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Le dernier Magnum de Renault Trucks

Une livrée rouge pour le dernier Renault Magnum assemblé par l'usine de Bourg-en-Bresse
Une livrée rouge pour le dernier Renault Magnum assemblé par l'usine de Bourg-en-Bresse

Après 23 ans de services, le Magnum a disparu du catalogue de Renault Trucks, et sa production a définitivement été arrêtée. Retour sur un véhicule marquant à plus d'un titre.

Le vendredi 21 juin, en fin d’après-midi, l’usine de Bourg-en-Bresse (01) a assemblé son dernier Magnum. Sur sa plaque de fabrication, le numéro 129 346 a été frappé. Quelques jours plus tard, le 26 juin, les clés de ce modèle, un tracteur 4 x 2 de 480 ch, ont été remises aux Etablissements Robert Chabbert, société spécialisée dans le transport de conteneurs. Un client idéal pour recevoir ce modèle si particulier : entreprise française, basée dans le Tarn, fidèle cliente de la marque (parc 100 % Renault Trucks) et fanatique du modèle (elle en a 50), qui en a commandé 22 cette année auprès du distributeur Barriac V.I. 81, à Castres. L’avant-dernier exemplaire sorti de chaîne a, lui, été offert à la Fondation Berliet, qui expose déjà le numéro 1 dans son Conservatoire du Montellier (01).

C’est donc une étape importante dans l’histoire de Renault Trucks qui vient de s’achever. L’AE, puisque tel était le nom de ce camion à ses débuts (Magnum était alors la finition haut de gamme), fut en effet le premier véhicule, hors autocar, de Renault V.I., constructeur né en octobre 1978 de la fusion Berliet-Saviem, à ne pas être issu des gammes de ces deux marques. C’est aussi une étape importante dans l’histoire de l’industrie européenne du poids lourd, puisque le Magnum, de par sa conception (une cellule à vivre montée sur un plateau technique, avec un plancher plat), a fait progresser la valeur étalon du confort des chauffeurs routiers comme nul autre camion avant lui.

Tout commence à la fin des années 1970, avec des premières études menées sur une cabine R placée très haut sur le châssis, dont l’emmarchement compte sept marches et dont l’énorme pare-brise descend presque jusqu’au plancher. Ce prototype, nommé MR1, roulera deux ans et jettera les bases du développement de ce qui deviendra l’AE.

1990 : la Ligne 11 devient AE

C’est sous le nom de code Ligne 11 et à partir de 1984 que le constructeur lyonnais, qui s’appelle alors Renault véhicules industriels, développe et met au point son grand routier. En 1990, le véhicule est enfin dévoilé sous le nom d’AE (à prononcer « aé »). C’est un choc. Tout est atypique, novateur voire révolutionnaire : la position de l’essieu avant, l’emmarchement, la taille du pare-brise, le concept général, avec séparation distincte entre la cabine et la mécanique, la hauteur du plancher, la planche de bord (plate et futuriste), la puissance de 502 ch délivrée par le V8 Mack de 16,4 litres, qui fait alors de l’AE500 le camion le plus puissant d’Europe. Même le (trop) grand écart de puissance entre cette version et l’entrée de gamme de 380 ch (moteur Renault de 12 litres) est atypique ! Et que dire du plancher intégralement plat, une première à l’époque, si l’on excepte certaines cabines à capot ou les confidentiels modèles Büssing à moteur couché. La presse internationale est dithyrambique et, dans la foulée, élit haut la main l’AE Camion de l’année 1991.

1992 : appelez-le Magnum !
Renault V.I. ayant décidé de donner un nom commençant par M à ses gammes, l’AE devient AE Magnum. Les moteurs évoluent, car la première norme antipollution (Euro I) va entrer en vigueur. Une nouvelle puissance de 420 ch, plus au coeur du marché tracteur, apparaît, tandis que le V8 passe de 500 à 520 ch. Un an plus tard, une version Light complète la gamme, dont l’un des défauts (avec la suspension de cabine et l’accès à bord) est la lourdeur. D’autres évolutions sont à venir : la disparition des lettres AE, la montée du V8 Mack à 560 ch en vue d’Euro II et, pour cette norme, la disparition du 12 litres Renault au profit du 12 litres Mack E7, rebaptisé MIDR 06.24.65 et disponible à 390, 430 et 470 ch.

1997 : le temps de l’Intégral

Première grosse évolution de la cabine. Le changement est essentiellement intérieur, avec une nouvelle planche de bord, cette fois enveloppante, plus verticale et de couleur noir, ainsi que d’autres aménagements : siège passager pivotant, tablette escamotable près du conducteur, volant réglable, nouveaux rangements… Au plan mécanique, la gamme, qui prend le nom de Magnum Intégral, adopte un pont à simple réduction, synonyme d’économie de carburant, et une nouvelle suspension arrière. Celle de la cabine est également revue. L’électronique se fait bien sûr de plus en plus présente. C’est que le XXIe siècle approche…

2001 : génération E-Tech
Ce XXIe siècle commence par l’entrée en vigueur de la norme Euro III en octobre 2001. Le moteur Mack E7 adopte une injection par pompes unitaires et devient E-Tech (400, 440 et 480 ch). Quant au V8, il disparaît du catalogue, car il n’est plus fabriqué par la filiale américaine de Renault V.I., qui devient Renault Trucks. Le constructeur ayant cédé son usine de boîte de vitesses à ZF, les transmissions sont désormais des Ecosplit à commande manuelle ou une AS-Tronic robotisée. La cabine, elle, va vivre son premier remodelage complet : refonte de la face avant, avec calandre en U, nouveaux aménagements intérieurs modulables (coin salon avec table escamotable, davantage d’espaces de rangement…) se déclinant en différents packs. C’est alors inédit et cela va inspirer certains concurrents.

2005 : moteur Volvo
La reprise de Renault Trucks par Volvo AB quatre ans plus tôt se répercute sur le produit. Le Magnum adopte le moteur D12 de Volvo Trucks, rebaptisé DXI12 et disponible à 440 ou 480 ch, et la boîte robotisée I-shift, appelée Optidriver. La cabine évolue peu extérieurement. Même sobriété dans l’habitacle, où Renault Trucks revoit l’appellation de ses aménagements modulables. En 2006, à l’occasion d’Euro IV, le moteur Volvo de 12,8 litres (460 ou 500 ch) supplante celui de 12 litres.

2008 : rehausse finale

Pour son énième remodelage, la cabine gagne en hauteur, grâce à un nouveau toit. De 1,87 m à l’origine, la hauteur intérieure passe à 2 m. La nouvelle rehausse donne au Magnum une hauteur hors tout de 3,99 m et lui permet de gagner des litres de rangement supplémentaires. Planche de bord et mécanique restent inchangées sur l’essentiel. Le renouvellement des gammes lourdes des marques européennes de Volvo AB est déjà lancé dans les bureaux d’étude. Cinq ans plus tard, Renault Trucks dévoilera sa gamme T, avec une version haut de gamme à plancher plat. Le concept marquant du Magnum, ce qui en a fait un camion mythique, lui survivra…
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