Saga Renault Sport. L'histoire des modèles routiers de 1995 à 2021
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Saga Renault Sport. L'histoire des modèles routiers de 1995 à 2021

Entamée en course dès 1976, l'histoire de Renault Sport s'est prolongée sur la route en 1995 avec le Spider. Mais ce sont surtout les Clio et Mégane RS qui ont fait le succès de ce label, remplacé par Alpine Cars depuis le 1er mai 2021. L'argus revient sur cette saga française souvent brillante.

Par Johann Leblanc
Publié le Mis à jour le

Alors que Renault vient d'annoncer le remplacement de Renault Sport par Alpine Cars, depuis le 1er mai 2021, L'argus revient sur la saga des modèles routiers de ce label sportif.

Décidément, Alpine et Renault Sport semblent incapables de cohabiter de manière prolongée. Depuis le 1er mai 2021, le département sportif du Losange a changé de nom, pour être rebaptisé Alpine Cars. Mais 26 ans plus tôt, c’est quasiment l’inverse qui s’était produit. Après l’échec de son ultime GT, la trop onéreuse A610, la marque Alpine avait en effet été mise en sommeil en juillet 1995. Une “cryogénisation” qui précédait de quelques mois la sortie du radical Spider, premier modèle routier badgé Renault Sport. Cette appellation, apparue en 1976, était en effet jusque-là réservée à la compétition : on la retrouvait notamment sur les fameuses “théières jaunes”, les premières F1 à moteur turbo, annonciatrices d’une nouvelle ère pour la catégorie-reine.

>> Retrouvez la saga Renault Sport en images <<
 

Un Spider très Alpine dans l’âme

Renault Sport Spider (1995-1999)

Radical au point de se passer de pare-brise à ses débuts, ce Spider est la première voiture immatriculée pour la route à arborer le logo Renault Sport. Il sera assemblé au compte-gouttes dans l'usine Alpine de Dieppe.
Renault Sport Spider (1995-1999)

Difficile d'imaginer un habitacle plus dépouillé. Mais en dépit de ça et d'une structure en aluminium, le poids apparaît décevant pour un engin si extrême : 930 kg avec saute-vent et 965 kg pour les versions avec pare-brise.

Fabrication dans l’usine normande de Dieppe, conception axée sur la légèreté, style spectaculaire, engagement en compétition dans le cadre d’un trophée monotype… Commercialisé en décembre 1995, le Spider aurait largement mérité d’arborer un “A” sur son capot. Cette solution avait d’ailleurs bien été envisagée. Mais Louis Schweitzer, alors patron du groupe français, a finalement préféré capitaliser sur les succès en Formule 1 du V10 Renault. C’est donc avec un logo Renault Sport que cette barquette, carrément dépourvue de pare-brise à ses débuts, débarque dans les rues. Ce coup d’essai n’est toutefois pas un coup de maître. Malgré la structure en aluminium, le poids atteint 930 kg, ce qui est jugé trop élevé pour un engin si dépouillé. Surtout face à une certaine Lotus Elise, sortie un an plus tôt et plus abordable. Animé par un deux-litres de 150 ch proche de celui de la Clio Williams, le Spider va ainsi mener une existence assez discrète jusqu’en 1999.
 

Premier vrai succès avec la Clio R.S.

Renault Clio 2 R.S. (2000-2005) La Clio R.S. est le premier modèle véritablement grand public de Renault Sport. Elle emprunte la base de la deuxième génération de Clio, aux lignes tout en rondeurs, mais s'offre un gros 2.0 atmosphérique de 172 ch : une puissance record dans la catégorie.
Renault Clio 2 R.S. (2000-2005)

En 2004, la "phase 3" n'apporte pas seulement cette jolie double sortie d'échappement centrale et cette teinte jaune Sirius bientôt emblématique : la puissance passe à 182 ch et le châssis est retravaillé. En prime, un châssis Sport apparaît en option.

Pour atteindre le succès commercial, Renault Sport va devoir proposer un modèle plus grand public. C’est le rôle confié à la Clio R.S., dévoilée au printemps 1999 lors du Salon de Genève, sur la base de la deuxième génération de Clio. Avec son look tout en rondeurs, cette citadine ne paye pas forcément de mine. Mais son 2.0 16V de 172 ch lui offre la puissance la plus élevée de sa catégorie à l’époque ! Un lifting bien visible viendra rapidement la doter d’un faciès plus agressif, avant qu’une “phase 3”, reconnaissable à sa double sortie d’échappement centrale, ne porte la puissance à 182 ch en 2004, tout en améliorant encore le comportement routier.

Renault Clio 3 R.S. (2006-2012)

Pour certains, cette dernière évolution reste même l’aboutissement de la lignée. En particulier dans sa version Trophy, une série limitée hélas réservée aux marchés suisses et britanniques, caractérisée par des amortisseurs Sachs dignes de la compétition. La Clio 3 R.S, lancée en 2006 avec un 2.0 atmosphérique de 200 ch, est en effet souvent critiquée pour son poids supérieur et son moteur un peu creux. Quant à la Clio 4 R.S, apparue en 2013, bon nombre de ses choix n’ont pas fait l’unanimité : adoption d’un 1.6 turbo, boîte à double embrayage EDC imposée même sur la Trophy, carrosserie cinq-portes, châssis moins typé… C'est cependant bien mieux que la Clio 5 qui devra, elle, carrément se contenter d'un "simple" label R.S. Line, sans moteur spécifique.

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Quand la Clio gobe un V6

Renault Clio V6 (2000-2005)

Avant cela, Renault Sport avait aussi proposé, à l’automne 2000, un engin tout aussi extrême que le Spider, à sa manière : la Clio V6. Son moteur placé en position centrale, à la place de la banquette arrière, en fait un peu l’héritière de la R5 Turbo. Tout comme ses lignes musclées à souhait, avec des ailes copieusement élargies et des écopes latérales. Mais cette fois, pas de quatre-cylindres : place à un V6 3.0 atmosphérique, fort de 230 ch en phase 1, puis de 255 ch pour la version restylée apparue en 2003. Revue sur de nombreux points et beaucoup moins brouillonne, celle-ci est aujourd’hui la plus recherchée.

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La saga Mégane R.S. lancée en 2003

Renault Mégane 2 R.S. (2004-2009) Comme la Clio, la Mégane a attendu sa 2e génération pour s'offrir une version RS. Malgré les belles performances obtenues grâce à un 2.0 Turbo de 225 ch, le coup de foudre n'est pas immédiat, la faute à un tempérament trop sage.
Renault Mégane 2 R.S. (2004-2009)

Renault n'aura de cesse de peaufiner sa compacte sportive. En 2006, la série spéciale F1 Team R26 s'offre 5 ch de plus et surtout un différentiel autobloquant pour une motricité optimale.

2003, c’est aussi l’année de la présentation d’une autre Renault Sport, beaucoup plus vitale sur le plan commercial : la première Mégane R.S. Comme pour la Clio, il aura fallu attendre la deuxième génération de la compacte au Losange pour voir cette variante débarquer. Avec son quatre-cylindres 2.0 turbo de 225 ch, elle place d’emblée la barre assez haut côté performances. Mais en dépit de son train avant à pivot découplé très sophistiqué, l’accueil qui lui est réservé est mitigé. La faute, notamment, à une direction à assistance électrique encore très perfectible ou à un tempérament très policé. En ajoutant un différentiel autobloquant à la recette, la série spéciale F1 Team R26 va réellement lui donner ses lettres de noblesse, en 2006. Avant que la R26.R dépourvue de banquette arrière n’enfonce le clou, grâce à un premier record sur le Nürburgring pour une traction.

À VOIR. Renault Mégane R.S. : la saga 2004-2020 en images
 

La Mégane 3 R.S. transforme l’essai

Renault Mégane 3 R.S. (2010-2016)

Avec Laurent Hurgon au volant, cette Mégane 3 s'offrira deux records successifs au Nürburgring, avec la Trophy de 2011, puis cette Trophy-R en 2014. Une ultime variante allégée qui reprend l'esprit de la R26.R, mais avec davantage de succès commercial.

Née en 2009 avec un 2.0 qui grimpe à 250 ch, la Mégane 3 R.S. va transformer l’essai. Son comportement redoutable d’efficacité et ses évolutions successives lui permettent de s’installer durablement comme LA référence des compactes sportives. Sa version Trophy, puis l’ultime Trophy.R qui reprend les ingrédients de la R26.R avec désormais 275 ch, lui offrent deux nouveaux records dans l’Enfer Vert. Malgré l’abandon des versions cinq-portes et diesel proposées sur la précédente génération, les ventes sont également très bonnes. Mais la Mégane 4 R.S., commercialisée depuis 2018, n’est pas parvenue à prolonger cette success-story.


Les temps sont durs pour la Mégane 4 R.S.

En trois générations, la Mégane aura beaucoup fait pour la réputation de Renault Sport. Mais l'époque est aujourd'hui beaucoup moins favorable aux compactes sportives.

Plus lourde, plus chère, pas forcément plus véloce malgré ses 280 ch, la dernière-née de la lignée subit aussi, en France, les coups de boutoir d’un malus écologique dévastateur : jusqu’à 10 011 € en 2021 ! Après avoir récupéré son titre de “reine du Nürburgring” en 2019 grâce à une nouvelle Trophy-R, puis profité d’un léger restylage l’an dernier, la Mégane R.S. devrait toutefois poursuivre sa carrière jusqu’en 2023. Avec des ventes qui s’annoncent hélas désormais encore plus discrètes que celles de la fugace Twingo R.S. Proposée de 2008 à 2013, cette puce animée par un 1.6 atmosphérique de 133 ch était jusqu’ici l’une des rares déceptions commerciales rencontrées par Renault Sport.

Mais l’époque n’est plus favorable aux compactes sportives 100 % thermiques. Pour les futures Renault Alpine Cars, qui seront limitées à 180 km/h, l’avenir devrait donc passer beaucoup par l’électrification. Une stratégie qui n’est pas sans évoquer celle de l'éternel concurrent Peugeot. Le Lion vient en effet de lancer une toute nouvelle appellation, Peugeot Sport Engineered, étrennée par la familiale 508 et sa puissante motorisation hybride rechargeable de 360 ch. En sacrifiant, au passage, les trois mythiques lettres GTI, employées jusqu’en 2020. Décidément, en cette troisième décennie des années 2000, il ne fait pas bon être un prestigieux label sportif français du passé !

À LIRE. Peugeot arrête les GTI : retour sur une formidable saga
 

Pour tout savoir sur Renault Sport, nous ne saurions que trop vous conseiller la trilogie de livres, extrêmement complète, de notre confrère Maxime Joly. D'autant que vous y retrouverez quelques clichés de l'un de nos photographes-pigistes, Étienne Rovillé.

 

 

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fredscott Le 19/05/2021 - 12:33
"Avec des ventes qui s’annoncent hélas désormais encore plus discrètes que celles de la fugace Twingo R.S. Proposée de 2008 à 2013, cette puce animée par un 1.6 atmosphérique de 133 ch était jusqu’ici l’une des rares déceptions commerciales rencontrées par Renault Sport." ils en parlent bien :-)
CedTRS Le 16/05/2021 - 19:13
Et la Twingo RS alors?
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