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"L'auto ne peut pas se permettre de ne pas innover", Flavien Neuvy

Flavien Neuvy, Directeur de l'Observatoire Cetelem, répond aux questions de L'argus.fr concernant la possible reprise économique sur les différents marchés automobiles mondiaux.

Par Catherine Leroy
Publié le Mis à jour le

Cédric Lecocq

A la veille du Mondial de l’automobile, l’Observatoire de Cetelem a analysé les potentiels de croissance sur les plus grands marchés mondiaux automobiles.

Après la crise financière et économique, la reprise pointe-t-elle son nez comme le disait récemment Carlos Ghosn, P-DG de Renault-Nissan ? Cette étude vient en tout cas appuyer cette affirmation et apporte de nouveaux éclairages sur l’évolution des ventes automobiles.


L’argus. Quel pronostic de croissance avez-vous réalisé sur les différents marchés automobiles mondiaux ?
Flavien Neuvy, 41 ans, est Directeur de l'Observatoire Cetelem depuis 2007
Flavien Neuvy, 41 ans, est Directeur de l'Observatoire Cetelem depuis 2007
L’industrie automobile surfe sur une vague de croissance depuis 2010. Le marché mondial va encore battre des records cette année à 85 millions d’immatriculations de véhicules (+3,2%).

Les prévisions automobiles de 2015 sont également très optimistes avec une croissance qui devrait approcher les 3,5%.

Les perspectives à moyen terme (horizon 2020) prouvent que cette industrie opère sur un marché en croissance et qui va le rester durant plusieurs années encore.


Quelles sont les grandes zones géographiques qui bénéficient de cette croissance ?
Aujourd’hui, le marché chinois se porte toujours extrêmement bien et ce pays va représenter plus d’un quart des ventes mondiales.

Les États-Unis pèsent pour 1/5e du marché et le reste vient de l’Europe avec des tendances plus variables.

L’Italie, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne vivent des situations de stabilité, tandis qu’en Europe de l’Est ou au Brésil, les ventes progressent.


Pourtant cette amélioration ne s’observe pas sur le territoire français. Les ventes sont étales et les carnets de commandes laissent présager des  niveaux d’immatriculations plutôt faibles en fin d’année ?
C’est vrai. On sait que pour l’instant, les particuliers n’ont pas encore retrouvé le chemin des concessions. Les ménages sont très prudents et reportent le renouvellement de leur voiture car le contexte économique est inquiétant, avec un niveau de chômage toujours en hausse. Il y a un problème de confiance générale.

La reprise du marché automobile est donc fragile en France
Mais il faut aussi relativiser parce que le potentiel de rebond du marché français n’est pas aussi important qu’en Espagne par exemple. Souvenez- vous que les ventes y ont été divisées par deux, ce qui n’a pas été le cas en France.


Avec le recul, quels stigmates a laissé la crise économique et financière de 2009 sur les marchés automobiles ?
Sur le plan industriel, les constructeurs sortent clairement renforcés de ces années de crise. Ils ont su s’adapter à des chocs violents.

Ajuster les capacités de production est toujours très compliqué, mais ces chocs les ont renforcés.

Aujourd’hui, les situations financières sont plus solides et les accords signés sont assez prometteurs pour l’avenir. Les années noires semblent derrière eux.


Et du côté des automobilistes ?
Du côté des automobilistes, les tendances avant la crise se confirment voire s’accélèrent. Les immatriculations évoluent vers des petits modèles qui ont le vent en poupe. Le parc continue de vieillir, et l’âge moyen de l’acheteur grimpe également pour atteindre pratiquement 54 ans. Face à cette évolution, l’automobiliste roule toujours moins en Europe. Toutes ces tendances se sont confirmées et accélérées avec la crise.
Infographie - Les trois critères privilégiés des acheteurs de voitures neuves et d'occasion, selon les automobilistes, les constructeurs et les concessionnaires
Infographie - Les trois critères privilégiés des acheteurs de voitures neuves et d'occasion, selon les automobilistes, les constructeurs et les concessionnaires


L’étude réalisée par l’Observatoire met en lumière des ventes de véhicules d’occasion plus dynamiques que celles des véhicules neufs. Cette tendance va-t-elle se poursuivre ?
Plusieurs raisons à cela : tout d’abord économiques. Le prix et les coûts d’utilisation sont clairement un frein à l’achat de véhicules neufs en particulier pour la clientèle jeune qui se reporte massivement sur le marché du VO. Ensuite, les véhicules sont de plus en plus fiables et solides. Acheter un VO ne génère pas de risque.


La proportion de trois véhicules d’occasion vendus pour une voiture neuve devrait donc persister ?
L’automobile n’est plus ce symbole de réussite sociale et, côté budget, nous sommes au maximum de ce que peuvent attribuer les ménages à la voiture.

Les Français allouent déjà 14% de leur budget au transport. Ils sont au maximum de ce qu’ils peuvent dépenser.

Comment évolue le profil de l’acheteur ?
Il se féminise ! Notre étude révèle que les femmes représentent 31 % des acheteurs en Europe. C’est une décision collégiale dans un couple. Cette évolution doit être prise en compte par les constructeurs dans les offres produits et dans les réseaux de distribution.

En parallèle, les attentes des automobilistes évoluent en permanence et les mouvements sont très difficiles à évaluer. Les 4x4 ont été mis au pilori et, aujourd’hui, les SUV connaissent un succès inimaginable il y a cinq ans.

C’est un marché qui ne peut pas se permettre de ne pas innover. L’automobile est une industrie très lourde qui doit anticiper en permanence. C’est une alchimie assez forte qui se crée quand un automobiliste achète une voiture en concession.


Comment va évoluer la distribution automobile ?
L’élément le plus important au moment de l’achat, c’est l’essai. Et c’est un atout formidable pour la distribution automobile qui reste un élément central.

Ensuite, ce sont les conseils des pros. On voit bien que dans l’univers de l’industrie auto, le concessionnaire est central.
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