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La gendarmerie déclare la guerre à la drogue au volant

Ils étaient environ vingt gendarmes vendredi soir dernier à procéder à des dépistages de drogue au volant, aux alentours de Phalsbourg (57). L'argus a pu assister à cette opération d'envergure, qui a laissé plus d'un automobiliste sans permis.

Par Arnaud Murati
Publié le Mis à jour le

Avant de se diviser dans le vent glacial d’Alsace, le capitaine Lukic donne les dernières consignes : « Vous vous mettez en travers des voies, je ne veux pas une voiture qui passe » prévient-il, donnant le la à ses équipes. Car avec vingt militaires, deux médecins et un maître-chien, la gendarmerie a décidé aujourd’hui de mettre les petits plats dans les grands. De l’aveu même du capitaine, un si gros dispositif n’est déployé dans le département que sept à huit fois par an. 


Des efforts et renforts qui ne visent qu’un seul et unique but, à savoir réaliser des tests de dépistage de drogue auprès des automobilistes. Lancés en grande pompe voilà un an, les tests de dépistage de stupéfiants sont en réalité en développement depuis 2003 du côté de Phalsbourg : « Nous nous sommes formés en Allemagne » admet le capitaine de gendarmerie, surtout en ce qui concerne les tests comportementaux.

Car en matière de recherche de drogue, le mode opératoire n’est pas du tout le même que pour l’alcool, où il suffit de voir le résultat une fois le souffle expiré dans un ballon. Premier outil d’investigation pour le gendarme, sa lampe torche. L’automobiliste face à lui, le gendarme éblouit progressivement l’œil de l’intéressé. Si la pupille se ferme instantanément, tout va bien. Si elle ne bouge pas, ou si elle se referme tout doucement, premier indice… « Contrairement à l’alcool, on ne peut pas procéder à un dépistage sans raison. Il faut qu’il y ait pour cela un faisceau de raisons plausibles » explique le fort pédagogique capitaine Lukic ; « cela peut être une infraction au code de la route, un accident, mais aussi des yeux rouges injectés de sang, etc ». 


Si les yeux de l’automobiliste ne plaisent pas au gendarme, il peut donc l’envoyer au deuxième stade du dépistage. Ce jour-là, le test réalisé par les médecins (réquisitionnés) porte sur l’urine et non sur la salive. Toutefois, avant de s’intéresser au pipi des gens, les gendarmes peuvent aussi procéder à des tests comportementaux, appelés « tests de Romberg » Les fans de série télévisées américaines devraient être comblés. Le spectacle vaut le détour ! Arrêté au bord de l’autoroute, dans un froid glacial, les gendarmes demandent à l'automobiliste de se transformer en zombie ! Bras tendus, tête en arrière, le conducteur doit lever une jambe à 45°. Si ça tangue, ou que la chute est proche, la sentence est inévitable : au pipi !
Force est de constater qu’au bout de dix minutes à peine de barrage, les zombies lèvent les bras… avant de les garder le long du corps, la tête basse, dès qu’il s’agit d’aller rencontrer le médecin dans les locaux de la gendarmerie, au bord de l’autoroute. Cet après-midi là, le chien de la brigade cynophile ne débusquera toutefois qu'une marchandise dans une voiture, une barrette de haschich. 


La nuit tombée, il est alors bon de se réfugier dans les locaux où les deux médecins officient. Les allées et venues d’automobilistes qui regardent leurs chaussures ne faiblit pas. Tous ont entre vingt et trente ans, la cible privilégiée des gendarmes. Ces derniers confient d’ailleurs n’arrêter que très peu de femmes tant les histoires de drogue concernent largement plus les garçons que les filles. Reçu individuellement, l’automobiliste pas encore contrevenant urine dans un flacon. Le médecin y trempe le test pourvu de plusieurs lamelles, qui réagissent toute à une molécule spécifique : tétrahydrocannabinol (pour le cannabis), opiacé, ecstazy… 90 à 95% des personnes envoyées par les gendarmes se voient généralement positives à l’une des substances citées.

Toutefois, le test urinaire ne constitue pas une preuve irréfutable : s’il s’avère positif, le médecin doit alors procéder à une prise de sang, qui aura quant à elle une valeur de preuve aux yeux d’un tribunal : « En général, ils avouent tous » confient un médecin entre deux portes, ils disent tous « cela devait arriver un jour ». Si l’automobiliste est positif au stupéfiant, le permis lui est retiré sur le champ, et le dossier est transmis au procureur. Lui seul décide des amendes, peines et autres poursuites engagées. Au total, cette opération aura mis en évidence quatorze conduites sous l'emprise de stupéfiants, et une conduite en état d'ivresse.
D’après les données fournies par le ministère de l’intérieur, 51 000 tests de stupéfiants avaient été déployés à la fin septembre, avec un taux de 30% de personnes positives environ. Le dépistage est désormais obligatoire en cas d’accident mortel.

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