Les yeux électroniques de Mercedes
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Les yeux électroniques de Mercedes

Une voiture capable de voir à la place du conducteur. C'est ce à quoi travaillent les ingénieurs de Mercedes qui tentent d'adapter à une auto une technologie militaire.

Par Stéphane Guilbaud
Publié le

Mercedes teste en ce moment une technique permettant la reconnaissance automatique d'objets, véhicules et êtres vivants en mouvement. Ce programme fait partie des études que Mercedes effectue en permanence sans avoir pour autant l'idée de les commercialiser un jour. Au même titre que les véhicules sans volant, la voiture capable de détecter les mouvements appartient à ces projets qui permettent aux ingénieurs de rêver à ce que sera l'avenir. La solution, testée sur une Classe E, fait appel à trois caméras. Installées au pied du rétroviseur intérieur, elles fournissent une image, pour l'instant en noir et blanc, à un calculateur électronique. Celui-là « numérise » les images reçues. Elles sont découpées en millions de petits points. Les images ainsi rendues interprétables sont analysées et comparées à une banque de données stockée dans la mémoire du calculateur électronique. Cette opération, qui s'effectue en quelques millièmes de seconde permet d'identifier, par exemple, un piéton ou un cycliste qui traverse la route devant l'auto.

Issue de l'aéronautique militaire, cette technique s'appelle la reconnaissance visuelle. Pour être complètement efficace, elle doit cependant pouvoir compter sur une banque de données électronique la plus complète possible. C'est ce à quoi travaillent les ingénieurs de Mercedes et de deux autres filiales du groupe Daimler, Temic et Dasa. C'est cette dernière qui a fourni la base de calcul utilisée pour la comparaison des images avec le modèle informatique. Pour permettre à la voiture de reconnaître les objets et personnages composant l'environnement habituel d'une voiture, il va falloir nourrir le calculateur avec des milliers d'images, « virtuelles ». Car l'identification d'un vélo, par exemple, nécessite une multitude de modèles informatiques, selon qu'il se présente de face, de profil, de trois quarts, de l'arrière ou dans l'une des centaines de positions intermédiaires entre ces quatre configurations. Même chose pour les piétons qui adoptent, eux aussi, des milliers d'attitudes.

La configuration est d'autant plus compliquée que Mercedes entend également utiliser son système pour la reconnaissance des panneaux de signalisation. Le calculateur utiliserait alors les caméras pour identifier d'abord la forme du panneau (triangle, polygone, cercle...). Il pourrait ensuite, dans les millisecondes suivantes, identifier le signe se trouvant dans le panneau. Restera ensuite un dernier écueil technique : la lecture des feux de signalisation. Le système devra trier les vrais feux rouges intimant l'ordre de s'arrêter, de ceux des véhicules en mouvement sur la chaussée. Mais les ingénieurs ne désespèrent pas d'arriver prochainement à un système complètement fiable. Déjà quelques tests ont été effectués dans les rues de Stuttgart.

Les premières démonstrations auxquelles nous avons assisté à bord de la Classe E modifiée se sont déroulées à l'arrêt. La voiture identifie rapidement un piéton ou une voiture en stationnement. Elle peine cependant à faire la différence entre deux obstacles de taille identique - un piéton et un scooter, par exemple. L'écran de contrôle affiche alors un gros cube de couleur qui prévient l'automobiliste que quelque chose se trouve en travers de son chemin. Dès que l'identification est confirmée, le cube se transforme alors en image de synthèse représentant un piéton ou un véhicule.

Une fois la mise au point terminée, vraisemblablement avant la fin de l'année 2000, il restera à répondre à une dernière question essentielle : à quoi cela va-t-il servir ? Car ces travaux, une nouvelle fois, ne sont que des recherches en amont. Elles permettent au groupe Daimler d'explorer les synergies qui pourraient exister entre ses différents secteurs d'activités. L'une des premières applications pourrait être une extension des capacités du contrôleur de vitesse intelligent. Ce radar embarqué - lui aussi développé avec Temic - permet à l'auto de suivre un véhicule en adaptant automatiquement sa vitesse. Doté de la reconnaissance visuelle, il acquérait la capacité d'éviter autre chose qu'une grosse masse métallique, telle qu'un véhicule. Cette technologie pourrait également être employée, dans un futur beaucoup plus lointain, pour faire rouler des véhicules sans conducteur.

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