Michel Houdan, directeur-adjoint de l'association caennaise Revivre et initiateur du projet N@vette Location
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Michel Houdan, directeur-adjoint de l'association caennaise Revivre et initiateur du projet N@vette Location

Par Joseph Gicquel
Publié le Mis à jour le
Bien sûr, en termes économiques, on ne peut pas louer des voitures à 3 par jour. Mais quand le projet a une dimension sociale et qu’il intègre des dimensions en adéquation avec l’époque, notamment en matière de mobilité et, à l’heure de la prime à la casse, de reconversion utile des véhicules, il mérite qu’on s’y arrête…
 
« Notre initiative prouve qu’on peut conjuguer aide sociale, solidarité, mobilité, partenaires publics, semi-publics et privés »

“N@vette Location” est né en 2005. Comment avez-vous bâti ce projet et ce dispositif ?
En tant que directeur-adoint de l’association caennaise “Revivre” qui a pour but d’aider des personnes désinsérées et responsable d’un “Carrefour pour l’activité professionnelle”, établissement qui les aide dans leur démarche de réinsertion, j’ai observé, dès 2004, l’aggravation des problèmes de mobilité quand ces personnes recherchent un emploi ou se proposent de suivre une formation pour sortir de leur situation de précarité. J’ai donc conçu de mettre en place un dispositif pour les épauler. “N@vette Location” était né et a débuté en 2005.
 
Bien sûr, on va vous rétorquer que c’est facile de proposer de tels tarifs quand vous bénéficiez de subventions ?
C’est vrai, notre mission étant sociale, nous bénéficions d’aides du Conseil général du Calvados, de la Caisse d’Allocations familiales, mais aussi, il faut le mentionner, d’un partenaire privé, une mutuelle d’assurances, Areas, qui revendique -ce sont ses termes - « son enracinement au cœur des régions, à l'heure où une majorité d'acteurs se concentrent dans les villes les plus importantes » et a donc trouvé naturel de participer à ce projet. Maintenant, nous ne sommes concurrents de personne ! Nous aidons ces personnes qui, de toutes façons, ne recourraient autrement à une  quelconque location, trop onéreuse, et n’achèteraient pas une voiture pour se rendre à leur stage de formation ou rencontrer les employeurs en réponse à une offre d’emploi ou pour proposer leur candidature.  En outre, le temps de location est limité à 60 jours : le but n’est pas de faire de l’assistanat; ce n’est qu’un coup de pouce que nous donnons et, comme l’indique le nom du dispositif, “N@vette Location”, il s’agit bien de faire tourner les véhicules !
 
Précisément, à quelles conditions mettez-vous à disposition les véhicules ?
Les bénéficiaires sont orientés par des organismes sociaux qui attestent  que telle personne a besoin d’un soutien en matière de mobilité et que son projet d’insertion professionnelle est avéré. Le référent social de la personne contacte alors notre opérateur le plus proche -nous en avons 5 dans le Calvados : associations, chantiers d’insertion ou centres sociaux de la CAF-, qui met la voiture à disposition après avoir établi le contrat de location. Le véhicule est prêté au tarif de 3 euros par jour et de 84 euros de caution, pour 60 jours maximum. Quand le véhicule revient ou s’il a un incident ou une panne en cours d’utilisation, c’est Cap Revivre qui en assure l’entretien et les réparations, en partenariat avec l’AFPA qui assure la plupart des travaux lors de formations.
 
Comment composez-vous votre parc de véhicules ? Où les achetez-vous ?
C’est encore une force supplémentaire du projet, nous ne les achetons pas ! Tous ceux que nous avons à ce jour nous ont été donnés. Depuis que nous avons créé “N@vette Location”, en septembre 2005, ERDF Calvados, le réseau de distribution d’EDF, est notre partenaire historique. Il nous donne des voitures de réforme qu’il vendrait autrement aux Domaines. Des particuliers nous ont également cédé des véhicules. En mobilisant des acteurs extérieurs, ce projet est donc aussi un vecteur de lien social et il s’inscrit comme complément de mobilité comme des collectivités commencent à le comprendre et à la mettre en œuvre. La preuve : Twisto, la société de transports collectifs de la communauté d’agglomération de Caen, filiale du réseau Kéolis, nous a elle-même donné une voiture en considérant que notre solution n’est pas concurrente de son service, nos conditions de mise à disposition spécifiant qu’une voiture peut être mise à disposition que si aucune autre solution de transport n’est possible.
 
Combien avez-vous de véhicules et quel écho rencontre “N@vette Location” depuis sa création ?
Nous avons 7 voitures, majoritairement des citadines ou des utilitaires parfaitement adaptés à cette location de proximité et courte : Twingo, Super 5, Clio, 104, Kangoo… Le projet répond exactement à l’ambition que nous nous sommes fixée : les 7 voitures sont utilisées en moyenne à 80 % du temps, compte tenu des immobilisations dues à la maintenance et aux changements de bénéficiaires. En 2009, 95 % des locations ont donné lieu à une issue favorable : 77,5 % des emprunteurs ont pu concrétiser une recherche d’emploi ou pu la poursuivre, 17,5% ont pu suivre la formation qu’ils avaient choisie. Membre du réseau de “N@vette Location”, la Caisse d’Allocations familiales de Vire disposait jusqu’ici d’une voiture. Elle la  loue en permanence. Nous venons de lui attribuer un second véhicule, encore donné par ERDF. Face à ce succès, nous avons l’ambition d’étendre le parc en 2011 à peut être un dizaine  de véhicules. “N@vette Location” est la preuve qu’on peut monter un projet qui conjugue l’aide sociale, la solidarité, la mobilité et associe aussi bien des partenaires de l’Etat, des collectivités que des privés.
cap.revivre@wanadoo.fr
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