Jean-Marie Guidez, expert en mobilité urbaine au Certu
habillage
banniere_haut

Jean-Marie Guidez, expert en mobilité urbaine au Certu

Par Joseph Gicquel
Publié le Mis à jour le
A l’heure où le bonus écologique et la prime à la casse ont boosté les ventes de citadines, voici que l’on apprend que la part de marché de la voiture dans les déplacements urbains a diminué dans les plus grandes agglomérations françaises et que le mouvement va se poursuivre ! C’est la confirmation que vient d’avoir le Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu), organisme du ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable.
 
« Les mêmes causes produisant les mêmes effets et les causes s’accentuant, la baisse va, naturellement, se poursuivre »
 
Vous dites avoir confirmation de la baisse de la part de la voiture dans les déplacements urbains. Cela suppose que des travaux précédents avaient déjà fourni une indication en ce sens ?
En effet. Le Certu effectue régulièrement des enquêtes dans les grandes villes pour y observer la mobilité. Une enquête réalisée dans plusieurs villes de France en 2006 indiquait une baisse de la part de marché de l’automobile dans les transports urbains. Les résultats de plusieurs nouvelles enquêtes, depuis, la confirment et nous ont convaincus qu’il s’agit désormais d’une tendance de fond.
 
Que disent ces résultats ?
Par déplacements urbains, nous entendons toute mobilité, y compris la marche à pied pour un trajet effectué de bout en bout. Dans toutes les grandes agglomérations, la part des déplacements en voiture baisse. Entre 2006 et 2009, ils sont passés, à Lyon, de 53 % à 49 %, à Lille, de 60 % à 56 %, à Strasbourg, de 52 % à 45 %. C’est la première fois que cette part descend en-dessous des 50 % dans ces deux villes.
 
Quelles sont les raisons de cette baisse ?
Il y en plusieurs. Les premières sont économiques. D’une part, le prix des carburants est de plus en plus dissuasif et ne baisse plus. D’autre part, la crise, le chômage, la baisse du pouvoir d’achat conduisent les ménages à rogner sur la mobilité. La seconde raison est liée aux politiques de déplacement, celles des opérateurs de transports collectifs qui soustraient des clients à la voiture (TGV), celles des collectivités qui densifient les réseaux de transports en commun (bus, tramway, busway, métro), développent l’intermodalité ou mettent en place des plans de circulation ou de stationnement plus coercitifs pour décongestionner les centres-villes. Tout cela finit par produire des effets. Il faut y ajouter la préoccupation environnementale qui, associée au souci de réduire le budget auto, oriente de plus en plus vers les modes de déplacement “doux” -vélopartage, autopartage, covoiturage-, le vieillissement de la population, synonyme de sédentarité plus grande…
 
Qu’est-ce qui vous fait dire que c’est une «tendance de fond» ?
Si l’on prend en compte les raisons indiquées, loin d’être ponctuelles ou de se réduire, 9/10e d’entre elles vont se poursuivre ou s’accentuer ! Nous sommes définitivement entrés dans l’ère du pétrole cher et les médias comme L’argus le rappellent maintenant tous les ans aux automobilistes avec l’évaluation de son budget. Les inquiétudes de la population en termes économiques, sociaux sont grandes et l’avenir reste très incertain. Les politiques de déplacement collectif, les modes de déplacement alternatifs vont croître. La proportion des seniors va grandir. A cet égard, qui sait que l’âge moyen de l’acheteur de voitures neuves est  de 54 ans et non de 30 ou 40 comme tout le monde le pense, alors même que, plus les seniors vieillissent, moins ils se déplacent…
Par ailleurs, des tendances sociétales de plus en plus marquées, voire lourdes nuisent à l’usage de la voiture. Un découplage est en train de s’opérer entre la possession de la voiture et son usage, au profit de la “voiture service”. Une enquête japonaise sur les jeunes de Tokyo à vingt années d’écart montre que les générations actuelles préfèrent mettre l’argent dans autre chose que la voiture, veulent des modèles techniquement peu sophistiqués mais “fun”, multimédia… La communication électronique, les “e-comportements” contribuent aussi à la baisse : on peut, aujourd’hui, tout faire de chez soi -télétravail, courses-, les réseaux sociaux remplacent l’échange direct, surtout chez les jeunes, et, plus globalement, l’augmentation  du temps passé devant les écrans de toutes sortes fait que ce n’est pas du temps passé ailleurs ! Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on peut prédire sans risque que la régression de l’automobile dans les centres urbains va se poursuivre et qu’elle va être un phénomène durable.
www.certu.fr
Étiquettes
Soyez le premier à réagir
Envoi en cours
bibitransports405 Le 20/02/2010 - 11:40
"Tendance de fond"... On nous disait encore au début des années 2000 que la croissance de la voiture en ville était une "tendance lourde" ! Alors méfiance ! Le lobby de la voiture, la baisse des investissements (crise des finances publiques) et les choix de l'Etat (toujours pas de dépénalisation du stationnement !) pourraient avoir raison de ces tendances !!!
Voir tous les commentaires (1)