Trop d'enfants mal attachés en voiture
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Trop d'enfants mal attachés en voiture

Attention ! Vidéo choc. Un crash test avec un siège bébé mal attaché.

Par Arnaud Murati, Cédric Lecocq
Publié le Mis à jour le

Pour rejoindre l’endroit où l’impact aura lieu, le chemin est balisé. Un rail court au sol à travers le hangar. Dans des chaises roulantes, tout un tas de mannequins de crash-tests donnent l’impression d’être un groupe d’handicapés venus assister à leur propre histoire. Bienvenue à l’Union Technique Automobile et du Cycle (Utac), sacro-saint lieu où l’on homologue les voitures en France.

 
Tout le petit monde, cadres de chez Bébé Confort et autres représentants de la Prévention Routière, se tient sagement derrière un ruban de plastique. Lumière. Des dizaines de milliers de watts éblouissent les yeux au niveau du point d’impact. Une sonnerie retentit, un bruit d’engin qui arrive à toute vitesse et l’instant d’après, tout le monde sursaute.

Une voiture, c'est-à-dire une coque de Renault Mégane montée sur un châssis maison, fait un bruit sourd lorsqu’elle percute un obstacle à 50 km/h. Personne n’a rien vu, si ce n’est un bout de siège auto qui a volé jusque dans l’assistance. Un petit coup d’œil à l’intérieur de la coque laisse pourtant augurer de la teneur des images qui vont suivre.
 
Sur les deux sièges autos volontairement mal attachés à la banquette arrière, seul celui de gauche est encore en place. A droite, le siège est renversé par terre, le petit mannequin gît tristement sur le plancher. Le film arrive sur les écrans. Stupeur dans l’assistance. Personne n’aurait cru ça ! Le siège auto de gauche est de type « dos à la route » mais pour les besoins de la démonstration, il a été placé face à la route. Le siège a exagérément bougé lors de l’impact, tout comme l’enfant, dont la tête et les membres ont littéralement volé durant quelques millisecondes.

De l’autre côté de la banquette, le siège utilisé était un élément traditionnel sans isofix, c'est-à-dire qui se bloque uniquement avec des ceintures de sécurité. Afin d’illustrer un mauvais usage très répandu, la ceinture diagonale a été utilisée en lieu et place de la ventrale pour retenir le siège. Moralité… le siège auto a carrément fait un looping au moment du choc, et le mannequin avec, laissant craindre le pire quant aux conséquences de cet accident.
En raison du mauvais usage des ceintures, une boucle a carrément cassé, elle sera retrouvée quelques instants plus tard dans le hangar.

Deuxième tir, toujours à la même vitesse, mais avec des sièges bébé correctement attachés. On ne s’habitue décidément pas à une voiture qui s’écrase contre un obstacle, tout le monde reste hagard durant une fraction de secondes. Tout ce que l’on a vu, c’est un nounours qui a traversé la voiture à toute allure. A première vue, personne n’a bougé.

Le film en apporte la confirmation quelques secondes après, du moins pour les sièges autos. Car en ce qui concerne les petits, même correctement harnachés, ils subissent une sacrée décélération, et têtes et bras volent un peu malgré tout : « Pendant quelques instants, la force subie est de 20 G » glisse l’un des techniciens de Bébé Confort. A titre de comparaison, un pilote de chasse supporte habituellement 8 à 10 G au maximum !

Après avoir assisté à de telles démonstrations, on comprend pourquoi Bébé Confort, la Prévention Routière et l’Utac ont souhaité cette manifestation : « 70% des enfants sont mal attachés en voiture » martèle Paul Barré de la Prévention Routière. Pour affirmer de telles choses (une étude européenne corrobore cela, mais pour 30% des bambins), l’association se base sur une étude maison menée avec la police, à Paris, en décembre 2007.

Sur 350 contrôles effectués, 9% des enfants n’étaient pas attachés du tout, 39% étaient mal retenus… Une vraie catastrophe : « Il ne faut jeter la pierre aux parents. Souvent, ils font ce qu’ils peuvent » explique toujours Paul Barré, qui demande aux géniteurs de vérifier la tension d’attache du siège bébé tous les mois, et de ne surtout pas vriller les ceintures lorsqu’elles servent à bloquer le dispositif.

Le directeur de la recherche et de la sécurité de Bébé Confort prêche quant à lui pour que les gens se servent des sièges à isofix, bien plus performants, mais aussi de harnais à cinq points car « le poids est réparti sur la structure osseuse en cas d’accident ». Et autre point important, tous les spécialistes exhortent les particuliers à réformer les sièges autos qui ont déjà connu un choc, à l’image des casques de moto.
 
 

Isofix, la petite lamelle qui fait la différence



Les possesseurs de voitures récentes peuvent aller scruter leurs sièges arrières, sans doute verront-ils des languettes de tissu marquées « Isofix ».

L’Isofix est une norme de retenue pour les sièges enfants qui date de 1999. Pour qu’une voiture satisfasse à la norme, elle doit proposer de petites lamelles de métal qui viennent s’enclencher directement dans le socle du siège auto. Les lamelles sont directement fixées à la coque du véhicule.

L’avantage de l’Isofix est sa facilité d’utilisation, et sa meilleure tenue en cas de choc par rapport à un siège auto bloqué par les ceintures de sécurité.


Nouvelle réglementation, laisser le temps au temps



Si proche, et si lointaine. La nouvelle réglementation concernant les sièges auto sera présentée en mai prochain à l’Unece, un département de l’ONU qui s’occupe de réglementation internationale. Mais selon Pierre Castaing, responsable de la sécurité à l’Utac et rapporteur général de ce projet, elle ne devrait pas être appliquée avant deux bonnes années : « Le temps de la finalisation, des votes et de l’acceptation » explique t-il.

Concrètement, ce nouveau règlement sera une petite révolution dans le domaine du siège auto. Tout d’abord, les sièges ne seront plus classés par groupe comme c’est le cas actuellement. La différence se fera en fonction de la taille de l’enfant, ce qui signifie que tel ou tel siège sera valable pour un enfant dont la taille est comprise entre X et Y.

L’ensemble (siège et bambin) devra peser 32 kilos au maximum, et les enfants en dessous de 15 mois devront nécessairement adopter un siège de type « dos à la route », de loin le plus efficace. De plus, la procédure d’homologation des sièges sera revue : un choc latéral avec intrusion de la portière va faire son apparition.

Déjà pratiqué moult fois en laboratoire, ce test nécessite d’être normé de manière à s’avérer reproductible dans tous les laboratoires d’Europe. A priori, la vitesse d’impact retenue à l’homologation devrait être de 30 km/h.

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