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L'autopartage fait "boom"

Paris dans deux semaines, Lyon dans un mois et demi. L'autopartage va prendre son essor cet hiver en France, via Autolib' et Car2go. Une solution efficace pour limiter le trafic urbain ?

Par Arnaud Murati
Publié le Mis à jour le


Il y avait déjà La Rochelle, Lyon, Rennes, Nancy, Grenoble, Strasbourg... demain, il y aura aussi Paris, Lyon (à bien plus grande échelle), Montbéliard, Angers, etc. Les collectivités locales passent à l’autopartage ! Phénomène de mode pourraient penser certains, ou «supercherie faussement environnementale » comme disent Les Verts, très réticents envers le projet Autolib’ à Paris.

L’autopartage, encore balbutiant en France, ne peut pas se prévaloir d’un retour d’expériences très fourni. Les diverses études qui ont été réalisées sur le sujet regorgent d’approximations. Ainsi, celle conjointe de l’Ademe et de la mairie de Paris : «Une voiture utilisée de telle manière (ndlr : en autopartage) remplace cinq véhicules du parc privé », expliquait-on en 2007; «une pour dix» considère pour sa part l’Adetec, un bureau d’études spécialisé dans les déplacements qui travaille fréquemment pour le ministère de l’Écologie. Enfin, « ce seront 22 500 véhicules privés qui pourront être effacés de la circulation» avec «3000 Bluecar en 2013 », selon Didier Margine des, conseiller auprès de Vincent Bolloré pour le dossier Autolib’ Paris, soit un ratio de 7,5 voitures privées éliminées au profit d’une auto partagée.

Les Suisses de Mobility estiment pour leur part que grâce à leur système, ce sont  «19 900 voitures de moins qui ont circulé sur les routes suisses en 2010» et que «22% des clients ont déclaré qu’ils achèteraient une ou plusieurs voitures si l’autopartage n’existait pas». Chacun y va donc de son idée, en attendant de disposer d’un recul suffisant pour pouvoir avancer des données fiables...
 

Rééquilibrage


Selon Gilles Vesco, vice-président du Grand Lyon en charge des déplacements, il ne faut pas regarder Car2go et les initiatives similaires comme des dispositifs destinés à vider les villes de leurs véhicules : «Cela contribuera à un rééquilibrage des modes de transport», considère- il, chiffres à l’appui.

En effet, Car2go Lyon va se doter de 200 Smart à essence dès janvier. Sachant que la collectivité estime que chaque véhicule effectuera 5 trajets par jour en moyenne, cela occasionnera 1000 déplacements quotidiens. Or, «ce sont 150 000 véhicules par jour qui entrent dans l’agglomération lyonnaise, pour effectuer environ 2 millions de déplacements », signale Gilles Vesco. Car2go ne sera qu’une petite goutte dans l’océan des trajets quotidiens...

Pour Didier Marginedes en revanche, Autolib’ (lancement d’ici deux semaines) pourrait quand même, à terme, mener à un relatif fléchissement de la circulation automobile à Paris : «Nombre de personnes nous ont dit qu’elles n’auraient plus besoin d’une deuxième voiture », une fois le libre-service lancé, «on va de plus faire découvrir le véhicule électrique à beaucoup de monde. Il peut y avoir un engouement!».



Réussite sociale


S’il est un point où tout le monde s’accorde en revanche, c’est sur le fait que l’autopartage est avant tout destiné à un public plutôt jeune, qui n’appartient pas à la génération où l’automobile symbolise la réussite sociale : «Si l’autopartage touche toutes les catégories d’âge et surtout les 25/45 ans dans les grandes villes, les 25/34 ans occupent une place centrale (...) en effet, l’adhésion à un service d’autopartage est d’autant plus facile pour les personnes qui ne possèdent pas de voiture au départ », explique un rapport du Predit, le Programme de recherches et d’innovation dans les transports terrestres; «potentiellement, Autolib’ pourrait conduire à ce que 3% des habitants (en quasi-totalité des jeunes de 18 à 34 ans ) ne s’équipent pas d’un véhicule personnel dans les prochaines années », expliquait la mairie de Paris en 2009. L’autopartage pourra donc résoudre le problème du tropplein de voitures dans les villes, mais à long terme, le temps que la population repense aussi son rapport à l’automobile... et oublie toute passion !
 
Mode d’emploi
L’autopartage n’est pas du covoiturage, mais de l’automobile en libre-service. Le covoiturage consiste simplement à accueillir un collègue de bureau ou un inconnu dans un véhicule personnel, et à partager les frais du trajet avec lui. L’autopartage se distingue aussi de la location simple de voiture : pour pratiquer l’autopartage, il faut tout d’abord s’abonner de manière pérenne (souvent à l’année), il s’agit d’une formalité payante. Ensuite, l’abonné réserve son véhicule via une plate-forme Internet, puis se voit facturer l’utilisation soit à l’heure, soit au kilomètre, soit les deux. L’abonné n’a ensuite plus rien à payer, ni essence, ni assurance. L’autopartage se veut donc de la location ponctuelle, de courte durée, mais n’entend remplacer ni la location   de voitures ni les transports en commun.
 
De larges ambitions
Actuellement, c’est-à-dire si l’on ne tient pas compte d’Autolib’ à Paris et de Car2go à Lyon, environ 1000 voitures sont partagées en France, selon le réseau France Autopartage. Les utilisateurs français seraient environ 25000, soit une voiture partagée par 25 personnes. Des chiffres bien en deçà de ceux de la Belgique, ou de la Suisse; de 30 à 40 utilisateurs par véhicule en moyenne dans ces pays, sachant qu’en Suisse, ce sont 100000 personnes qui partagent des autos, pour une population totale de moins de 8 millions d’habitants.

Si les chiffres de fréquentation peuvent se révéler modestes dans certaines villes (Cityroul à Rennes revendique 350 abonnés et 30 voitures, par exemple), les projets des deux premières agglomérations de France ont de larges ambitions: «Il peut y avoir jusqu’à 20000 abonnés potentiels et 10000 actifs, c'est-à-dire qui utilisent le service au moins une fois par semaine», détaille Gilles Vesco, le vice-président du Grand Lyon en charge des déplacements. Paris et Autolib’ tablent plutôt sur une centaine de milliers d’abonnés une fois que le système aura atteint son rythme de croisière. Un seuil au-dessous duquel, de toute façon, Autolib’ serait déficitaire.

L’autopartage existe aussi dans la sphère professionnelle, avec notamment l’offre proposée par Carbox, qui se propose de gérer les parcs de véhicules d’entreprises. À ce jour, 300 véhicules et «une quinzaine de grands comptes» sont le fait de Carbox. À signaler enfin que d’après une étude coréalisée par l’Adetec en 2009, «il y a environ 35000 à 70000 personnes pratiquant l’autopartage dans la sphère privée, soit 4 à 8 fois plus que d’abonnés aux services d’autopartage.» Prêter sa voiture à un ou plusieurs amis est en effet considéré comme de l’autopartage!
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Envoi en cours
un pseudo libre Le 02/12/2011 - 14:14
Un vélo en libre service coûte entre 3 et 4000 euros aux municipalités. Une voiture en libre service coûte combien à la collectivité ?
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