M. Puerto-Salavert, PDG d'Ucar : "Le véhicule comme actif productif"
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M. Puerto-Salavert, PDG d'Ucar : "Le véhicule comme actif productif"

"L'argus" s'est intéressé à l'offre Ucar2Share dont l'objectif est d'aider des ménages à remplacer leur vieille voiture par un véhicule neuf de même catégorie, à budget équivalent, grâce aux revenus du partage. Explications avec Jean-Claude Puerto-Salavert, patron d'Ucar Mobility Group.

Par Alexandre Guillet
Publié le Mis à jour le

Jean-Claude Puerto Salavert, PDG d'Ucar Mobilty Group

CÈdric Lecocq

A noter que pour un petit véhicule en LOA, le coût mensuel est limité à 50 € si le client accepte de confier sa voiture à l’une des 450 agences Ucar à proximité de son domicile pendant sept jours par mois, pour que ce véhicule soit à son tour loué à d’autres clients d’Ucar.

L'argus. Ucar fête cette année ses 20 ans. Comment définiriez-vous l’évolution de votre entreprise ?
Jean-Claude Puerto-Salavert. Ucar a effectivement 20 ans cette année, mais elle est restée une start-up. Cela demande une énergie considérable, mais j’ai coutume de dire que c’est une chance, dans la mesure où c’est à la fois inspirant et aspirant, grâce à une génération de quadras qui monte en responsabilité et aux jeunes qui suivent, avec des codes encore renouvelés. Ucar était pionnier en son temps et Ucar2Share l’est aujourd’hui. La nouvelle économie se nourrit aussi de l’expérience et si on ne peut plus parler d’activité traditionnelle, l’existant conserve de la valeur, tout en étant l’objet d’une profonde mutation.

Quel cheminement vous a conduit à l’élaboration de l’offre Ucar2Share ?
Nous maîtrisions la location de courte durée, puis celle de longue durée et avec l’essor de l’économie du partage, la mise en pension était une étape naturelle. Nous voulions être le premier opérateur à généraliser le partage automobile sécurisé. Il y a un parc plutôt vieux et polluant en France qu’il faut rajeunir et rendre plus propre et la clé de l’équation, c’est que le véhicule doit devenir un actif productif et plus un puits sans fond ! On parle quand même de 700 milliards de kilomètres par an et d’un gisement potentiel de 30 Mds€ grâce au partage, à réinjecter dans l’économie française. Ucar2Share veut rendre la voiture neuve accessible à tous. Le marché du VN est en effet très fermé et ne s’adresse qu’à une part très réduite de la population. Il faut faire sauter ce verrou, mais en gardant les pieds sur terre, sans utopie.

Pourquoi vous focalisez-vous sur des voitures neuves ?
D’expérience, nous savons que le partage fonctionne dans le respect de certaines règles. Il faut donc des voitures neuves ou récentes qui sont partageables. Passé un certain seuil de dégradation, la confiance est moindre et on aboutit à des échecs, comme certains dans un passé récent, Autolib par exemple.

La sécurité liée au locataire est essentielle aussi. Comment la garantissez-vous ?

La sélection des locataires est incontournable et elle est rendue possible par les technologies digitales – c’est la clé qui manquait il y a encore quelques années – et par l’intervention humaine dans les réseaux de proximité. Cette stratégie de proximité, qui nous distingue des plateformes de « peer-topeer », nécessite un immense réseau. Nous visons à terme plus de 1 000 agences avec plusieurs milliers de « car managers ». Thierry Rougeot, qui nous a rejoints récemment, pilote ce dossier. De son côté, Christine Blaise développe les réseaux en marque blanche et le réseau Ucar Pro. Par ailleurs, la sécurité consiste également à proposer des solutions à toute heure. Certains ne renoncent pas à la propriété de leur voiture même s’ils s’en servent très peu, parce qu’ils envisagent les situations extrêmes. S’il faut amener son enfant aux urgences en pleine nuit ou trouver une solution de remplacement en cas d’accident, on doit répondre présent. En clair, Ucar croit que le partage constitue une formidable opportunité pour l’automobile, un gisement de richesse, d’emplois et d’harmonie sociale, à condition de surmonter les problèmes de sécurité. Pour cela, nous ne croyons pas à une « ubérisation » du partage, au tout-digital, nous croyons à une proximité très technologique.

Considérant la dimension de développement durable et aussi sociale de vos offres, pourquoi ne pas y avoir mis en avant des véhicules propres, notamment pour séduire les élus ?
Nous respectons les critères imposés par les pouvoirs publics, en particulier pour l’attribution de la prime à la conversion. Et la majorité des véhicules neufs que nous proposons ont une vignette Crit’air 1. C’est un postulat de départ du cahier des charges. Pour autant, nous sommes pragmatiques : nous devons abaisser au maximum le coût des voitures neuves, car le critère économique est toujours présent. En fait, avec le développement du partage, on n’aura plus à choisir entre environnement et justice sociale.

Jean-Claude Puerto Salavert, PDG d'Ucar Mobilty Group

Sur le versant professionnel de votre développement, avez-vous dû faire face à des objections de concessionnaires qui ont pu juger l’autopartage contre-nature ?
Oui, comme souvent au début. Mais souvenez-vous, quand on a dit aux concessionnaires qu’ils allaient louer des voitures, ça ne passait pas bien et c’est devenu ordinaire. Ils ont aussi conscience qu’ils doivent être acteurs des nouvelles mobilités. Nous collaborons avec eux comme avec tous les acteurs de proximité, les communes par exemple. De nombreux réseaux de proximité dans le service ou dans la distribution s’attendent à une déferlante des Gafa. Certains ne sont pas prêts à se laisser manger tout crus. Ils ont compris que le partage était une redoutable porte d’entrée.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que ces évolutions nuisent à l’automobile ?
On ne peut plus raisonner à l’ancienne et faire fi de certaines crispations dans notre société ou de certains problèmes environnementaux liés à la vétusté du parc. Si on aime la voiture et la formidable liberté qu’elle apporte, il faut chercher à la défendre intelligemment, pas avec des arguments de « bagnolard ». Il nous revient d’inventer une nouvelle organisation des mobilités.

À propos de mobilité partagée, quel regard portez-vous sur l’expansion annoncée des robots taxis ?
Les courses partagées me font surtout penser aux « collectivos » en Amérique du Sud, ce n’est pas le même registre. Les robots taxis impliquent un coût social trop élevé, à mon sens.