Chez Audi comme ailleurs, 2019 devient l’année de l’électrification tous azimuts : nouvelle gamme hybride-rechargeable d’un côté, futurs modèles 100% électrique de l’autre avec, en point de mire, le respect de la drastique moyenne de 95 g de CO²/km imposée par l’Europe dès 2020. Une contrainte qui, visiblement, n’est pas parvenue aux oreilles du nouveau SQ2.
Sous son capot : un 2.0 TFSI à essence de 300 ch, accouplé à une transmission intégrale Quattro et à une boîte robotisée S tronic à double embrayage et sept rapports. Le même qui équipe l’Audi S3, dont le Q2 chipe d’ailleurs la plateforme, rehaussée… puis « abaissée » à nouveau de 2 cm via des ressorts/amortisseurs spécifiques. Mais au sujet du SQ2, les aspects rationnels volent définitivement en éclat à l’annonce de son prix, effrayant.
Concurrence et prix Audi SQ2
A 50 900 € (+ 2 940 € de malus), le SQ2 coûte tout simplement le double de la version d’appel, le Q2 30 TFSi 116 facturé dès 26 490 €. Un tarif intimidant pour un SUV urbain de 4,19 m de long, qui fait passer l’ancien Mini Countryman John Cooper Works ALL4 pour une bonne affaire (231 ch, 43 420 €), et le SUV compact Cupra Ateca pour un cadeau du ciel (300 ch, 42 500 € !).
A ce tarif pourtant, inutile d’espérer trouver de série des équipements présents sur une citadine huppée puisque caméra de recul, clef mains-libres, paire de filets de rangement ou vitres arrière surteintées réclament tous un supplément. Même remarque pour les packs Intérieur ou Extérieur, sans qui le SQ2 ressemble peu ou prou à un « simple » Q2 S line (voir détails d'équipements en page 3). A ce stade, une seule solution pour sauver son cas : nous faire retrouver le sourire, une fois en mouvement.
Au volant du SQ2
Souriants, nous le sommes dès les premiers kilomètres, dans une congestion urbaine pourtant inadaptée au bouillant SQ2 : commandes douces, Stop & Start coupant le moteur discrètement sous 7 km/h, aucun à-coup au redémarrage. Et une puissance enfantine à doser, quand un Q2 35 TFSI 150 ch réclame des orteils de fée pour décoller en douceur.
S’il n’y avait ses importants mouvements transversaux sur les plaques d’égouts (typiques des modèles reposant sur d’épaisses barres antiroulis), le SQ2 semblerait presque plus docile que les versions sages, à doux rythme. Mais il se montre bien plus séduisant, une fois libéré des remparts de la cité…
D’abord, il y a ce moteur. Le bien connu 2.0 TFSI 300 ch de l’Audi S3 (sur laquelle il a perdu 10 chevaux, suite à l’arrivée du filtre à particules), dont les 400 Nm de couple constants entre 2 000 et 5 200 tr/min en font un « élastique » mécanique. Dans les faits, il s’active dès 2 500 tr/min puis s’envole vers la zone rouge, ponctuant même son ascension d’un léger regain de vigueur passé 5 000 tr/min.
La boîte S tronic égrène les rapports sans la moindre rupture de charge et paraît, là encore, mieux gérée que celle du petit frère 35 TFSI : pas de sous-régimes abusifs en mode normal, pas de surrégimes intempestifs en mode sport. Et toujours une belle rapidité en mode manuel, à condition de ne pas appeler trop tôt le rapport inférieur au freinage.
Quel autre SUV urbain expédie le 0 à 100 km/h en 4,8 s ? Aucun. Et là n'est pas l'unique source de plaisir en SQ2...
Si le conducteur a pris soin d’activer le mode Dynamic (ou la position Sport de la boîte), la sonorité du SQ2 devient même attachante, jonglant entre timbre rauque à l’accélération et discrètes déflagrations au lâcher d’accélérateur. Une dernière opération qui, réalisée dans un virage, élève le SQ2 au rang de SUV le plus rigolo du marché.
Vraiment ? Vraiment : en fort appui, le moindre soulagement d’accélérateur fait immédiatement dériver le train arrière qui rappelle alors, toutes proportions gardées, le tempérament facétieux des GTI d’antan. Les moins joueurs garderont l’antidérapage activé, les autres passeront en mode Offroad (?!) qui tolère un angle de dérive supérieur, les derniers le shunteront complètement, pour aiguiser leur pratique du contrebraquage.
De type Haldex, la transmission Quattro empêche d’entretenir ces belles glissades à la réaccélération, mais ne fait pas non plus « tirer tout droit » à la reprise des gaz, bien aidée par le léger freinage appliqué aux roues intérieures pour limiter le sous-virage. La motricité en ligne droite reste elle impeccable, et permet d’atteindre 100 km/h en moins de cinq secondes (4,8 s exactement !) même quand la route est détrempée…
Un SQ2 plus sportif qu’une Mégane RS, finalement ? Pas tout à fait : train avant moins incisif malgré la direction directe, sièges manquant de maintien aux épaules, endurance des freins « juste » en descente de col. Et amortissement perfectible, privé de suspension pilotée Magnetic Ride qui aurait pu le rendre tantôt plus moelleux à faible allure, tantôt plus rigoureux sur les déformations à haute vitesse. Pas de quoi entacher le plaisir au volant de ce SUV vitaminé et, à défaut d’être hyper efficace, bien plus joueur qu’attendu en virages. Espérons qu’il survive à 2020…
A bord de l’Audi SQ2
Bilan de l’essai Audi SQ2
Privé de rival direct sur le marché, performant sur route mais docile en ville, moins efficace qu’une compacte mais bien plus joueur en virages, l’Audi SQ2 cultive les paradoxes… et c’est précisément ce qui fait son charme. Tant mieux pour lui, car son effrayant tarif ne le destine qu’aux épicuriens libérés de toute contrainte rationnelle. Pour sûr, dans un avenir proche : l’attachant SQ2 nous manquera !
On aime
- L’agrément moteur/boîte
- Le châssis possiblement joueur en virages
- La présentation discrète sans option…
On regrette
- Le nombre d’options, justement
- Le tarif intimidant
- La suspension pilotée indisponible