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Les portiques écotaxe pourraient bientôt mesurer la pollution

Les portiques écotaxe on peut-être trouvé une nouvelle utilisation. Équipés du système EDAR, ils pourraient mesurer les émissions polluantes des véhicules qui passent en dessous. Et là : impossible de tricher !
Les portiques écotaxe on peut-être trouvé une nouvelle utilisation. Équipés du système EDAR, ils pourraient mesurer les émissions polluantes des véhicules qui passent en dessous. Et là : impossible de tricher !

Paris va expérimenter un système qui permettrait de convertir les portiques écotaxe en outil de mesure, en temps réel de la pollution des véhicules. Les tests de ce système américain vont débuter en juin 2018

Le fiasco de l’écotaxe est encore dans toutes les mémoires. Les 140 portiques qui jalonnent toujours nos routes sont autant de rappels de cette gabegie qui a coûté plus de 1,2 milliard d’euros aux contribuables français. Depuis l’abandon, en 2011, de cette mesure du Grenelle de l’environnement, nos dirigeants se demandent régulièrement comment utiliser les infrastructures en place et surtout comment combler le manque à gagner de l’écotaxe, chiffré à 900 millions d’euros par an. La solution pourrait bien s’appeler EDAR.

 

Un laser pour scanner les polluants

EDAR utilise la technologie de télédétection par laser (LIDAR)

EDAR utilise la technologie de télédétection par laser (LIDAR)

EDAR (Emission Dectection and Reporting) est un système révolutionnaire, récemment développé par la société américaine HEAT (Hager Environmental & Atmospheric Technologies). Il utilise une technologie mise au point pour les satellites par la NASA afin de mesurer les émissions de CO2 terrestres. Transposée sur EDAR, elle permet d’analyser en temps réel les polluants émis à l’échappement par une voiture en circulation.

Installé en surplomb de la chaussée, EDAR émet un rideau de faisceaux laser qui est réfléchi par un miroir au sol. En faisant l’aller-retour, les rayons scannent les molécules polluantes des véhicules qui traversent cette « douche » invisible, en différenciant les voitures, les motos, les camions et les remorques.

En fonction des fréquences laser utilisées, on peut mesurer autant de polluants qu’on le souhaite. Typiquement l’EDAR est capable d’analyser simultanément les rejets de monoxyde de carbone (CO), dioxyde de carbone (CO2), oxydes d’azote (NOx), dioxyde d’azote (NO2), hydrocarbures imbrûlés (HC), particules fines (PM2,5), dioxyde de soufre (SO2), méthane (CH4) ou ammoniac (NH3).

Les tests effectués jusque-là montrent une précision de mesure proche de celle obtenue en laboratoire et équivalente à celle d’un PEMS (Portable Emissions Measurement System), le « laboratoire embarqué » utilisé dans les nouveaux tests RDE (Real Drive Emissions) de l’homologation européenne.

La différence, c’est qu’ici le véhicule ne peut pas détecter qu’il est mesuré. Il ne peut donc pas tricher ! Le capteur EDAR est couplé à un système d’identification de la plaque d’immatriculation et de mesure de la température d’échappement, de la vitesse et de l’accélération. En effet, une mesure sera jugée non significative si le véhicule vient de démarrer (échappement froid) ou s’il accélère pour doubler par exemple.

La précision des mesures permet de détecter immédiatement la suppression d’un filtre à particules, la neutralisation du système SCR (élimination des NOx), le dysfonctionnement des systèmes de dépollution ou même une reprogrammation ou l’encrassement du moteur.

 

Les diesels sur la sellette

Les tests en Écosse ont eu lieu à Edimbourg et Broxburn

Les tests en Écosse ont eu lieu à Edimbourg et Broxburn.

Deux systèmes EDAR ont été installés en Écosse en septembre 2017 à titre expérimental. En 13 jours, ils ont contrôlé les émissions de CO, CO2, et NO2, et PM2,5 de 81 240 véhicules. 70 318 mesures ont été exploitées.

Elles montrent tout d’abord, pour les diesels, un dépassement systématique des limites d’émissions de NOx. Ainsi, de nombreux diesel euro 6, censés être moins polluants, émettent six fois plus de NOx que ce que la norme autorise ! En fait, ils ne répondent même pas à la norme euro 3… Cela met en évidence les « tricheries » des constructeurs qui adoptent des stratégies diverses (voir graphique) pour contourner la loi, avec en corollaire une pollution bien trop grande en conditions réelles de circulation. Deux types de véhicules se sont même particulièrement distingués, au mauvais sens du terme, dans l’expérimentation écossaise : les modèles Ford basés sur la Focus et le Nissan Qasqai.

L’EDAR pourrait donc pousser les constructeurs à mieux respecter la réglementation car, à terme, des dépassements répétés se traduiront par des interdictions, ou restrictions de circulation pour les véhicules incriminés, voire par des sanctions financières. La Californie envisage une telle mesure avec une procédure en trois temps :

  • un premier message (panneaux routiers, SMS, mail) en cas de dépassement trop important ;
  • un rappel par courrier à la seconde alerte ;
  • enfin une amende de 1 000 $ en cas de récidive.

 

L’EDAR en test à Paris… pour commencer

L’efficacité de l’EDAR n’étant plus à démontrer, l’initiative TRUE (The Real Urban Emission Initiative), mise en place par la fondation FIA, Global NCAP, Analytics Emissions, Transport & Environnement et C40 Cities a décidé de l’exploiter. Elle a lancé, sur ses fonds propres, un vaste programme d’analyse de la pollution réelle des véhicules dans les grandes villes d’Europe. La France y tient une place de choix.

À Paris, ce n'est pas la mairie qui a commandé les tests de pollution avec les EDAR, c'est une ONG internationale

À Paris, ce n'est pas la mairie qui a commandé les tests de pollution avec les EDAR, c'est une ONG internationale.

Ainsi, en juin 2018, l’ICCT (International Council on Clear Transportation), l’O.N.G. qui a révélé le dieselgate, installera des systèmes EDAR dans Paris. L'objectif est de mesurer les émissions de CO, CO2, NO, NO2, HC et PM2,5 des utilitaires légers sillonnant la capitale. Le déploiement devrait durer deux semaines et contrôler 110 000 VUL. Si l’expérimentation est concluante - et elle le sera -, il n’est pas exclu que l’étape suivante se déroule au niveau national.

Rien n’a été décidé pour le moment, mais l’idée d’utiliser les portiques de l’écotaxe pour y installer des EDAR fait son chemin. Leur structure, leurs emplacements « stratégiques », leur connectivité permettent un déploiement rapide à moindre frais. La chasse aux pollueurs serait alors ouverte. Fini les diesels "défapés", les catalyseurs démontés, les systèmes de neutralisation d’injection d’AdBlue (AdBlue Emulator) montés sur les camions des pays de l’Est ; sans compter la manne financière que le dispositif serait en mesure de générer si une taxe sur la pollution réelle était appliquée... Des portiques EDAR pourraient aussi autoriser l’accès des ZCR (zones de circulation restreinte) avec beaucoup plus de pertinence que les vignettes Crit’Air. Aujourd’hui, la question n’est donc pas de savoir si l’EDAR sera déployé, mais quand ?

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