent pourtant pas l'attrait principal du moteur. Le V5 garde surtout le charme particulier de son architecture impaire. Plus expressif qu'un V6, c'est un moteur de caractère et de sensations. Obtenu dès 3 200 tr/min, le couple de 220 Nm accroît encore un tempérament rageur que laisse distinctement entendre la sonorité de l'échappement. Sur ses trois premiers rapports de boîte à l'étagement très serré, la Toledo V5 surprend son monde par son audace et sa vivacité. Elle redevient plus familiale sur les deux derniers en laissant le feu couver sous la cendre. Il appartient au conducteur de décider s'il doit le ranimer.
Cette mécanique brillante, dont la consommation enregistre en outre une baisse significative par rapport à la version précédente, trouve avec bonheur un châssis à sa hauteur. Certes, il a fallu durcir les suspensions et renforcer les barres stabilisatrices pour assurer un comportement digne des performances, mais la Toledo offre toujours un confort honnête à ses occupants. Un peu sèche parfois, elle est cependant une voiture saine aux réactions franches qui se maîtrise facilement au moyen d'une direction légère mais précise.
Dotée de tous les systèmes de contrôle électronique - traction, stabilité -, elle tempère toute seule l'entrain de son conducteur, notamment sur terrain mouillé où le train avant avoue une motricité relative et un caractère sous-vireur affirmé. Seul le freinage, malgré les quatre disques ventilés, reste légèrement en retrait. A la limite de la brutalité au déclenchement, il semble ensuite s'éteindre progressivement.
Sportive masquée, la Toledo V5 affiche plus ostensiblement son goût du luxe par un aménagement intérieur digne des catégories les plus huppées. Cette Seat respire l'allemande par tous les pores de ses superbes plastiques modernes et ajourés. Les sièges avant sport enveloppants - à réglage électrique s'il vous plaît - combinent le cuir et le daim synthétique dans un camaïeu de gris. La climatisation est à réglage automatique. Détecteur de pluie, ordinateur de bord et régulateur de vitesse complètent une riche dotation de série. Le système audio compte huit haut-parleurs d'excellente qualité, mais ne dispose hélas pas de commandes au volant. Pour l'agrément des passagers, quelques détails sont appréciables, comme les accoudoirs centraux, mais aussi les quatre accoudoirs latéraux dans les portières qui sont bien rembourrés et qui tombent exactement sous les avant-bras.
La seule limite de cette confortable Toledo résulte de ses dimensions réduites. Sur un empattement aussi court, il n'y a pas de miracle possible pour l'espace habitable. Après avoir pris soin de baisser la tête pour entrer dans la voiture, il faut se faire une place à l'intérieur. A l'avant, pas de problèmes. A l'arrière, cela devient plus délicat avec une longueur aux genoux plus adaptée aux jambes des enfants qu'à celles des adultes. En outre, les portières ne comportent pas de bacs de rangement, et une seule aumônière est disponible au dos du siège du passager. L'étonnant volume du coffre, 500 litres très logeables, compensera avantageusement les restrictions internes de cette Toledo V5 dont les ambitions sont inversement proportionnelles à son gabarit.






















