Peugeot 9X8. Le point sur l’hypercar au lion après ses deux premières courses
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Peugeot 9X8. Le point sur l’hypercar au lion après ses deux premières courses

Ce week-end, les 8 Heures de Bahreïn permettront à la Peugeot 9X8 de disputer sa troisième course. Nous avons rencontré Jean-Marc Finot, directeur de Stellantis Motorsport, pour évoquer les débuts un peu compliqués de cette hypercar, arrivée à mi-saison dans le Championnat du monde d’endurance WEC.

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Lors de ses deux premières courses, la 9X8 a fini assez loin au classement. Mais faut-il s'inquiéter ? L'argus a voulu faire le point.

Peugeot

Ce week-end, les 8 Heures de Bahreïn marquent la fin du Championnat du monde d’endurance WEC 2022. Contrairement à ce qui s’est passé en F1 et en rallye, les titres ne sont pas encore attribués. Si Toyota dispose d’une avance importante chez les constructeurs pour se contenter d’assurer, le suspense est encore à son comble chez les pilotes. L’Alpine A480 n° 36 de Nicolas Lapierre, André Negrão et Matthieu Vaxiviere est à égalité de points avec la Toyota GR010 Hybrid n° 7 de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryo Hirakawa. Mais ce match au sommet ne devrait pas empêcher les deux Peugeot 9X8 d’être scrutées avec attention. Après avoir fait beaucoup parler d’elle grâce à son absence d’aileron arrière, l’hypercar au lion doit maintenant faire ses preuves. Lors de ses deux premières courses, à Monza et à Fuji, elle a rencontré quelques difficultés, avec une modeste septième place en guise de meilleur résultat pour l’instant. Nous avons profité du dernier Mondial de Paris pour rencontrer Jean-Marc Finot, directeur de Stellantis Motorsport, afin de savoir quels enseignements on pouvait tirer du début de carrière de la 9X8 en compétition.

La course, terrain d’essai irremplaçable

Malgré les 15 000 kilomètres effectués au préalable lors de séances d’essai, notre interlocuteur n’a pas forcément été surpris par ce démarrage assez timide. « On a fait le premier roulage en décembre 2021, et là, on a vu que la voiture était complexe, raconte Jean-Marc Finot. On a le groupe propulseur thermique à l’arrière, le moteur électrique avec l’électronique de puissance associée à l’avant, et il faut arriver à maîtriser tout ça. » Pour Peugeot, l’hybridation en sport automobile demeure assez nouvelle. La marque avait bien développé une 908 Hybrid4, mais c’était il y a plus de dix ans, et le projet avait été condamné avant terme par la situation financière alors précaire du constructeur.

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Jean-Marc Finot, directeur de Stellantis Motorsport, s'est entretenu avec L'argus lors du dernier Mondial de Paris, en compagnie de la 9X8.

L'argus

Quant à l’expérience acquise sur les véhicules hybrides rechargeables de série, elle n’est pas toujours transposable à la course, notamment parce qu'ils fonctionnent en 400 V alors que la 9X8 utilise du 900 V. L’un des principaux problèmes rencontrés à Monza, sur la voiture n° 94, n’avait cependant rien à voir avec ce groupe motopropulseur dernier cri. « Le graining (NDLR : abrasion des pneumatiques, qui génère des « boulettes » de gomme) nous a encrassé les radiateurs d’huile de boîte. On a dû arrêter la n° 94 deux fois à cause de problèmes de montée en température de l’huile de boîte pour décrasser le radiateur », relate Jean-Marc Finot. Sur la même course, la n° 93 a, elle, été victime d’autres ennuis.

Une équipe encore en rodage

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Comme la voiture, l'équipe Peugeot souffre pour l'instant d'un manque d'expérience face à la concurrence.

Peugeot

Sans être parfaite, avec une petite fuite d’huile à déplorer, la manche de Fuji s’est heureusement déjà beaucoup mieux passée. Surtout que la voiture n’est pas la seule à être en rodage. « Il faut aussi améliorer le fonctionnement de l’équipe, explique Jean-Marc Finot. Des procédures de départ, de mise en veille, c’est des choses qu’on ne peut pas reproduire lors de séance d’essais. [...] On doit acquérir de l’expérience parce qu’on sait qu’on est face à des concurrents qui en ont. » Une phrase qui fait tout particulièrement allusion à Toyota, présent en WEC sans discontinuer depuis dix ans. Pour Bahreïn, les ambitions demeurent donc mesurées. D'autant qu'un nouveau pilote, Nico Müller, sera engagé pour la première fois sur la n° 94, dont vous pouvez suivre la course en caméra embarquée en intégralité.

Ce jeune Suisse, transfuge d'Audi, viendra remplacer James Rossiter, parti rejoindre un autre label du groupe Stellantis, Maserati, en tant que directeur principal en Formule E.

On veut toujours avoir le meilleur classement possible, on est des compétiteurs, rappelle Jean-Marc Finot. Mais on ne se met pas la pression sur les objectifs vu que, sur cette saison, il n’y pas d’enjeu.

Il se félicite d’ailleurs que les débuts de la 9X8, initialement prévus en mars dernier aux 12 Heures de Sebring, aient été retardés. Cela a enlevé un peu de pression à l’équipe, en évitant notamment le risque d’une désillusion beaucoup plus médiatisée aux 24 Heures du Mans 2022.

Les 24 Heures du Mans 2023 en point de mire

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Le jeune Suisse Nico Müller a quitté Audi, qui a abandonné son programme hypercar, pour rejoindre Peugeot.

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Sauf surprise, ces six pilotes devraient tous défendre les couleurs de Peugeot au départ des 24 Heures du Mans 2023.

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C’est donc finalement en 2023 que l’hypercar de Peugeot viendra s’attaquer pour la première fois au fameux double tour d’horloge de la Sarthe. Elle tentera de fêter en beauté les 30 ans du triplé de son illustre ancêtre, la 905. Un objectif qu'une concurrence des plus féroce tentera de contrarier, puisque cette édition très attendue sera marquée par le retour de Porsche et de Ferrari dans la catégorie reine des hypercars. Parmi ces deux marques sportives au cheval cabré, celle venue d’Allemagne a toutefois choisi un règlement un peu différent : le LMDh (Le Mans Daytona Hypercar). La Porsche 963 devra donc composer avec un système hybride fourni par Williams Advanced Engineering, partagé avec les autres LMDh, tout en utilisant un châssis conçu par Multimatic, dérivé de celui des futurs prototypes de la catégorie inférieure, le LMP2.

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Pour son retour au plus haut niveau de l'Endurance avec la 963, Porsche a opté pour le règlement LMDh, moins libre que le LMh adopté par Peugeot.

Porsche

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Après une très longue absence, Ferrari espère aussi remporter les 24 Heures du Mans grâce à une toute nouvelle hypercar LMh, baptisée 499P.

Ferrari

Sur le papier, grâce à la controversée balance de performances, les chances de l’emporter sont identiques. Pourtant, Peugeot ne regrette pas du tout d’avoir choisi une autre approche en se tournant vers le LMh (Le Mans hypercar), comme Toyota, Ferrari ou le petit poucet Glickenhaus. « Le sport auto a aussi pour vocation d'être un laboratoire technologique », explique Jean-Marc Finot.

Pour nous, faire une hypercar hybride en achetant tout sur étagère hormis un moteur thermique, en 2022, ça n'a pas trop de sens. [...] On ne voyait pas trop comment raconter l’histoire.

Il rappelle ainsi que c’est dans la 9X8 qu’on trouve la première batterie issue de la coentreprise ACC alliant Stellantis et TotalEnergies. Elle devance largement l’ouverture d’une première gigafactory à Douvrin, dans le nord de la France, prévue en septembre 2023.

Aucun regret pour l’absence d’aileron

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Ici au pied du mont Fuji, la 9X8 n'a pas semblé trop souffrir de son absence d'aileron pour l'instant.

Peugeot

Mais c’est aussi la plus grande latitude esthétique offerte par le règlement LMh qui a séduit Peugeot. Cette liberté a aidé à adopter des codes évoquant les modèles de série, comme cette signature lumineuse à trois griffes qu’on devrait retrouver en 2023 sur la 208 restylée. Elle a aussi permis à la 9X8 de se dispenser d’aileron arrière. Un choix qui ne cesse d’alimenter les conversations depuis la présentation du premier showcar, en juillet 2021, beaucoup ayant remis en doute sa pertinence. « Cela demande une mise au point un peu particulière, reconnaît le directeur de Stellantis Motorsport. Mais nous n'avons aucun regret sur le choix technique, sachant qu’en plus on a un dispositif aérodynamique mobile sur lequel on peut jouer pour faire la balance avant/arrière et qui offre a priori plus de potentiel que le fait de braquer simplement un aileron arrière. »

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Le look de ce prototype ne se contente pas d'évoquer celui de certains modèles de série : sa signature lumineuse à trois griffes devrait se retrouver sur la future 208 restylée.

Peugeot

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Au Mondial 2022, grâce à son look spectaculaire, l'hypercar du lion a aimanté les regards de nombreux spectateurs.

Matthieu Meheust

Faute d’avoir déjà prouvé son efficacité en piste, ce parti pris radical a en tout cas pleinement joué son rôle sur le plan marketing.

Ça permet de donner un nom au concept :  c’est la voiture sans aileron, se réjouit notre interlocuteur.

Non loin du lieu de notre rencontre, au Mondial, le concept Alpine Alpenglow pouvait d’ailleurs sembler reprendre cette idée à son compte, avec son aileron bas. Mais la marque de Dieppe, qui ne reviendra au Mans qu’en 2024, ne pourra pas garder ce principe en course car elle a opté pour le règlement LMDh. Peugeot aurait certainement été fier de faire des émules, mais l'aérodynamique particulière de son hypercar semble donc partie pour rester unique encore un bon moment… à moins que des résultats brillants en 2023 ne viennent vite pousser des concurrents à s’en inspirer.

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