Le député Damien Adam s'exprime sur la crise de la filière automobile
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Le député Damien Adam s'exprime sur la crise de la filière automobile

Prime de relance du marché, aides à la filière automobile, révision des objectifs européens sur la baisse des émissions de CO2... Damien Adam, député LREM de la 1ère circonscription de Seine-Maritime, s'exprime sur la situation des professionnels de l'automobile.

Par Emmanuel Taillardat
Publié le Mis à jour le

Damien Adam, député LREM de la 1ère circonscription de Seine-Maritime, a répondu à nos questions sur la situation de la filière automobile et les impacts de cette crise sanitaire.

CLEMENT CHOULOT

Président du groupe d’études Véhicules terrestres au sein de la Commission des Transports de l’Assemblée Nationale, Damien Adam nous a répondu à nos questions concernant la crise qui touche toute la filière automobile et évoque l’après-crise.

L’argus. Monsieur le député, quel est votre regard sur toutes ces actions solidaires de la filière des transports et de l’automobile ?

Damien Adam. Il est essentiel d’adresser les remerciements les plus vifs de la Représentation nationale. A tous les acteurs de la logistique et des transports, le travail qu’ils fournissent, pour que la vie de la Nation puisse se poursuivre, est vital. Je salue aussi toutes les initiatives que prennent les professionnels de la filière : par exemple, les ateliers qui restent ouverts en astreinte et assurent un maillage territorial ; les prêts de véhicules et d’autres matériels aux soignants. C’est cette fraternité retrouvée que je veux mettre en valeur : juste la volonté d’aider son prochain. C’est vital en cette douloureuse période.

L’argus. Cette crise est inédite, par son ampleur et par la réponse des Etats, ayant pour conséquence la mise en souffrance de l’économie tout entière. Quels effets constatez-vous sur la filière aujourd’hui ?

Damien Adam. C’est vrai que la crise qui nous éprouve n’a pas de comparaison à ce stade. En 2008, nous avons vécu une crise structurelle où l’industrie avait été extrêmement impactée. L’offre avait beaucoup souffert et il avait fallu relancer par la demande. La crise de 2020 a contraint les Etats à affaler la demande en confinant les populations.
Néanmoins, nous voyons bien que l’offre est déjà en train de créer les conditions du rebond : Michelin qui rouvre son site de Blavozy, en Haute-Loire, et, graduellement, indique la réouverture de trois autres sites ; PSA qui souhaite également rouvrir des sites industriels, fournit en parallèle une contribution essentielle à l’effort national, en fabriquant des respirateurs pour Air Liquide. Renault, également lancé dans cet effort de solidarité nationale, cherche les conditions sociales d’une réouverture.
C’est plus du côté des services que l’impact est et sera le plus violent : le tourisme, qui impacte toutes les mobilités ; le commerce et les services automobiles sont durement impactés, jusqu’aux auto-écoles ou aux dépanneurs-remorqueurs. Citons plus généralement l’ensemble des services à la personne.

L’argus. Les aides mises en œuvre par le gouvernement sont massives : chômage partiel, prêts garantis par l’Etat, aide d’urgence à la trésorerie des entreprises, report de charges. Est-ce suffisant pour aider la filière automobile ?

Damien Adam. Dans un premier temps, il s’agit de maintenir la confiance des Français face à l’avenir immédiat. C’est tout l’objet du chômage partiel : maintenir, coûte que coûte, la capacité immédiate des entreprises et des salariés. Même chose avec les prêts garantis et les soutiens à la trésorerie.  Ensuite, au moment du déconfinement, il sera temps d’observer la manière dont repart l’économie. C’est là que nous verrons comment aider au mieux les filières et l’automobile en particulier. Aujourd’hui, c’est prématuré d’avancer un scénario précis.

L’argus. Faudrait-t-il ajouter une prime de relance venant s’additionner à la prime de conversion existante ?

Damien Adam. Vous le soulignez : il existe déjà une prime de conversion. Faut-il aller plus loin ? Il est trop tôt pour le dire. Il est possible que cela devienne nécessaire si la reprise n’était pas au rendez-vous. Nous ferons le point à l’été, et la décision serait alors à prendre en septembre. Mais pour moi, député LREM, membre de la Majorité, une telle prime serait clairement associée aux mêmes objectifs : valoriser les véhicules décarbonés et hybrides rechargeables.

L’argus. Au niveau européen, faut-il suspendre ou réviser les objectifs CAFE comme le plaide l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) ?

Damien Adam. Cela fait des mois que les constructeurs s’inquiètent du couperet, fin 2020, de la réglementation CAFE. Mais le premier trimestre 2020 nous montre - avant la crise - que nous sommes sur une bonne tendance en immatriculations de véhicules décarbonés. Il y a une appétence d’une partie des consommateurs, bien présente. A plus long terme : les réglementations de transition énergétique sont durables : diviser par près de deux nos émissions de CO2 en Europe d’ici à 2030 ; neutralité carbone en 2050. Après la crise, ces trajectoires devraient être non pas amendées mais soutenues : s’il doit y avoir un plan de relance pour la filière automobile, nous devrons à la fois accompagner économiquement les entreprises pour qu’elles repartent ; mais aussi les aider à poursuivre la transition énergétique.

L’argus. En France, faudra-t-il avoir recours aux hausses d’impôt pour financer le coût de la crise ?

Damien Adam. Je suis député de la majorité présidentielle, mon message est très clair : nous avons vu, après 2008, les impôts raugmenter pour financer la dette. Il y a eu alors une rupture de la confiance. Aujourd’hui, la majorité a au contraire à cœur de préserver les mesures fiscales prises avant la crise. Cela coûte très cher : 10 milliards d’euros de chômage partiel. Mais nous ne voulons pas hausser les impôts pour financer la reprise, les effets en seraient délétères.

L’argus. Cette crise mondiale peut-elle bouleverser nos schémas de production et de consommation ?

Damien Adam est le président du groupe d'études Véhicules terrestres au sein de la Commission des Transports de l'Assemblée Nationale
Damien Adam est le président du groupe d'études Véhicules terrestres au sein de la Commission des Transports de l'Assemblée Nationale

Damien Adam. Nous voyons bien qu’il y a déjà les prémisses d’une recomposition. Ils existaient déjà et peuvent s’en trouver renforcés. Tout d’abord, le développement d’un pôle asiatique, encore plus fort, au niveau de la filière automobile. Nous voyons bien le poids de la Chine, de la Corée, de Taïwan pour toute la filière automobile. Cette région asiatique va se renforcer.  A l’inverse, ayant bien pris conscience des conséquences de ce poids énorme, nous pourrions assister à une régionalisation de la production à l’échelle du monde. Plutôt que de demeurer dépendants, nous irions, au sein de l’Union européenne, vers une plus grande autonomie. Nous avons déjà commencé la constitution d’une filière européenne de batteries pour le véhicule électrique, c’est une vraie démarche stratégique.
Ma troisième observation est pour la demande : avec cette crise, nous avons tous eu sous les yeux les cartes de la pollution, de son impact, celle-ci a diminué de près de 60% en Europe depuis les mesures de confinement. Je pense qu’à l’issue de cette crise, les citoyens et les consommateurs pourraient s’orienter vers des mobilités alternatives et plus durables.

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La Rédaction Le 07/04/2020 - 16:55
Prime de relance du marché, aides à la filière automobile, révision des objectifs européens sur la baisse des émissions de CO2... Damien Adam, député LREM de la 1ère circonscription de Seine-Maritime, s'exprime sur la situation des professionnels de l'automobile.
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