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La réparation collision entre l'enclume et le marteau

Les carrossiers se plaignent de ne plus rentabiliser leurs affaires, les experts craignent pour leur indépendance, et les assureurs ne pensent qu'à contenir le prix de la facture collisions. Difficile de concilier des intérêts aussi contradictoires...

Par Daniel Descamps
Publié le

Va-t-on assister à un changement de stratégie dans le monde de la réparation collision ? Des assureurs, des experts et des réparateurs semblent s'accorder sur l'idée que la seule façon de réduire la facture collision est de réparer plus, autrement dit de renoncer au remplacement systématique des éléments accidentés.

D'un côté, les professionnels du marteau plat voudraient rendre à la carrosserie ses lettres de noblesse. De l'autre, les assureurs n'ont qu'une ambition : maîtriser le coût de la réparation collision. La logique voudrait que les experts, pour qui la notion d'indépendance est incontournable, détiennent les clefs du problème. Il leur incombe en effet de chiffrer au plus juste prix le coût de la réparation collision lors de l'expertise contradictoire avec l'homme de l'art. Mais, sans l'avouer officiellement, le monde de l'expertise souffre de l'emprise de certains assureurs. Les experts reprochent aux assureurs de contrôler le coût moyen du sinistre à l'aide de statistiques issues de la facture collision.

De leur côté, une majorité de carrossiers éprouve un déchirement lorsqu'il faut découper, burin en main, une aile soudée, alors que cette dernière pourrait, techniquement et économiquement parlant, être redressée. D'autant que la technique a sérieusement évolué ces dernières années. Il est désormais possible de redresser un élément accidenté en intervenant uniquement sur l'une de ses deux faces. Mais les outils indispensables et la formation ont un coût (*). Parallèlement, les bons techniciens sont de plus en plus difficiles à trouver : il y a bel et bien pénurie de professionnels.

« Réparer plus, confesse Michel Parizot, le président des carrossiers du GNCR, devrait passer par une évolution sensible des habitudes de certains acteurs du monde de la réparation collision. En facturant 200 F HT l'heure de main-d'oeuvre, il nous est actuellement impossible de modifier nos méthodes d'intervention sans perdre encore plus d'argent ! Nous prônons la vérité des temps et des prix. L'enquête que nous avons menée au cours du Salon Equip'Auto 99 démontre que le véritable prix de revient d'une heure de main-d'oeuvre dépasse les 300 F HT. Nous en sommes loin... Et puis, cette éventualité de réparer plus, au détriment du remplacement des éléments accidentés, nécessite de lourds investissements en matériel et en formation. Il faudra aussi mobiliser sur ces opérations nos meilleurs tôliers. »

En quinze ans, le profil du carrossier réparateur s'est profondément modifié. Le redressage de tôles accidentées ne représente qu'une facette du problème. L'incidence conjuguée des procédures VGA et RSV a fait chuter de plus de 50 % les volumes de véhicules redressés sur le marbre. De trop nombreux carrossiers observent, dans une tragique impuissance, les véhicules de leurs clients prendre le chemin de la démolition ou celui de l'étranger...

Comment, dans ce contexte, rentabiliser un matériel lourd, déjà hors de prix ? En cinq ans, ces professionnels ont dû investir dans de nouvelles pointeuses électro-pneumatiques ainsi que dans des Mig capables de souder les tôles galvanisées. Ils doivent désormais réfléchir sur l'achat de Tig pour souder l'alliage léger, sans oublier la formation nécessaire à l'utilisation de ces outils.

Et puis, bien que personne ne l'avoue, la phase de déclin que connaît cette activité est à l'origine d'une perte de savoir-faire de certains tôliers spécialisés, fins techniciens trop souvent employés à d'autres tâches. Dans le même temps, les voitures sont devenues de plus en plus complexes à reconstruire. Désormais, il y a les « remplaceurs » de pièces... et les autres - ceux qui réparent véritablement.

En réponse à ces problèmes, les trois organisations syndicales de carrossiers, le CNPA, le GNCR et la FNA, ont lancé en janvier dernier un cri d'alarme en direction des assureurs afin d'étudier les difficultés techniques et, surtout, économiques de cette spécialité. Des discussions ont été menées avec la Fédération française des sociétés d'assurances et le Groupement des entreprises des mutuelles d'assurances. Mais les professionnels estiment que les solutions se font attendre trop longtemps. Aussi ont-ils décidé d'organiser une journée d'action, le 18 mai prochain, dans les rues de Paris. Ces syndicats demandent le règlement des réparations collision à leur juste prix et dénoncent les abus concernant les remises et les services supplémentaires, non pas demandés, mais exigés par les compagnies d'assurances - au risque, disent les carrossiers, de provoquer la cessation d'activité de nombre d'entreprises.

Déjà conscients du problème, deux assureurs, la Maaf et Groupama se sont mobilisés l'année dernière (voir L'argus du 22 avril 1999) pour étudier de près la situation et tenter de l'assainir. Ensemble, ils ont créé le Cesvi, un centre d'évaluation de la réparation collision. Sa mission essentielle : contrôler, voire élaborer, des méthodes de réparation adaptées aux redressages des petits chocs de la circulation.

Parmi les autres objectifs de cet organisme, il est question de rééquilibrer la concurrence entre les réseaux de concessionnaires et les carrossiers indépendants, de former les compagnons et les experts à de nouvelles méthodes. Le Cesvi n'écarte pas la possibilité de revoir les taux de facturation (T1, T2, T3) et, pourquoi pas, de créer un T4 adapté à la réparation des boucliers en plastique.

Dans tous les cas, l'outil préféré de ce centre concerne l'étude des temps d'intervention... encore basés sur l'analyse de statistiques informatiques.

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