30 ans du contrôle technique. Les évolutions passées et celles à venir
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30 ans du contrôle technique. Les évolutions passées et celles à venir

En ce vendredi 18 juin 2021, le contrôle technique fête son trentième anniversaire. Laurent Palmier, président des réseaux Sécuritest et Auto Sécurité, revient avec nous sur les grandes évolutions qui ont marqué l'histoire de cet examen automobile et sur celles à venir.

Par Johann Leblanc
Publié le Mis à jour le

Le 18 juin 2021, le contrôle technique fête son 30e anniversaire, ou du moins celui de l'arrêté qui l'a rendu obligatoire en France.

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C'est un rituel qui est entré dans les mœurs. Tous les deux ans, dès qu'un véhicule est âgé d'au moins 4 ans, il faut lui faire passer son contrôle technique. Mais cette obligation est finalement assez récente puisqu'elle fête simplement ses 30 ans. Pour l'occasion, L'argus a interviewé Laurent Palmier, président des réseaux Sécuritest et Auto Sécuritest. Il retrace avec nous les grands changements qui sont survenus au cours de ces trois décennies et évoque déjà les évolutions qui devraient modifier le contenu de cet examen dans les prochaines années : prise en compte accrue des voitures électriques ou hybrides et des aides à la conduite, examen antipollution plus précis, voire, peut-être, annualisation du contrôle complet pour les utilitaires ou arrivée d'un contrôle pour les deux-roues…

Laurent Palmier président de Sécuritest et Auto Sécurité
Laurent Palmier, président de Sécuritest et Auto Sécurité, nous a accordé cette interview à l'occasion des 30 ans du contrôle technique.

La naissance du contrôle technique

L'argus : Comment est né le contrôle technique ?

Laurent Palmier. Ce que l'on fête en cette fin de semaine, c'est la parution d'un arrêté sorti le 18 juin 1991 et qui mettait en place cette profession de manière officielle, avec l'obligation au 1er janvier 1992 des opérations de contrôle technique pour l'ensemble des véhicules d'occasion de plus de 4 ans.

L'argus : C'est une idée qui était dans l'air depuis longtemps ?

Laurent Palmier. Oui, en effet. Si l'on fait un saut rapide dans l'histoire, dès les années 1950 il y avait l'auto-bilan, un contrôle technique qui était réalisé dans les villages avec un camion, une remorque, sur la base du volontariat. On contrôlait l'éclairage, le freinage, la plupart du temps auprès de sociétaires d'automobiles-clubs ou de compagnies d'assurances. Au début des années 1970 sont apparus les premiers centres fixes, puis à la fin des années 1980 est arrivé le contrôle technique, mais dans le champ de la cession uniquement, lorsqu'on vendait son véhicule. Il n'y avait pas cette notion de contrôle périodique tous les deux ans.

L'argus : Ce qu'on fête aujourd'hui, du coup, c'est vraiment le contrôle technique obligatoire et périodique ?

Laurent Palmier. Exactement. On contrôle aujourd'hui 25 millions de véhicules par an avec une triple mission : assurer la sécurité routière, contrôler les émissions polluantes et, on l'oublie trop souvent, valider l'état d'un véhicule dans le cadre d'une transaction ; c'est un élément de sécurisation pour l'acheteur.

rapport contrôle technique
Avant de devenir obligatoire pour tous les véhicules dès leur quatrième anniversaire, le contrôle technique l'a été en cas de revente d'un véhicule d'occasion.

L'argus : Cet examen a-t-il été bien accepté dès le début ou a-t-il au contraire engendré des réticences ?

Laurent Palmier. Il y a toujours eu un peu de réticence face à son caractère obligatoire, et il y a peut-être aussi une analogie erronée qui nous positionne dans un champ plutôt de taxe. Mais le contrôle technique n'est pas une taxe, c'est une prestation de service qui permet à l'automobiliste de se rassurer et de rassurer l'acheteur quand il vend sa voiture. Le caractère obligatoire reste prégnant aujourd'hui puisqu'il y a 40 % des gens qui opèrent leur contrôle en retard au moins d'une journée. C'est un métier encore assez jeune à l'échelle de l'automobile et l'une des rares professions où l'on peut s'engager aujourd'hui puis être à la tête de son propre établissement après deux, trois ou cinq ans d'activité. Dans le monde de la carrosserie, de la réparation, de la concession… la concentration est telle, que c'est plus compliqué.

L'argus : Combien y avait-il de centres de contrôle technique au moment où l'examen est devenu obligatoire ?

Laurent Palmier. C'est quelque chose qui s'est mis en place très progressivement. L'objectif pour être un réseau, au départ, c'était simplement d'avoir un centre de contrôle dans chacun des départements français. Je suis arrivé chez Sécuritest il y a vingt ans. Le réseau comptait alors deux fois moins de centres qu'aujourd'hui, soit un peu moins de 500. Et dix ans avant, au démarrage, l'État inquiet de cette faiblesse alertait : « Attention, il faudra qu'on ait un maillage suffisant pour que les automobilistes n'aient pas des dizaines de kilomètres à faire et soient bien certains de trouver un centre quand ils en auront besoin. » Aujourd'hui, il y a 6 500 centres en France, dont 2 000 pour nous, on trouve nos deux réseaux (NDLR : Sécuritest et Auto Sécurité) tous les 17 km.

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centre controle technique ancien
Au départ, le maillage était beaucoup moins dense qu'aujourd'hui : un seul centre par département suffisait à constituer un réseau.
centre de contrôle technique moderne
On compte désormais pas moins de 6 500 centres de contrôle technique en France, dont près de 2 000 pour les seuls réseaux Sécuritest et Auto Sécurité.

L'argus : Quand le contrôle technique est né, c'est une idée qui est venue de l'Europe, qui existait déjà chez de nombreux voisins ?

Laurent Palmier. Oui, dans le milieu des années 1980, même si l'Europe n'existait pas encore au sens où on l'entend aujourd'hui, il y avait une forte pression. Il y avait une avancée progressive sur les axes de sécurité routière. Il faut se rappeler qu'au début des années 1970 il y avait plus de 10 000 morts par an sur les routes en France. Donc le contrôle technique n'était pas un élément isolé, ça allait avec l'abaissement de la vitesse sur les routes, avec la mise en place de la ceinture obligatoire à l'arrière, avec plus de contrôle d'alcoolémie… Si on ne prend rien que 1992, c'était la mise en place du permis à points en même temps. C'est aussi pour ça qu'on a été perçu comme une contrainte plutôt qu'un outil, car on a été présenté comme un maillon de la chaîne de cet arsenal un peu répressif pour abaisser ce nombre de tués sur les routes.

 

Les grandes évolutions en trente ans

L'argus : Pouvez-vous nous rappeler les grandes dates et les évolutions qui ont eu lieu en trente ans ?

Laurent Palmier. La réforme de mai 2018 est la plus emblématique, la plus importante. Elle a emballé le marché à l'époque parce que les gens se sont stressés. Le fait principal de 2018, c'est l'arrivée de la défaillance critique, qui finalement interdit à l'usager de prendre sa voiture le lendemain dans l'état où on l'a contrôlée la veille. C'est quelque chose que les gens ne comprenaient pas, ce qui s'entend de l'extérieur. Mais en réalité, ce qui était anormal depuis vingt ans, c'était que lorsqu'on relevait des défaillances gravissimes on disait au client : « Vous avez deux mois pour remettre en état. » C'est démentiel. Aujourd'hui ces défaillances critiques touchent entre 1 et 1,5 % des véhicules contrôlés, il y a donc toujours 1 à 1,5 % des gens qui viennent et qui découvrent une anomalie hyper grave. Mais ce sont des choses qui peuvent être résolues souvent rapidement. Ça peut être les trois feux stop qui ne fonctionnent pas, un corps étranger dans un pneumatique…

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controle technique réforme 2018
Malgré les craintes, la grande réforme effectuée en 2018 n'a pas fait exploser le taux de contre-visites.

L'argus : J'imagine qu'il y a eu d'autres étapes avant ça…

Laurent Palmier. Oui. On contrôle la pollution en essence depuis le début, depuis 1992. Pour celle des diesels, il y a eu une phase test en région parisienne en 1994, puis le processus s'est élargi en 1996 à l'ensemble du territoire. C'est ce qu'on appelle l'opacimétrie des fumées. Entre 1996 et 2018 il n'y a pas eu de réforme en profondeur, mais cette période d'homogénéisation a permis que le contrôle soit fait de mieux en mieux.

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L'argus : Je suppose qu'il y a eu malgré tout des évolutions au niveau du matériel ?

Laurent Palmier. Il y a eu l'arrivée du raccordement sur l'OBD (NDLR : prise diagnostic de votre voiture) en 2007 pour s'assurer qu'il soit bien fonctionnel, mais pas de révolution vraiment. Le grand chambardement est à venir.

controle technique matériel
En trois décennies, le matériel s'est forcément modernisé, mais la plus grosse réforme a finalement attendu 2018 pour arriver.
contrôle technique pollution essence diesel
Si la pollution des moteurs essence a été vérifiée dès 1992, il faudra attendre 1996 pour que les diesels soient traités de la même manière.

Les changements prévus 

L'argus : Justement, quels sont les changements auxquels on peut s'attendre dans les prochaines années ?

Laurent Palmier. Ils sont assez naturels. Vous voyez une avancée à marche forcée du changement de mode de traction, d'abord vers l'hybride, puis vers l'électrique après 2030. À l'horizon 2040, il pourrait bien y avoir une interdiction complète de l'utilisation du véhicule particulier thermique. Nous, évidemment, ça va changer nos modes opératoires, et ça devrait à terme ajouter des contrôles. C'est peut-être un vœu pieux, mais il serait légitime que l'on soit en mesure de définir le nombre de cycles restants sur une batterie. Ce serait un peu dans la continuité de ce qu'on faisait jusque-là sur les émissions polluantes. Mais il ne faut pas rejeter les véhicules thermiques, qui représentent encore le gros du parc. Il y a aussi beaucoup d'éléments sur les aides à la conduite, qui sont coûteux s'ils sont défaillants. Il va falloir qu'on ait les moyens d'en vérifier au moins le fonctionnement. Ça va pas être simple car c'est souvent des éléments qui sont difficiles à vérifier en statique.

contrôle technique voiture électrique
Le mouvement accéléré d'électrification du marché automobile va obliger le contrôle technique à évoluer, tout comme la prolifération des aides à la conduite.
controle pollution cinq gaz
L'Europe impose toujours la mise en place d'un contrôle antipollution plus précis, dit « cinq gaz », mais celui-ci est difficile à créer sans imposer des investissements trop coûteux.

L'argus : Le lancement d'un contrôle antipollution plus strict, incluant notamment les oxydes d'azote, avait été repoussé. Est-il toujours d'actualité ?

Laurent Palmier. Oui, il y a une obligation européenne de faire du contrôle 5 gaz. Il y a plusieurs méthodes. Certaines utilisent des bancs de charge, d'autres sont en train d'être expérimentées dans différents pays européens ; je pense au Danemark, à l'Allemagne, à la Suisse, qui ont lancé des investigations pour faire un comptage de particules. C'est très positif pour l'instant, assez performant et ça permet de faire des contrôles en essai statique.

L'argus : Et ça n'impose pas l'achat de matériel trop coûteux ?

Laurent Palmier. Il y aura sûrement l'achat de matériel à prévoir car aujourd'hui nous n'avons pas d'opacimètres assez précis. Mais ce ne sont pas des investissements aussi importants qu'un banc de charge, et en termes d'implantation dans les bâtiments ça n'a pas le même impact. Ce nouveau contrôle permet aussi d'avoir une cohérence au niveau européen, c'est un peu le mal français de toujours vouloir réinventer la roue.

L'argus : Le contrôle technique est souvent réputé pour être un peu moins strict en France que dans d'autres pays européens. Est-ce le cas encore aujourd'hui ?

Laurent Palmier. Je ne pense pas. L'organisation en France est atypique par son fonctionnement au niveau des réseaux et ce maillage très important, mais les moyens matériels dans les divers pays de l'Union sont sensiblement les mêmes. Il y a quelquefois la périodicité qui peut changer, c'est annuel chez certains.

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L'argus : Justement, il avait été un temps envisagé que ça le devienne aussi en France. Est-ce toujours le cas ?

Laurent Palmier. On ne milite pas pour ça pour les véhicules légers, mais ce serait pertinent pour les utilitaires, qui doivent normalement passer un contrôle pollution intermédiaire tous les ans. On s'aperçoit depuis quelques mois qu'il y en a pas mal qui s'affranchissent de cet examen, c'est un peu inquiétant. Pourquoi demander un contrôle complet ? Parce que les utilitaires sont les véhicules qui roulent le plus en distance. Ils sont souvent multi-utilisateurs, ils sont chargés, ils cochent à peu près toutes les cases pour être sans doute un peu moins entretenus au quotidien. Il nous semblerait assez logique que, quitte à faire venir les gens pour la pollution, on en profite pour effectuer un contrôle complet. On verrait l'état des pneus, des freins…

controle technique utilitaire
Les réseaux de contrôle technique militent pour un examen annuel pour les véhicules utilitaires, qui doivent déjà venir chaque année faire vérifier leur niveau d'émissions polluantes.

L'argus : Une autre question revient souvent sur la table, celle du contrôle technique des deux-roues. Est-ce totalement abandonné ou cela peut-il encore voir le jour ?

Laurent Palmier. Ce ne sont pas les opérateurs de contrôle technique qui sont en position d'imposer ça à l'État. [...] Après, on ne parle pas uniquement du contrôle des deux-roues. On parle de celui des catégories L, c'est-à-dire aussi des trois-roues et des quadricycles de type quad ou véhicule sans permis. Ceux qui ne sont pas de vrais motards sont aussi souvent ceux qui utilisent leur mode de déplacement sans se préoccuper de son état. Et c'est là où le bât blesse aujourd'hui. On est un des derniers pays au niveau européen à ne pas faire ce contrôle. [...]

controle technique motos deux roues
Véritable serpent de mer qui suscite l'hostilité de la Fédération française des motards en colère, le projet d'un contrôle technique pour les deux-roues n'est pas abandonné.

La France prendra la présidence de la Communauté européenne l'année prochaine. L'Europe n'oblige pas au contrôle des deux-roues mais elle donne une directive qui dit : « Vous devez être en capacité de prouver que vous avez mis en œuvre les moyens nécessaires à la baisse de l'accidentologie de ces catégories de véhicules. » Mais les autres pays européens ont trouvé cet élément comme un des moyens possibles. Cela rejoint un peu notre histoire de tout à l'heure, en 1992, avec un effet cumulatif des moyens pour éviter la mortalité des automobilistes.

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Francois1 Le 20/06/2021 - 17:25
En 1933, les premières stations de contrôle techniques ont été ouvertes en Belgique. En 1960, le contrôle technique est devenu obligatoire en Belgique, soit il y a 61 ans. La France étant très en retard sur ce domaine, durant des années certains garagistes français venaient acheter à bas prix en Belgique les voitures refusées par le contrôle technique. C'est ainsi que l'on vit durant de longues années des poubelles ambulantes rouler sur les routes françaises. Rappelons que cela fait des années qu'existe un Car-Pass obligatoire en Belgique et que la France s'est toujours et continue toujours à s'opposer à un Car-Pass européen, pourquoi???
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