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Mondial de l'auto : interview de Jean-Claude Girot commissaire général

Jean-Claude Girot, commissaire général du Mondial de l'Auto
Jean-Claude Girot, commissaire général du Mondial de l'Auto.

Association avec le CES de Las Vegas, participation des deux-roues, marques absentes... Jean-Claude Girot, le commissaire général du Mondial de l'Auto, répond aux questions de L'argus.

Le Mondial de l’Auto (enfin le salon de Paris...) va fêter ses 120 ans, notamment avec une parade de véhicules iconiques dans la capitale, symbolique à plus d’un titre. Mais pour Jean-Claude Girot, son patron, c’est surtout « l’an un du nouveau Mondial ». Un Mondial élargi, qui accueille de nouveaux événements et s’ouvre à des associations extérieures. Un Mondial plus international qui veut bien épouser l’appellation Paris Motor Show. « Ce nouveau Mondial, c’est un miroir qu’on promène le long du chemin des mobilités », pourrait paraphraser Jean-Claude Girot.
 

deventure Mondial de l'automobile 2016

L'argus. Vous aviez vécu l’édition 2016 du Mondial sans l’avoir vraiment préparée et dirigée. Qu’est-ce que cet épisode vous a donné comme doutes et, surtout, comme certitudes ?

Jean-Claude Girot. Je suis en effet arrivé quatre mois avant l’ouverture, suite au départ subit du commissaire général en place. Peu de gens auraient accepté cette mission, mais j’avais l’avantage de bien connaître la maison et de savoir que l’équipe en place était performante. En revanche, il était trop tard pour changer certaines choses et nous nous sommes très vite projetés sur 2018. D’une manière générale, il ne faut pas trop se focaliser sur cet épisode, car l’événement aurait dû commencer à faire sa mue dès 2012.
 

Précisément, avec l’édition 2018, comment avez-vous procédé pour faire converger des axes de changement et lever d’éventuelles résistances ?

Tout d’abord, nous avons créé des groupes de travail en y associant les exposants potentiels du salon, ce qui ne se faisait pas auparavant. Nous avons identifié assez rapidement qu’il fallait réduire la durée du salon, ce qui présente un risque en termes de visitorat et de recettes. Un risque que, soit dit en passant, certains constructeurs m’ont fait prendre, avant de ne finalement pas venir... Nous avons aussi modernisé la billetterie, en supprimant les souches papier. Malgré les traditionnelles résistances au changement, c’est le sens de l’histoire. En outre, nous avons diversifié notre offre et nos périmètres d’excellence, avec Mondial.Tech, l’intégration des deux-roues ou les essais de véhicules hors salon, par exemple. C’est le changement majeur, car il s’accompagne d’un repositionnement et d’un changement d’image.

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Cette diversification aboutit à la couverture d’un très large spectre. Quel est le point d’équilibre entre une aspiration au haut de gamme et un ancrage populaire ?

À mon sens, il n’y a pas de contradiction entre le luxe et la dimension populaire, surtout quand il s’agit d’automobile, de mobilité et d’une ville comme Paris. Notre mission consiste à nous mettre au service des visiteurs et à être en mesure de leur proposer ce qu’ils souhaitent. Cela passe par la nécessité de faire revenir les marques de luxe, notamment
les sportives d’exception, mais aussi par une exposition délibérément
mainstream, comme celle consacrée aux routes mythiques, qui va connaître un immense succès. La grande parade dans Paris va aussi dans le sens d’une grande réunion populaire. En fait, le Mondial Paris Motor Show est un événement central voué à accueillir d’autres manifestations et d’autres événementiels, ceux-ci ayant vocation à
devenir des marques susceptibles de déclinaison.
 

Impossible de ne pas évoquer les nombreuses marques absentes. En concevez-vous de l’amertume ?

Parfois, oui, et amertume est le bon mot. D’une part, parce que certains comportements ont été cavaliers et, d’autre part, parce qu’il est trop facile de dire qu’on reviendra en 2020 si 2018 se passe bien. Mais je suis passé derechef à autre chose. Et comme dans les compétitions sportives, on oublie vite les absents, même prestigieux. Quant au fameux retour sur investissement, on ne peut l’obtenir qu’en investissant initialement...

À lire. Les constructeurs absents du Mondial 2018

espace vide Mondial de l'automobile 2016

Parmi les nouvelles orientations prises par le Mondial, l’association avec le CES de Las Vegas a fait sensation. Comment est née cette idée ?

Je connais Gary Shapiro (le patron du Consumer Electronics Show) depuis un certain temps déjà et je vais régulièrement au CES. Or, aujourd’hui, c’est une lapalissade de dire que l’électronique et la connectivité sont déterminantes dans l’automobile. De nombreux acteurs de la filière exposent d’ailleurs au CES, y compris des groupes traditionnels. Nous avons donc décidé de jouer la carte de la complémentarité plutôt que d’entrer dans une stérile concurrence. Le buzz est au rendez-vous, tant mieux ! Cela ouvre de nouveaux horizons aux deux événements, qui partagent déjà la même dimension mondiale. Quant aux éternels cassandres, je leur dis que l’avenir se dessine tout autant à Paris qu’à Las Vegas.
 

Simultanément, vous créez Mondial.Tech avec un nouveau concours de start-up. Comment allez-vous vous différencier de ce qui existe déjà ?

stand Citroën Mondial de l'auto 2016

Nous voulions être en mesure de couvrir la chaîne de valeur des mobilités dans leur entièreté et Mondial.Tech, orienté BtoB, nous permet d’accueillir de nouveaux acteurs d’un nouvel écosystème, actuellement en constitution. Et nous nous distinguons par notre qualité et notre ampleur. Ainsi, le concours de start-up est le plus vaste du monde dans l’automobile, avec plus de 450 candidatures initialement reçues, émanant de plus de cinquante pays. Un jury prestigieux remettra, durant le Mondial, huit prix par catégorie et un grand prix. En outre, comme je l’ai déjà évoqué, l’intérêt de Mondial.Tech réside dans le fait que nous créons une marque qui peut se décliner par ailleurs. Notre association avec Equip Auto participe d’une ambition similaire, c’est cohérent.
 

Le mariage des univers des quatre-roues et des deux-roues a-t-il été pleinement consenti ?

Ce ne fut pas simple au début, inutile de s’en cacher. Mais à la veille de l’ouverture du salon, tout le monde est satisfait et enthousiaste. Les
constructeurs et les accessoiristes ont massivement répondu présent. C’est une très bonne chose pour le Mondial, car l’événement moto propose de nombreuses animations adjacentes pour le public. Et l’univers du deux-roues dans son ensemble va gagner en visibilité.
 

À l’heure où la place des femmes et la parité engendrent des manifestations à foison, comment comptez-vous donner de la consistance au Mondial Women ?

En premier lieu, cette initiative est légitime si on se réfère à l’importance
des femmes dans les achats automobiles et à leur intérêt croissant pour les deux-roues. Et l’objectif est de donner la parole à toutes les femmes, toutes spécialités et niveaux hiérarchiques confondus, dans le cadre du Women Forum, qui bénéficiera de la chambre d’écho du Mondial.
 

Au final, sur un marché dynamique depuis plusieurs années, le seul nuage qui plane sur le Mondial n’est-il pas constitué par le duo WLTP RDE ?

C’est effectivement un problème en France et en Europe. Il révèle d’ailleurs une dichotomie entre certains univers politiques et la réalité économique d’une filière. Or l’enjeu qui doit primer reste l’emploi. Il nous revient de faire passer ce message, notamment via notre positionnement
BtoB.
 

Vous qui visitez de très nombreux salons dans le monde, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Le CES de Las Vegas est un bel événement, même si tout n’est pas parfait là-bas non plus, gardons-nous de l’idéaliser. J’ai aussi un grand
respect pour les salons chinois et leur relation avec les pouvoirs publics. Je suis un peu jaloux quand je constate qu’ils obtiennent gratuitement des mesures de sécurité ou des dispositifs liés aux transports en commun.

Propos recueillis par Alexandre Guillet

Biographie express
66 ans. Diplômé en expertise comptable et en commerce

1981. Rejoint la direction financière de Volvo
1986. Rejoint la direction financière de Renault Trucks
2010. Directeur des relations extérieures de Renault Trucks
2014. Directeur des relations publiques de Volvo Group France. Élu président de l’AFGNV et du Cofit*
2016. Commissaire général du Mondial de l’auto

(*) Association française du gaz naturel véhicule ; Comité d’orientation de la filière industrielle du transport.

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