Ford Focus ST 170 - Fiat Stilo Abarth : poker menteur
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Ford Focus ST 170 - Fiat Stilo Abarth : poker menteur

Sous des allures assez discrètes, la Focus ST et la Stilo Abarth cachent un tempérament volubile. Si l'une et l'autre comptent sur une puissance comparable, elles avancent des atouts différents. La Fiat prend la main grâce à un style aguicheur, et la Ford étale un jeu homogène qui pourrait bien faire sauter la banque.

Par Denis Meunier
Publié le

Le comportement routier rigoureux de la Focus permet d'exploiter sans problème la puissance. Vivement le modèle 220 ch ! Photo Denis MEUNIERDepuis la fin de l'ère Cosworth, Ford a quitté les devants de la scène sportive. Mais les bons résultats de la Focus en rallye ont redonné du baume au coeur au groupe allemand. Le label ST (Sport Technologies) relance l'aventure et annonce un programme complet. La Mondeo ST 220 arrivera ainsi en juin, la Fiesta ST 150 au premier semestre de 2003, et la Focus RS 220 prévue pour la fin de l'année fera patienter les pilotes chevronnés avant la commercialisation, en 2004, d'une monstrueuse Focus Cosworth d'environ 300 ch. Pour la mise en bouche, Ford dévoile dès à présent une Focus de 173 ch. Une version « sage » de la gamme Focus ST née sous le règne du scorpion... Depuis le lancement de la Stilo, Fiat redonne vie à cet animal emblématique, signature du préparateur Abarth. Une version qui n'est pas réellement le digne reflet de ses ancêtres, car trop édulcorée, mais qui s'impose comme l'une des concurrentes directes de la Focus ST 170.

Comme toute italienne qui se respecte, la Stilo laisse trop de place à la gesticulation : l'amortissement est trop souple.  Photo Denis MEUNIERAu niveau du style, ces deux productions jouent la carte du politiquement correct en arborant une ligne classique. Pas de spoiler proéminent, d'aileron ou de jupes latérales. Phares antibrouillard ronds cerclés d'aluminium pour la Ford, badge Abarth sur le coffre et petit becquet pour la Fiat, et jantes spécifiques pour les deux, la Focus et la Stilo cachent bien leur jeu. L'atout coeur revenant à la Stilo qui, dans sa carrosserie à trois portes, propose un style plus agressif que la Focus. Toutefois, dans les actes, le constat est tout autre.

Pour pimenter la Focus, les ingénieurs Ford ont retravaillé le moteur de 2 l pour qu'il développe 173 ch. Le résultat est assez probant, d'autant que ce bloc est accouplé à une boîte à six vitesses bien étagée, qui mériterait cependant une commande plus précise. L'échappement a également été retouché afin de proposer une sonorité métallique bien à propos dans une version à consonance sportive.

Avec 173 ch et une boîte à six vitesses bien étagée, la Focus ST 170 n'est pas avare en sensations.  Photo Denis MEUNIERL'ensemble est efficace, donne de bonnes sensations et permet à la Focus de devancer dynamiquement d'un cheveu une Stilo toutefois plus expressive. Le cinq-cylindres de 2,4 l est en effet plus mélodieux et surtout plus souple à bas régime. Le léger manque de tonicité s'explique plus par la présence d'une boîte de vitesses à seulement cinq rapports, sa commande étant néanmoins d'une efficacité sans égale. Cette version de la Stilo se conduit du bout du doigt, grâce à la boîte robotisée Selespeed à commande séquentielle. Une attention qui renforce le caractère sportif de la Fiat, tout en proposant un agrément de conduite appréciable en ville grâce à un mode tout automatique convaincant.

Avec une boîte séquentielle à cinq rapports et un moteur à cinq cylindres mélodieux, la Fiat dispose d'un caractère latin.  Photo Denis MEUNIERAgréable côté moteur, la Stilo n'arrive cependant pas à maîtriser aussi efficacement cette puissance que la Focus. L'italienne possède en effet une suspension trop laxiste. Ferme sur les irrégularités au point d'être inconfortable sur route dégradée, elle contient avec peine les mouvements de la caisse et se dandine autour de la trajectoire initiale. La direction électrique y a sa part de responsabilité : trop légère à un rythme élevé, elle gomme les sensations de conduite et n'est pas assez informative, sauf pour faire remarquer que la suspension trépide. Du coup, la motricité pâtit de ce manque de rigueur et donne du travail à l'antipatinage. Quant au train arrière, il s'efforce de maintenir en éveil le contrôle de la trajectoire.

L'intérieur de la Fiat est soigné et comporte un équipement plus que complet.  Photo Denis MEUNIERAinsi muselée, la Stilo est malgré tout sécurisante quand, pour le même constat, la Focus se passe de ces artifices. L'antipatinage livré en série n'a de raison d'être que sur sol mouillé et l'ESP est vraiment optionnel. La Ford dispose d'un comportement routier sans reproche et d'une grande efficacité. La suspension est ferme, mais on sait pourquoi. La direction est, elle, précise, directe, et le train arrière colle tout aussi bien à la route. La Focus enchaîne sans mal les virages à vive allure et, finalement, laisse le conducteur sur sa faim : plus de puissance, s'il vous plaît !

A l'intérieur de la Focus, les sièges se révèlent légèrement enveloppants et se parent de tissus et de cuir.  Photo Denis MEUNIERSi Ford doit faire quelques efforts, c'est bien au niveau de la position de conduite. Le siège est placé trop en hauteur, même en position basse. Le conducteur n'a donc pas le sentiment de faire corps avec la voiture, d'autant que la planche de bord, très massive, ne donne pas l'impression d'être protectrice.

A bord de la Stilo, l'ambiance est différente. Le siège est placé au plus bas, la planche de bord est imposante, et les portes sont hautes : le conducteur se sent bien encadré « dans » sa voiture. Il s'y sent d'autant mieux que l'équipement et les attentions y sont plus nombreuses.

Par exemple, les deux sièges avant s'effacent pour faciliter l'accès à l'arrière, laissant aux passagers de la Focus le soin de se contorsionner. Ou encore, un équipement complet qui arrive largement à contrebalancer le fait que la Ford dispose en série d'une sellerie en cuir et en tissus. La Stilo garde pour elle la climatisation entièrement automatique, le régulateur de vitesse, le système de navigation, l'ordinateur de bord très complet, l'allumage automatique des phares et des essuie-glaces et le radar de recul . Le tout s'affiche à un tarif défiant toute concurrence. La Fiat Stilo Abarth vaut ainsi 2 300 E de moins qu'une Ford Focus ST 170. Apparemment, l'efficacité n'a pas de prix, et l'équipement ne coûte plus rien.

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