plus originale qu'il n'y paraît
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plus originale qu'il n'y paraît

Une bonne auto. Plaisante à l'usage et dotée d'un vrai tempérament. Mais discrète et sans notoriété. Comment, dans un tel anonymat, percer sur notre marché ?

Par Didier Ganneau
Publié le Mis à jour le

Même si on le mérite et qu'on en a les moyens industriels, passer du stade de spécialiste à celui de généraliste reste une démarche délicate. En Asie et en Amérique du Nord, Honda est déjà un constructeur établi qui vend de (bonnes) voitures banales à des gens banals. En Europe, et plus précisément chez nous, la marque garde une image sinon exclusive, sportive ou marginale, au moins « à part ». Or, à présent, ses voitures n'affichent plus guère d'originalité. C'est un créneau dans lequel Subaru (au moins en France) a su en partie prendre sa place. L'ennui est que, lorsqu'on veut acheter une berline tout simplement normale, on ne pense pas plus à la Honda Accord qu'aux Toyota Avensis, Nissan Primera, Mitsubishi Carisma ou Mazda 626 : on vise directement les valeurs sûres des « grandes » marques et la densité rassurante de leurs réseaux.

La nouvelle Accord risque de souffrir du décalage entre l'image et les faits. Contrairement à la Civic, elle n'est jamais parvenue à se bâtir une réputation dans l'Hexagone. Et ce n'est pas sa nouvelle mouture qui risque d'attirer l'attention. Autant la version précédente se distinguait, au moins sur le plan esthétique, autant celle-ci manque singulièrement de personnalité. Pis, notamment de la part de Honda qui est encore considéré comme un « meneur », un défricheur d'idées, elle singe les BMW ou Audi existantes de manière un peu trop primaire.

Bref, la Honda Accord rentre dans le rang, ne serait-ce que par sa longueur. A tort ou à raison, les 4,68 m de l'ancienne version l'assimilaient jusqu'ici aux grosses berlines raisonnables, Lancia Kappa ou Opel Omega, voire Volvo 70. Son nouveau gabarit la replace parmi les « moyennes ».

Cette modestie l'arrange. Car, dans cette catégorie, elle peut jouer d'un atout peu commun, sa mécanique toujours plaisante à utiliser. Bien que ses performances n'aient rien d'ébouriffant, son moteur est vif, joyeux, ne vibre pas, consomme peu, et la boîte suit bien la cadence. C'est clair, Honda construit encore des voitures qui n'ont pas éradiqué le plaisir de conduire.

Or cette notion d'agrément, qu'ignorent bon nombre de modèles dans cette catégorie, va bien au-delà de la simple idée de sportivité. Car l'insonorisation est ici plus soignée que ce à quoi nous avait jusqu'alors habitués Honda. Le moteur est nerveux, mais doux et suffisamment silencieux, et, sur grands parcours, c'est les bruits de roulement ou d'aérodynamisme qui domineront.

L'équilibre routier va dans le même sens. La motricité est bonne, les liaisons au sol sont étudiées et réalisées avec rigueur en guidage comme en amortissement, la voiture vire à plat, et les mouvements de caisse sont parfaitement maîtrisés. Cela dit, l'ensemble demeure, à l'analyse, assez bourgeois. Agilité et niveau d'adhérence se maintiennent dans la bonne moyenne, sans plus. Et l'Accord ne brille pas pour autant par son confort. Sa bonne précision de guidage est en effet obtenue au moyen de suspensions sérieusement maintenues en roulis et en tangage (c'est une tradition Honda), mais aussi assez fermes, voire sèches. Il ne faut donc pas s'attendre au moelleux de certaines concurrentes. On pourra y voir comme un sursaut de caractère dans le conformisme ambiant, et on n'aura pas tort. Mais il conviendra d'en tenir compte avant d'envisager le seul aspect familial de la voiture.

Côté budget, il est difficile de juger cette Accord, dont l'équipement pléthorique comprend même un navigateur GPS, encore exceptionnel quelle que soit la catégorie : à un niveau de gamme voisin, seule l'Opel Omega y a droit, elle aussi en série. Bien sûr, on trouve des V 5 et des V 6 plus performants et moins chers parmi la concurrence. Mais personne n'offre un accastillage aussi riche, et personne ne propose un ensemble moteur et trains roulants aussi rigoureux et gai. A l'usage, cette Accord est donc, finalement, bien moins banale qu'on ne pourrait le croire de prime abord. Ses performances sont moyennes, son efficacité aussi, mais elle reste en mesure d'offrir des sensations de conduite qui la distinguent de la masse. Encore faut-il franchir l'écueil d'une ligne sans grand charme.

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