Porsche eFuel. Du carburant sans pétrole pour sauver le thermique !
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Porsche eFuel. Du carburant sans pétrole pour sauver le thermique !

Alors que certains veulent voir disparaître le moteur thermique, Porsche travaille à le rendre moins néfaste pour le climat. La marque a développé un procédé visant à produire du carburant de synthèse utilisable dans les véhicules actuels, avec un processus de fabrication qui capture du CO2.

Par Johann Leblanc
Publié le Mis à jour le

Pour rendre le véhicule thermique moins polluant, Porsche mise sur l'eFuel, un carburant de synthèse dépourvu de pétrole.

Porsche

Face au réchauffement climatique, la voiture électrique est-elle vraiment la seule solution ? La plupart des associations écologistes et bon nombre d’hommes politiques semblent en être persuadés. Au point que l’Union européenne a annoncé cet été vouloir mettre fin à la vente de modèles neufs thermiques dès 2035. Mais, même si cette échéance controversée est respectée, nombre de moteurs à essence, diesel ou hybrides vont encore être employés longtemps après cette date. Dans le monde, on estime ainsi qu’il y a aujourd’hui 1,3 milliard de véhicules en circulation, et il sera impossible de tous les convertir à l’électrique. Le projet Porsche eFuel pourrait en revanche leur permettre de réduire leur empreinte carbone en leur évitant de recourir aux énergies fossiles.
 

L’eFuel, comment ça marche ?

procédé fabrication efuel
Le procédé de fabrication de l'eFuel est complexe. Il impose d'abord d'obtenir de l'hydrogène et du CO2 afin de fabriquer de l'éthanol, puis de transformer celui-ci en carburant.

Totalement synthétique, ce carburant n’emploie pas de pétrole. Pour le créer, la marque allemand utilise seulement deux matériaux naturels : de l’eau et de l’air ! En faisant passer de l’électricité dans l’eau, Porsche réalise une électrolyse qui lui permet d’obtenir de l’hydrogène (H2). L’autre composé essentiel est le dioxyde de carbone, alias CO2, ce gaz à effet de serre qui serait le principal responsable du réchauffement climatique. Le constructeur de voitures de sport parvient à le capturer grâce à de gros ventilateurs qui envoient l’air ambiant dans des filtres spécifiques. Une réaction entre le H2 et le CO2 permet ensuite de produire du eMéthanol (CH3OH), un alcool qui est enfin transformé en essence sans plomb utilisable dans n’importe quelle voiture grâce à un procédé baptisé methanol-to-gasoline (MTG, du méthanol à l’essence en français).

L’eFuel, c’est vraiment moins polluant ?

porsche efuel vs électrique
Jan Ohmstedt, directeur du projet eFuel chez Porsche, explique que la marque mise avant tout sur la voiture 100 % électrique. Mais, pour le constructeur, les 1,3 milliard de véhicules thermiques actuels ne pourront pas être remplacés avant très longtemps.

L’eFuel ne permet aucunement de réduire les rejets polluants à l’échappement, comme ceux d’oxydes d’azote (NOx) ou de particules. Porsche ne présente donc pas cette solution comme un substitut aux véhicules 100 % électriques, qui pourraient représenter 90 % des ventes de la marque en 2030. En revanche, grâce à la capture du dioxyde de carbone en amont, le carburant de synthèse pourrait rendre des modèles thermiques actuels climatiquement neutres, sans nécessiter de les envoyer à la casse ou d’effectuer de coûteuses modifications. Reste un écueil de taille : la fabrication, complexe, nécessite beaucoup d’énergie. Ainsi, 20 kWh environ seraient nécessaires pour chaque litre d’eFuel. Si des centrales à charbon sont employées pour cette production, l’écologie en prend évidemment pour son grade. Un problème auquel se heurtent également les constructeurs qui misent sur l'hydrogène, comme Toyota ou Hyundai.

Une usine-pilote au Chili

chili coût énergie renouvelable
C'est au Chili que la production d'énergie renouvelable serait la moins chère, loin devant le Maroc, l'Australie, l'Afrique-du-Sud, l'Arabie Saoudite, la Norvège ou encore devant la fabrication « offshore » en mer du Nord.

C’est pour cette raison que Porsche a choisi d’installer son usine-pilote de fabrication d’eFuel au Chili, une région du monde particulièrement venteuse. Les éoliennes y fournissent 3,5 fois plus d’électricité que si elles étaient implantées en Allemagne. Cela en ferait l’endroit où l’énergie renouvelable est la moins chère : 15 €/MWh au lieu de 28 €/MWh en Afrique-du-Sud et 40 €/MWh en Norvège. Par la même occasion, cette énergie pourrait ainsi éviter d’être perdue, puisque la faible population située à proximité ne permet pas de l’employer directement. Le transport du carburant vers l’Europe grève toutefois le caractère vertueux de cette équation. Mais Porsche espère bien qu'à terme son eFuel pourra aussi alimenter les bateaux servant à l’emporter partout sur la planète. Un autre atout face à la motorisation électrique, qui semble aujourd’hui inenvisageable pour le transport maritime et aérien.
 

Pourquoi l’eFuel plutôt que le bioéthanol ?

bioéthanol
Le bioéthanol fait partie des concurrents possibles de l'eFuel, mais il n'est pas forcément compatible avec autant de véhicules.

Si le bioéthanol E85 employé en France comporte encore une part non négligeable de pétrole, ce n’est pas le cas de l’E100 utilisé au Brésil. On pourrait donc se demander pourquoi Porsche ne préfère pas recourir à ce carburant « vert », produit à partir de la fermentation des sucres et de l’amidon contenus dans des végétaux. En apparence, il semble en effet autrement plus simple et moins coûteux à obtenir. L’une des raisons avancées par la marque, c’est que l’éthanol ne conviendrait pas à la majorité des véhicules actuels, contrairement à son eFuel. Mais le constructeur évoque aussi la consommation d’eau et les immenses surfaces agricoles qui seraient nécessaires pour la fabrication de biocarburant à grande échelle. Un argument qui ne s’applique pas vraiment à la filière française du bioéthanol : celle-ci emploierait moins de 1 % de la surface agricole utile et même moins de 0,6 % en retirant la contribution des coproduits pour l’alimentation animale.

À LIRE. Bioéthanol E85 : tout savoir sur ce carburant moins cher

L’eFuel, c’est pour quand ?

porsche efuel supercup
Dans un premier temps, ce carburant de synthèse sera employé par les 911 GT3 Cup du championnat Supercup.

L’usine installée au Chili, en partenariat avec Siemens Energy ou encore ExxonMobil, ne commencera à produire qu’à la mi-2022. Avec un objectif seulement fixé à 130 000 l pour cette année. Dans un premier temps, cet eFuel servira seulement à alimenter les Porsche 911 GT3 Cup de la Supercup, le plus prestigieux des nombreux championnats monotypes organisés par la marque. Comme souvent, le constructeur de Stuttgart se servira donc de la compétition comme d’un laboratoire. Le choix de la 911 n’a rien d’anodin, puisque l’un des objectifs avoués à demi-mot est bien de pouvoir faire perdurer cette icône aussi longtemps que possible avec un moteur thermique. La cadence devrait ensuite augmenter assez vite pour atteindre 55 millions de litres par an en 2024 et 550 millions de litres par an en 2026. Mais cela reste une goutte d’eau à l’échelle de la production d’essence mondiale : rien qu’en France, il s’est écoulé 42,55 milliards de litres de carburant routier en 2020, une année pourtant troublée par les confinements.

usine pilote chili efuel plan
L'usine-pilote ne produira que 130 000 litres d'eFuel en 2022, mais la cadence devrait augmenter assez rapidement.

L’eFuel, combien ça va coûter ?

Avec une production aussi embryonnaire, Porsche n’a pas vraiment été en mesure de nous donner le prix d’un litre d’eFuel à l’heure actuelle. La marque préfère se projeter plus loin, avec un objectif de passer sous les 2 dollars par litre, hors taxes, à l’horizon 2030. Impossible dans ces conditions d’affronter à armes égales l’essence classique. En octobre 2021, malgré la flambée actuelle du cours du pétrole, elle revient encore à moins d’un dollar le litre outre-Atlantique.

porsche 911 efuel
L'eFuel pourrait servir à prolonger l'existence de la 911 à moteur thermique, mais il serait également utilisable par des véhicules parfois anciens.

Pour réduire l’écart, la marque mise surtout sur une taxation du carbone de plus en plus forte, qui pourrait permettre à sa solution d’être davantage compétitive. Quel que soit le carburant employé, rouler en voiture thermique reviendrait ainsi bien plus cher qu’aujourd’hui… Mais grâce à l’eFuel il resterait au moins possible de le faire sans contribuer au réchauffement climatique. De quoi donner un espoir à tous ceux qui ne sont pas convaincus par la solution du passage en force au tout-électrique !

À LIRE. Prix du carburant : quelles solutions pour payer moins cher ?

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Don92 Le 08/11/2021 - 10:20
Il faut 20kw/h d'électricité pour faire un litre d essence, soit en gros 140 kw/h pour permettre à une voiture moyenne de faire 100 km ! Ce qui est énorme ! Une voiture électrique moyenne consommera 20 kw/h, voir moins pour faire ces mêmes 100 kms, la messe est dite
daiisuki Le 22/10/2021 - 17:20
Si le principe est tout à fait intéressant de faire du carburant de synthèse plutôt que de l'extraire, l'approvisionnement en matière première (H2 et CO2) est utopique pour avoir un espoir de rentabilité : 1°) produire de l'hydrogène vert à partir d'électricité renouvelable = aujourd'hui ça coute 6€/kg à produire contre 1-2€/kg d'Hydrogène gris (fossile), et ce n'est pas prêt de baisser quand on voit le prix de l'électricité aujourd'hui... Donc mieux vaut aller au Chili pour payer moins cher ? alors que ça pourrait être bénéfique à l'Allemagne qui est parmi les pays qui émet le plus de CO2 fossile, notamment par le charbon... 2°) capturer le CO2 dans l'air. Il faut rappeler qu'il y a 0,04% de CO2 dans l'air. Les technologies du Direct Air Capture (DAC) sont couteuses, et connues pour émettre plus de CO2 qu'elle n'en absorbent... Tout ça pour un coût estimé à 200€/tonne de CO2 capturé... (source IEA). Ca n'a aucun sens et la rentabilité n'a pas été prouvée à échelle industrielle... Cette quête de Porsche visant à produire des carburant de synthèses "durables" et tout à fait louable, mais ils oublient que si le pétrole est la source de tous nos carburants, celui-ci vient originellement de la biomasse dégradée pendant 500 millions d'années sous terre... Il est possible de refaire du pétrole de synthèse à partir de l'Hydrogène et du CO2 verts déjà capturés gratuitement par la biomasse, et surtout celle qui n'est pas alimentaire... Plus d'informations sur www.bioeb.fr
P4trick Le 22/10/2021 - 11:34
Tout cela parce que l’activité humaine serait responsable du changement climatique. Le giec ne prend en compte que les 150 dernières années, se refusant à prendre en compte les périodes antérieures de froidure ou de réchauffement depuis 1000 ans pour lesquelles l’homme ne pouvait être responsable Ces périodes sont pourtant corrélées avec l’activité solaire mais accepter celer n’est pas la pensée unique
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