Essai Morgan Plus Four 2020 : presque moderne !
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Essai Morgan Plus Four 2020 : presque moderne !

La vénérable marque anglaise change tout, sauf son design intemporel avec la nouvelle génération de Morgan toujours fabriquée à la main. La Plus Four de 2020 adopte un châssis aluminium, un 4-cylindres biturbo signé BMW et même une boîte automatique. Esprit, es-tu (toujours) là ?

Par Nicolas Valeano
Publié le Mis à jour le

La Morgan Plus Four est commercialisée cet été 2020. La version à transmission automatique, ici à l'essai, est affichée à 85 800 €

Adrien Cortesi

MORGAN Morgan BVA8

  • - Moteur : Essence
  • - Puissance: 258 ch
  • - Lancement : Juin 2020
  • - A partir de 85 800 €
  • - 898 € de malus.

Tout juste 3 % des composants de la Morgan Plus Four sont communs avec sa devancière Plus 4 (70 ans au compteur !) et pourtant, son look reste presque identique au premier abord… et c’est tant mieux ! L’entrée dans le 21e siècle avec une nouvelle base technique prometteuse ne compromet donc en rien les lignes délicieusement rétro qui conservent un charme fou, et quel que soit l’angle sous laquelle on la regarde, c’est un véritable régal pour les yeux. Toutes les têtes se tournent au passage de cette auto très rare sur nos routes.

Une voiture de collection superbement restaurée ? Non : une Morgan neuve !

Elle doit être moins rare du côté de Malvern Hills dans le Worcestershire, berceau de la marque anglaise, un environnement vallonné idéal pour profiter des joies du roadster sur les « B roads » locales. C’est là que sont toujours produites à la main les Morgan, même dans cette nouvelle génération au châssis aluminium nommé CX, succédant au châssis acier produit depuis… 84 ans sur place. Quant à l’emploi du bois (de frêne) pour lequel Morgan est connu, cela ne concerne pas le châssis mais la structure de carrosserie. 35 000 Morgan ont trouvé preneur de par le monde et l’histoire de la marque est émaillée de succès, en sport automobile (victoire de classe au Mans en 1962) comme auprès de prestigieux clients (Jean-Paul Belmondo a été l’heureux propriétaire d’une splendide 4/4 Plus Four). Reste à voir si sa recette modernisée continuera de séduire tout autant.

 

Prix Morgan Plus Four

 

À plus de 80 000 €, autant le dire d’emblée, la Plus Four fait très cher payer son exclusivité. Un tarif qui reste un peu en travers de la gorge à l’examen de nombreux détails : gaines apparentes, points d’attache de la capote fragiles, couinements divers, haut-parleurs médiocres, commodos en provenance de chez PSA, palettes de changement de vitesse en plastique basique, écran digital rudimentaire et même, lors de notre essai, panne d’essuie-glace… L’équipement est limité au strict minimum, avec une climatisation (1 554 €), un pare-brise chauffant, des feux à LED, une fermeture centralisée à distance et c’est à peu près tout.

Même l’autoradio est aux abonnés absents, il faudra connecter son smartphone en Bluetooth (462 €) pour écouter un peu de musique sur de médiocres haut-parleurs. Seul petit « luxe » technologique surprenant, un allumage automatique des feux. Il faut ajouter des options pour obtenir le look de notre auto d’essai, avec une peinture à 1 086 €, de superbes jantes à rayons (3 426 €), une grille de calandre noire (462 €), des projecteurs longue portée Cibié (744 €), des logos brodés sur les appuie-tête (384 €) et… un centre de volant peint en noir pour 462 € ! Cela dit, la Plus Four économise énormément en malus avec cette nouvelle génération (159 g/km, 898 €) et elle reste 20 000 € sous la Plus Six, équipée d’un 6-cylindres BMW de 340 ch.

 

Au volant

L’accès à bord est étonnamment facile et une fois installé, on apprécie la bonne position de conduite facilitée par le réglage en hauteur du petit volant. Le plaisir de la vision du long capot flanqué de séries de louvres de refroidissement trouble la perception de la dimension de l’auto. Pourtant, elle n’est pas plus grande qu’une citadine avec ses 3,83 m. Agréable (et avec une sonorité discrète) dans les évolutions en ville, la Plus Four pourrait offrir un rayon de braquage un peu plus serré pour plus de maniabilité et une meilleure visibilité avec la capote en place.

Mais c’est sur route que le 4-cylindres biturbo BMW pourra exprimer sa rage, en prise directe avec les oreilles du conducteur sous le fin capot métallique. Il vocifère, siffle et émet parfois des sons étranges au gré des caprices parfois brutaux de la boîte auto 8 rapports de notre voiture d’essai. Une version manuelle est au programme, probablement plus fun, mais aussi plus limitée en couple (350 Nm au lieu de 400).

Le niveau de performance dépasse celui du V6 3.7 de l’ancienne génération, avec 4,8 s de 0 à 100 km/h grâce aux 258 ch et un poids plume d’une tonne. C’est mieux aussi que la BMW Z4 30i équipée du même moteur, mais avec 400 kg de plus sur la balance. Ça pousse donc très fort, très vite jusqu’à des vitesses indues tandis que l’amortissement souple et la direction manquant un peu de précision limitent la rigueur de l’ensemble, tout comme le freinage, puissant mais avec une longue course à la pédale qui n’est pas facile à doser.

Ultra-légère, la Morgan Plus Four est propulsée par le quatre cylindres bi-turbo BMW de 258 ch de la Z4 30i.

Si les suspensions rebondissantes nuisent au confort à basse vitesse, il devient très acceptable une fois le rythme haussé. Bref, si le charme agit à plein au volant de ce roadster anglais de caractère, il ne faut pas y chercher plus qu’un formidable outil de balade rapide, très rapide même. Mais attention au comportement, sans antipatinage ni ESP : en reprises, il est possible de faire cirer les roues sur le sec, alors imaginez sous la pluie. Sans aucun garde-fou, on se rend compte (trop) vite à quel point des béquilles électroniques peuvent être salvatrices pour une telle propulsion puissante, prompte aux débordements brutaux du train arrière. Le grip moyen des pneus Avon en 15 pouces seulement y est aussi sans doute pour quelque chose.

Petit rappel à toutes fins utiles, il n’y a pas d’airbags à bord non plus. Mieux vaut peut-être donc ne pas chercher à tout prix les derniers chevaux disponibles et simplement savourer le bonheur d’être coude à la portière, presque au niveau des roues arrière, si bas qu’en tendant le bras on pourrait toucher le sol…
 

Dans l’habitacle de la Morgan Plus Four

Malgré la faible largeur de l'habitacle, on se sent tout à fait à l'aise et l'entrée et la sortie sont faciles. Les sièges sont bruts sur notre version d'essai. De nombreuses options de personnalisation permettent de choisir cuirs, placages bois et couleurs plus sophistiqués.
Le compteur de vitesse, tout à droite, presque devant le passager, est illisible. Heureusement, on peut afficher la vitesse sur le petit écran de bord. Utile, car elle monte vite au-dessus des limites...
Le très moderne levier de boîte automatique typique de BMW détonne dans l'environnement classique de l'auto. A côté, le mode S+ permet de jouer sur la réponse à l'accélération.
Point de coffre à bord, il faut se contenter de l'espace derrière les sièges ou opter pour un porte-bagages extérieur.
La manipulation de la capote est assez fastidieuse avec des attaches rétives. Comptez plusieurs minutes pour refermer l'auto en cas d'averse.

 

Concurrence Morgan Plus Four

Difficile de savoir où se tourner pour trouver des concurrentes à une auto aussi unique. On peut les diviser en deux catégories, dont les roadsters sportifs modernes. À commencer par la BMW Z4 30i (54 700 €), autrement plus abordable, qui partage son moteur avec la Plus Four.
Plus puissante, la Porsche 718 Boxster de 300 ch est proposée à partir de 62 899 €, alors qu’elle est aussi nettement plus performante et bien construite. Une puissance équivalente est proposée par l’Audi TTS Roadster (76 010 € ) ou la Jaguar F-Type 2.0 T (71 550 €). Toutes proposent des aspects pratiques sans commune mesure avec notre anglaise, avec des capotes automatiques, des GPS, Hi-Fi, assistances en tout genre, sans oublier les éléments de sécurité active et passive…

Bref, tous les atours des voitures du 21e siècle. Mais est-ce là la question ? Dans un genre plus radical, ultra-sportif et toujours old school, on pourrait aussi chercher chez les fabricants d’héritières de la Lotus Seven, comme Caterham (new Super Seven 1600, à partir de 38 350 € HT), capable d’accélérations comparables avec la moitié de la puissance de la Morgan grâce à un poids plume, ou Westfield (Sport 250, 252 ch, 33 499 £).

 

Bilan essai Morgan Plus Four

 

Comment évaluer objectivement une voiture qui mise tout sur le charme ? Le plus simple est de se laisser guider par ses sensations et, visuellement comme au volant, il est très facile de se laisser conquérir par cette anglaise aux atouts si uniques. Pourtant, elle ne manque pas de défauts, elle ne propose qu’un usage très exclusif et limité, et ne rejoindra probablement que des garages de collectionneurs qui ont d’autres offres pour d’autres humeurs à leur disposition. De riches amateurs, car à plus de 80 000 €, l’anglaise fait cher payer sa fabrication à la main et son aspect unique. Mais de vrais passionnés d’automobiles sans aucun doute, car une telle auto ne peut que lier un lien affectif fort avec son propriétaire.

On aime

  • Charme indubitable et philosophie unique
  • Performances étonnantes
  • Sensations de conduite

On regrette

  • Tarif exorbitant
  • Nombreux détails de fabrication
  • Comportement sur le mouillé
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Zlero07 Le 07/08/2021 - 19:26
J'ai bien sûr du respect pour cette marqué vénérable, qui vit cependant sur la gueule du produit depuis des lustres. Mais quand même ! PGO fait un produit plus évolué techniquement (airbag par exemple) aussi délicat à conduire mais plus rigoureux. La finition n'est pas moins bonne. C'est plus utilisable, moins cher, cette petite équipe fait des efforts monstrueux pour suivre les normes européennes et on en parle jamais! Ou en mal souvent...
Lignebleuedesvosges Le 29/08/2020 - 08:43
On s’en moque des défauts. Merci à Morgan de continuer à nous proposer cette vision si essentielle du plaisir automobile.
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