Vous êtes ici :

A la poursuite des diamants verts

Avec sa V11 Sport, Moto Guzzi entend plaire au public et aux investisseurs américains. Les amateurs se souviendront-ils de la fameuse V7 Sport verte qui lui sert de référence ?

Depuis un quart de siècle, Moto Guzzi court après sa gloire passée, qui fut immense et durable dès les années 20. Mais à ne pas avoir su prendre le train du renouveau dans les années 70, l'entreprise a perdu pied. Compacte et menue, sa V50 de 1978 était intelligente et moderne, mais elle est tombée à plat sur un marché qui réclamait la surenchère des kilogrammes et des chevaux.

L'ennui est que, contrairement à Ducati dont l'étoile était moins ternie par les ans, les dollars des nouveaux actionnaires ne sont pas parvenus à relancer la machine. Au point que des rumeurs font maintenant état d'une reprise par KTM. Le patrimoine de la marque est pourtant d'une richesse rare. Mais, interrompu voici plus de quarante ans, qu'évoque le formidable palmarès des motos vert olive au motocycliste d'aujourd'hui ? Et, balayée par BMW, qu'est devenue la réputation de grandes routières des V 850 GT, Convert, 1000 SP et California ? Même le projet V11 GT semble avoir été abandonné.

La Centauro essayée dans L'argus du 8 mai 1997 était une voie intéressante, car novatrice sur le plan du style, mais ses lignes tombantes vers l'arrière allaient à contre-courant de l'époque. Quant à la Jackal essayée dans L'argus du 3 juin 1999, son prix aussi serré que celui de la 750 Nevada n'a remporté qu'un succès de curiosité. Apparemment, on n'attend pas d'une Guzzi qu'elle se prostitue à bas prix.

La V11 Sport tente donc de suivre une autre piste : ranimer la flamme de la fameuse V7 Sport de 1971. Sur le plan esthétique, rien à voir avec les lignes sobres et épurées de l'originale. La V11 Sport est massive, heurtée, disparate. Mais, avec son moteur monumental, elle se montre aussi plus bestiale, plus agressive, ce qui est le propos naturel d'un roadster moderne.

Et ce propos, elle le confirme dès les premiers tours de roue : la V11 Sport est bien le roadster brut qu'elle évoque. Cela dit, attention : « moto d'homme » n'est pas « moto de bûcheron », bien au contraire. Non seulement les commandes sont désormais d'une douceur tout à fait normalisée mais, pour être correctement exploitée, cette Guzzi réclame toujours des doigts de fée. Son important frein moteur, son couple de renversement encore marqué, imposent de ne pas trop jouer avec la poignée de droite. Il faut (ré)apprendre à conduire sur un filet de gaz, en évitant de monter « dans les tours » sur les rapports intermédiaires et de couper les gaz brutalement.

Quant à sa direction, légère par nature, ce que l'on apprécie sur petites routes où l'agilité demeure étonnante, elle s'allège considérablement avec la vitesse. Elle réclame alors une conduite en finesse, les mains simplement posées sur le guidon, en dirigeant les changements de trajectoire par le bassin, les pieds et les genoux. C'est un langage que les motos « modernes », il est vrai, ne comprennent guère, mais qui n'a rien d'aberrant à l'usage. Et les éventuels louvoiements ne portent jamais à conséquence.

Une fois que vous aurez assimilé ces quelques particularismes, la V 11 Sport vous en gratifiera au centuple. Certes, muselé par les normes actuelles d'homologation, mais aussi par sa définition « sport » qui favorise les hauts régimes, le moteur se montre moins démonstratif qu'antan entre 4 000 et 6 000 tr/min. En revanche, la nouvelle boîte de vitesses est remarquable de douceur, de précision et de silence. Et, accessoirement, dans la mesure où les carters de cette boîte sont plus courts, l'allongement de l'arbre de transmission permet de diminuer les effets de cardan sans pour autant figer les suspensions. Il faut dire que celles-là sont d'une fermeté traditionnelle, ce qui limite encore un peu plus les effets de pompage.

Quoi qu'il en soit, les Dunlop D 207 de notre machine d'essai lui vont parfaitement, le freinage est excellent, et même le rayon de braquage n'a rien d'excessif. Simplement, la route sera d'autant mieux vécue que l'on aura d'abord consenti l'effort d'adapter sa conduite, souple et coulée, à cette machine. Plus vous enchaînerez délicatement freinages, mises sur l'angle et réaccélérations, plus il s'ensuivra une complicité unique.

Anachronique, la V11 Sport ? Disons plutôt intemporelle. Car, contrairement à bien des Guzzi jusqu'ici, on ne peut la qualifier de vieillotte. Simplement, elle réveille des sensations de conduite qui n'ont plus cours ailleurs. Mais son efficacité pure est tout à fait d'actualité pour qui sait respecter sa différence. Et, dès lors qu'on la conduit selon ses normes, on peut la comparer directement à une Laverda et, surtout, à une Buell : sa philosophie est identique. Alors, cherchez bien, vous ne trouverez guère de moto plus personnelle ailleurs. A vous d'oser l'essayer.

Partager cet article
Mots clés
Soyez le premier à réagir
Envoi en cours
Annonces auto
141 894 voitures
L'argus  en kiosque
Nouveau
Recevez notre newsletter !

Nos articles vous intéressent ? Abonnez-vous !